Vous avez une paille ? J’ai la poutre
Avoue que tu ne t’y attendais pas, hein ? Deux posts en deux jours, c’est un peu un truc de fou. Je m’épate moi-même. Mais il y a une raison à ça. Tu vas voir.]
Des fois, enfin je sais pas pour toi, mais moi ça m’arrive, des fois c’est lundi matin, et je me réveille avant mon réveil. Même pas fatigué. Ou alors pas trop. Et de bonne humeur. En plus, dehors, il fait beau. Alors, je revêts mon beau peignoir en serviette éponge orange tout propre de la lessive d’hier, et je me sers un expresso dans la super machine à expresso de bourgeois que ma maman m’a offert à Noël (oui, je suis bonne à marier, je sais), et je le déguste tranquille, calé dans mon Solsta Olarp, en écoutant les infos d’une oreille distraite, mais attentive, parce que merde, être journaliste, c’est aussi rester un professionnel en toutes circonstances.
C’était lundi matin, lecteur, et j’avais le pêchon. Et presque le sourire.
C’est là où tu mesure l’infinie précarité de l’existence et la fragilité diaphane d’un état mental. Car tu te doutes bien que ça n’allait pas durer, tout ce bonheur Simple et Vrai comme une saucisse Herta grillée au feu de bois dans une clairière forestière à l’automne.
Ben non.
T’as jamais lu Homère ? Jamais pigé le coup du destin cruel qui s’acharne sur le héros qui n’a rien demandé, lui, juste de boire son café tranquille ?
Dring, fit le Palm Treo 650, de bourgeois aussi (la base du métier de journaliste, disait Hubert Beuve-Méry, c’est de savoir péter plus haut que son cul).
Le temps de jeter un oeil sur l’écran pour savoir qui c’était, j’ai fait un bond de facile 8 points sur l’échelle ouverte de la Loose.
Car, et tu l’as déjà deviné, je le vois à tes petits yeux qui brillent, c’était Elle.
L’Ex.
Je te passe la conversation, courte et relativement inepte. Elle veut des sous pour la caution de l’appartement qu’elle a avancée. Sous que je n’avais pas jusqu’ici. Mais je suis désormais riche : je ne te l’avais pas conté, mais l’Etat français vient de me donner 1.500 euros de prime de mobilité (avec tes impôts à toi, je sais. C’est énervant, hein ?). Merci Thierry, merci Dominique. Je peux donc apurer ma dette, et tenter de passer à autre chose ce qui, tu le sais, n’a pas été très concluant jusqu’ici.
Pour tout te dire, je m’attendais à son coup de fil. J’avais opportunément glissé cette histoire de thune tombée du ciel à une amie commune, en sachant qu’elle lui transmettrait le message. Ca n’a pas loupé.
Mais je ne pensais pas que l’effet “grosse quiche dans ta tête” puisse être encore aussi viril au bout de tous ces mois.
Les dieux (et toi, puisque tu t’en doutais, malin comme tu es) savent que je me trompais.
Je n’ai jamais fait l’expérience, mais j’imagine que se prendre une poutre sur le sommet du crâne doit avoir à peu près le même effet. Mais attention, hein : pas la poutrelle en pin genre maison Philippe Stark à ossature bois, non. Je parle de la poutre rustique de nos fermes, tu vois. En chataîgner massif, durci par les ans et les incendies.
Après, forcément, t’as les yeux qui piquent un peu.
Tel que tu me vois, j’ai été au taf à pied sans vraiment m’en rendre compte, de station vélib’ (mon ami) en station vélib’ (Delanoë en force). En regardant le ciel, qui restait insolemment bleu, ce connard. Et en adjurant mentalement mes facétieux anges gardiens d’arrêter les frais, sur le ton “les plus courtes sont les meilleures, les gars”.
Parce que six mois, c’est un peu long, même pour une running joke.
J’oubliais : B.O.
Episode 135 |Par Sam | le 7 jan 2008 @ 22:30 | dans Journal d'une rupture
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Ritournelle (un lundi soir de novembre)
Je sais, je n’update pas assez ce blog.
C’est pas comme ça que mon pagerank va grimper, ni que je vais
devenir une star de la blogosphère… En même temps, il
paraît que ça devient has been, les blogs. Mais enfin
rassurez-vous, je suis sur Facebook aussi. Comme vous, non ?
Je ne vais pas me justifier (qui a dit
« pour une fois » ? OK. Je le savais. Tu sors,
maintenant. Et tu baisse les yeux TU BAISSES LES YEUX ! »
Petit con, va). Mais plutôt vous conter de nouvelles aventures
fantastiques de mon cerveau décidément fatigué.
Parce que c’est un peu à ça que ça sert, ici.
Faudrait voir à pas trop l’oublier, non plus.
***
B.O.
On était un lundi soir de
novembre. Fait exceptionnel pour Paris, il avait fait beau. Mais
notre héros n’en avait strictement rien à taper. Pour
la 13 ou 14e heure consécutive, il se trouvait sensiblement
dans la même position physique : assis sur une chaise, devant
un écran. Il avait changé de chaise au cours de la
journée. Changé d’écran, aussi. Chez lui, au
travail, de nouveau chez lui.
On était un lundi soir de
novembre. Rien n’avait changé, ou presque. Il faisait le même
job, dans la même ville. Il était toujours célibataire,
toujours focalisé sur sa rupture vieille de quatre mois,
maintenant. Toujours insatisfait, toujours incapable de faire quoi
que ce soit pour en changer.
On était un lundi soir de
novembre. Il se demandait si c’était ça, la vie. Une
question relativement récurrente, chez lui. Née
vers ses 14 ans, à force d’heures passées à fumer en cachette, à la fenêtre des Chesterfield interdites, en rêvant à
comment elle serait trop belle, sa vie à lui, après,
lorsqu’il aurait réussi à quitter ce nexus de malheurs
familiaux dans lequel il se débattait.
On était un lundi soir de
novembre, et même un mardi matin. Il se posait des questions
existentielles, comme souvent. A quoi bon tout ça ? A quoi bon
enchaîner les journées comme des perles sur un chapelet
productiviste, qui payait le loyer et la bouffe, mais pas grand’chose
de plus ?
On était un lundi soir de
novembre, et il tournait à la bière Loco, du nom d’un
bar qu’il fréquentait à Grenoble – sirop de citron,
tequila, bière, et mal de crâne le lendemain. Alcoolique
? Pas vraiment. Pas à ce point. Il était capable de
passer une semaine sans boire. Pour peu qu’il puisse fumer des
pétards. Ou bosser 18 heures sur 24 en tournant au café
et aux clopes. Pas dépendant : multi-addict. Syndrome de
fuite. Tout plutôt que le réel, tout plutôt que
d’affronter ce vide lancinant dans son ventre, ce vide qu’il avait
su, un moment, combler à grandes plâtrées d’amour
et de projets de couple, et qui faisait son grand retour.
On était un lundi soir de
novembre, et il ne ressentait rien, rien d’autre qu’un vague
serrement au niveau de la poitrine. Rien d’autre qu’un gouffre de
vide noir et froid, planté là où jadis, il y
avait elle. Rien d’autre qu’un sentiment d’inutilité presque
totale. Il relisait en ligne ses articles du jour en se disant que
c’était nul. Il relisait ses précédents posts,
en se disant que c’était pitoyable.
On était un lundi soir de
novembre, et il évoquait une énième fois la
perspective d’agir pour remédier à cette torpeur
glaciale. Demain, oh oui, demain, serait mieux.
Demain, il changerait.
Episode 140 |Par Sam | le 13 nov 2007 @ 1:46 | dans Non classé
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Mojo
B.O.
Et ce blog continue sa petite vie un peu poussive, au rythme sénatorial d’un post et demi par mois. C’est mal, je sais. Même si personne ne vient lire ces trucs un peu pitoyables.
[D'ailleurs, parmi la cinquantaine d'égarés qui sont tout de même arrivés ici, certains (qu'ils se dénoncent) ont bêtement cherché sur Google, qui est votre ami ne l'oubliez jamais, "thesamproject". Et, Dieu est farceur, il y a quelques homonymes, parmi lesquels celui-ci http://www.thesamproject.org/, une entreprise qui propose "a free tool aimed at helping small and medium sized organisations record and manage their sickness absence" ("un outil gratuit visant à aider les petites et moyennes entreprises à enregistrer et gérer leurs congés maladie"). Je vais m'inscrire...]
Mais je vais me rattraper, du moins essayer. Avec une note, exécutée (c’est le cas de le dire) en direct, ce soir, sous vos yeux ébahis. Et un peu rouges, aussi, faudrait arrêter de passer vos(votre) vie(s) devant un écran.
Vous êtes prêts ? Attention, c’est parti.
Déjà, il faut se méfier des idées reçues. Il ne faut pas croire que, sous prétexte que je ne blogue pas, je n’écris pas pour autant le soir en rentrant du travail qui rend libre. D’une part, écrire est une forme de besoin compulsif chez moi. Et en plus, je n’ai un peu que ça à foutre, mais c’est un autre sujet.
J’écris, donc. Des trucs qui se veulent pertinents, et déboucheront peut-être un jour sur un truc en papier avec des pages qui se tournent. Un jour, j’espère, car ce n’est pas gagné. En effet, j’ai légèrement tendance à écrire de la daube. J’ai à peu près les idées (quant à savoir si elles sont bonnnes, c’est une autre histoire), mais lorsqu’il s’agit de les coucher sur le papier [de les faire apparaître sur l'écran, plutôt], elles se transforment inmanquablement en kilooctets de guano pur.
Bref, j’ai perdu mon mojo style. Celui qui faisait mon charme, du temps d’avant où c’était le temps où je bloguais plus souvent. Il faut dire que maintenant, j’écris toute la journée, aussi. On me paye pour, même.
Mais pas encore pour déblatérer en free-lance. Ca viendra, j’espère, mais pour l’instant, il s’agit d’écrire des choses qui ont un sens, et de les écrire de façon claire, courte, synthétique et avec un titre, un chapô, une accroche et une chute (de préférence sexy, coco, parce que là c’est de la merde ton papier). C’est pas que j’aime pas ça, le nalisme. Au contraire, même : j’adore. J’ai l’illusion d’agir sur le monde, je me pose de grandes questions, c’est de la balle. En plus, j’ai une belle carte de presse qui fait classe dans son portefeuille quand on rend la monnaie à la caissière. Et le numéro de portable de François Bayrou, aussi.
Mais ce n’est pas la plénitude des bonzes thibétains non plus. Lorsque d’aventure je ne trouve rien de mieux à faire que rentrer chez moi après une journée de dur labeur devant un écran à travailler plus pour gagner autant (mais coco, tu sais, la presse est en crise, on en appelle à ta bonne volonté, on fait un métier passion), et que je me recolle devant mon ordinateur, pour changer, y a plus grand chose qui sort de ma tête pour passer dans mes petits doigts qui vont finir arthritiques à force de latter des touches toute la journée.
Tout ce que j’arrive à sortir, c’est de la phrase convenue, de l’adjectif tout venant, de la métaphore appelée avec justesse “journalistique”, c’est à dire vue, revue et corrigée cent fois. Bref, un phrasé tiède et douillet comme une bouillotte et un châle sur les genoux, parfait pour ne pas choquer son cadre moyen qui s’accorde une pause-presse au boulot, mais manquant autant d’intérêt qu’un week-end de février dans la Creuse (cherchez pas pourquoi la Creuse, c’est comme ça).
Où est passé le flow lyrique et embrouillé qui faisait mes soirées de con d’emploi jeune, à raconter une vie qui se trouvait nécessairement ailleurs ? Où sont les métaphores filées, les alitérations interminables et littéraires et autres anacoluthes approximatives ?
Dans ton cul, me répond mon moi intérieur, qui a toujours le mot pour rire. Toi, va mourir en enfer, lui rétorque-je. On va pas se laisser bouffer par son moi intérieur, non plus, sinon où va-t-on ?
Remarque, il a pas tout à fait tort, ce con (si, si, je le connais bien, c’est un con). Enfin, pas sur mon cul, mais sur le où va-t-on ? C’est un peu la mère de toutes les questions, en ce moment.
Où va thesamproject ? J’avais choisi ce pseudo (certes pitoyables, je l’admets, mais j’étais jeune) entre autres pour le côté “project”, l’aspect évolutif du truc, tu vois ? Non ? C’est pas grave, je me comprends.
En gros, j’étais alors un processus dynamique, lancé dans la vie avec un certain angle, une force de pénétration (ouais, ça va, hein…) fonction de sa vitesse initiale et des (nombreuses) résistances rencontrées, qui allait déterminer l’endroit où il atterriait. Un genre work in progress, quoi.
Et puis là, ben le project, il va sur ses 28 ans et il a pris un vieux coup de planche en plein dans la bouille.
Tout allait plutôt bien, pourtant : J’avais la Fille, le Job, la Ville. J’étais prêt à rejouer Scarface : “the world is yours”. Tony Montana version dauphino-ardéchois monté en graine et à la capitale. Avec une fin heureuse en prime.
Raté : à la place, j’ai refait High Fidelity sans Jack Black et avec une salle de rédaction à la place du magasin de disque. Et je lutte pour ne pas tomber dans Clerks.
La Fille s’est cassée, mais il reste le Job et la Ville, me direz-vous. Vous n’avez pas votre pareil pour casser l’ambiance, vous répondrais-je, avant de convenir : Certes.
Certes. Mais sans la fille, à quoi bon le reste ?
C’est con, un Job, du moins planté là, tout seul au milieu de rien. On a beau avoir la chance de faire un métier qu’on aime (un métier passion, coco), ça ne règle pas le problème de la vie.
On a beau réussir à s’occuper une bonne dizaine d’heures par jour, il en reste au moins six où cette chieuse de vie te retombe sur la gueule comme un parpaing de 20, où ton appartement est toujours vide (et dans un bordel innomable, mais ça, ça peut s’arranger), ton lit aussi, et où tu tournes en rond dedans en te demandant ce qui te manque.
C’est con, une ville. Surtout Paris, surtout en novembre. C’est trop grand, il fait moche et froid, le parc de Vélib’ se dégrade lentement (sans rire, ce matin j’ai vu une série de vélos auxquels on avait piqué la chaîne) au rythme des feuilles qui tombent, mortes, comme ça, sans prévenir, les gens font la gueule encore plus que d’habitude (on appelle ça le speen automnal). On se sent vite seul, à Paris. Même avec des amis, même avec des soirées, même avec Internet comme placebo.
Alors on essaye d’écrire des trucs intéressants, histoire de se prouver à soi-même qu’on vaut encore quelque chose, qu’on peut aller au bout de ses rêves, tout au bout de ses rêves, où la raison s’achève (en plus, j’aime même pas Goldman). Mais ça ne donne rien.
Reste à faire ce qu’on fait le mieux : parler de soi. S’écrire pour mieux se fuir.
Et y a pas de doute, ça fait du bien.
Episode 143 |Par Sam | le 5 nov 2007 @ 22:25 | dans Journal d'une rupture
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Ecrire parce qu’il te reste ça, au moins
B.O.
Deux mois plus tard, le retour du fils prodigue… Bon, c’est pas non plus comme si quelqu’un lisait ce blog. En même temps, le pauvre, il n’aurait pas grand chose à se mettre sous la souris.
Et pour couronner le tout, c’est un retour en forme de… de rien du tout, de spleen automnal, de rupture qui passe pas, toujours pas, qui reste et qui hante, et qui pique, et qui gratte, et qui empêche de dormir.
Trois mois, déjà. Trois longs mois, avec quelques hauts, et pas mal de bas. Trois mois à continuer de se demander ce qui s’était passé, trois mois à se dire qu’on passe à autre chose, qu’on a tourné la page, que c’est passé, que c’est fini. Que c’est pas de ta faute, mais de la sienne, que c’est elle qui a foutu le camp, et qu’elle n’en valait pas le coup.
Trois mois à se mentir pas mal. Trois mois à ne pas avancer, à se décevoir, à trahir les promesses qu’on s’était faites, tout en regardant sa vie se dérouler dans haut. Plongée sur une routine, Vélib’ boulot goulot dodo, quelques soirées avec quelques amis (tous en couple évidemment), quelques échappatoires plus ou moins légaux et plus ou moins nuls. Et c’est tout.
Dans deux mois, j’ai 28 ans. C’est pas comme ça que je les voyais.
Episode 144 |Par Sam | le 25 oct 2007 @ 22:50 | dans Non classé
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Vendredi soir
De l’effet thérapeutique du blog sur le Sam. A peine
quelques posts, et je me sens déjà mieux. Le blog,
c’est mieux que le sexe (non, faut pas déconner) que le prozac
(en même temps j’en ai jamais pris) qu’un psy. Ouais, ça,
pour en avoir un peu tâté, c’est sur.
En même temps, ce redoux moral pourrait n’être que
passager, pour faire dans l’image météorologique. Mais
bon.
On va tenter de continuer sur cette dynamique sarkozienne
positive.
Déjà, dans un souci de vérité
historique (je suis licencié d’histoire, enfin presque. Et je
vous emm…), j’ai rouvert mon bon vieux blog d’avant. C’est là, si vous voulez la génèse de tout ce bordel.
Episode 146 |Par Sam | le 25 août 2007 @ 0:54 | dans Non classé
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Déliquescence
Le poster au-dessus du lit vient encore
de se casser la gueule. On l’avait acheté ensemble, il va
finir à la poubelle. Comme nous.
L’appart est crade. Au début,
c’était drôle. Là, ça devient un peu trop,
même pour moi. Tu auras au moins réussi ça :
abaisser drastiquement mon seuil de tolérance au bordel. Vive
la Suisse.
J’ai le bide en vrac. Trop de bières,
trop de junk food, trop de café, trop de clopes. Ca, au moins,
ça n’aura pas changé des masses.
J’ai le mode d’emploi de ma sortie de
crise, un peu plus détaillé chaque jour. Coiffeur,
jogging, voyages. Changement de déco. De boulot. Grands
projets. Peine perdue. Trop tôt.
Je suis en vacances vendredi prochain.
On devait partir tous les deux. Je resterai, tout seul. J’irai zoner
à droite et à gauche en France, voir la famille, des
potes lointains. Laisser passer encore du temps, en espérant
que l’intensité de la douleur diminue assez pour me permettre
enfin de passer à autre chose.
J’ai encore décommandé
une soirée chez des potes. Pas le courage de faire semblant de
ne pas être mal. Afficher une tête normale au boulot me
prend déjà trop d’énergie. J’ai promis de me
rattraper ce week-end. On verra.
Je flotte. Je hante. J’existe à
peine. Je fonctionne par automatismes. J’essaye de me rappeler
comment c’était avant toi, mais ça me paraît si
loin, si différent… Et puis ma vie avant toi, je n’en étais
pas forcément super fan.
Je me demande s’il y en aura une autre.
Je suppose que oui. Je l’espère. Mais pour l’instant, je
n’arrive absolument pas à l’imaginer.
Episode 148 |Par Sam | le 24 août 2007 @ 0:06 | dans Journal d'une rupture
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Penser à autre chose
C’est ta préoccupation
constante, ton idéal, ton graal. Tu en attrapes des maux de
tête, à force de penser à autre chose. A tout
plutôt qu’à elle, à tout plutôt qu’à
vous, ce vous qui n’est plus.
Le matin est violent. Tu te réveilles,
et tu as à moitié oubliée. Tu émerges, et
ça te revient peu à peu. L’absence. Le vide. Et
l’appartement est le même, le lit n’a pas bougé, il y a
des affaires à elle un peu partout. Piqûre de rappel
constante.
La journée est variable. Aux
moments d’oubli bienheureux, absorbé dans ton travail,
succèdent les réminiscences, les références,
tout ce qui peut remonter à la surface. Et les bourdes de tes
chers collègues de travail, plus rares maintenant.
La soirée est glauque. Tu
l’occupes en te débrouillant pour ne jamais, jamais, te
retrouver à ne rien faire. Sinon les souvenirs tapis en
embuscade te sautent dessus, et c’est parti pour une heure à
tourner dans ton lit en faisant et en refaisant le scénario de
la rupture, et cherchant cette fameuse option unique, cet
enchaînement miraculeux qui eût fait qu’elle soit restée.
Jeu de con. Tu perds à tout les coups.
Tu as développé tes
recettes antidouleur, tes anesthésiques. Tu t’occupes, tu
écris. Tu bois trop, aussi, évidemment, mais ça
c’est un peu la recette familiale en cas de crise. Tu scotche des
heures et des heures devant des films, des mangas, tout ce qui te
tombe sous la main.
Tu vas désormais au boulot en
vélib, comme un bon bobo. Moins par goût du sport que
parce que ça te vide un peu la tête.
Mais toute cette concentration, tous
ces palliatifs n’y font pas grand’chose.
Reste à espérer que
l’écriture soit plus efficace.
Episode 149 |Par Sam | le 23 août 2007 @ 23:37 | dans Journal d'une rupture
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Echanges
Bon. En fait, écrire glauque, ça
va un moment, je pourrais même dire que ça soulage pas
mal. Mais ça fait pas tout non plus. Au naturel, c’est à
dire quand je ne viens pas de me faire larguer comme une merde, je
suis plutôt quelqu’un de joyeux. Voire drôle, des fois.
Ceci dit, je ne fourmille pas
d’anecdotes tordantes, ces derniers temps. Ou alors si, mais il faut aimer l’humour noir. En même
temps, l’objectif de ce blog étant d’être un dépotoir
à trop pleins de sentiments, pourquoi se priver.
J’ai eu de ses nouvelles aujourd’hui. Elle m’a appelé, alors que j’étais au boulot. Pour des questions d’appartement, de bail, etc. Pour me demander comment j’allais, aussi. Mal, ais-je répondu. Ce qui est l’exacte vérité. Et elle de rétorquer : “je suis désolée de te faire souffir, je ne te méritais vraiment pas”.
Ah bon ? Ben pourquoi tu pars, alors ? Moi, ça m’allait pas mal, pourtant.
A suivi un échange de textos de toute beauté :
- Elle : “Pardonne moi de te faire souffrir, je ne le souhaitais pas… jamais”.
- Moi : “Que veux tu que je te réponde ? Je pensais vraiment avoir trouvé l’amour de ma vie, et as dégommé trois ans d’un claquement de doigts, sans même hésiter. Tu as pensé à toi, c’est tout. Et moi j’ai jamais eu aussi mal de ma vie, ce dont tu devais bien te douter un peu”.
- Elle: “Tu as raison, il n’y a rien à répondre. Excuse moi de t’écrire de telles choses”.
OK. Voilà fait avancer le débat.
Elle vient chercher ses affaires jeudi. Probablement avec son vieux con qui doit fournir la voiture. J’en sais rien, et je m’en fous un peu. Je ne serais pas là, pas la force de supporter encore ça. Le décor qui fout le camp, notre appart qui devient le mien, juste le mien.
Episode 150 |Par Sam | le 23 août 2007 @ 20:06 | dans Journal d'une rupture
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Tentative de définition du vide
Avoir enfin un blog pour m’y épancher m’ouvre trop de perspectives à la fois. J’ai tellement de choses à vomir que je m’y perds.
Le vide, par exemple. Ce vieux compagnon, que je croyais avoir perdu, et que je retrouve en plein milieu de mon ventre, déjà solidement installé. Ce vide permanent, cette sensation de manque, qui te fait tourner en rond en te demandant ce qui ne va pas, avant de te rappeler. Le réveil, entre autres, est traître. Durant quelques secondes, tu crois que tout est normal. Puis le vide arrive, et avec lui cette douleur en forme de prise de conscience : elle t’a quitté.
S’endormir est dur aussi. Les yeux fermés, tu passes et tu repasses les évènements, et essayant de retrouver l’instant décisif, celui où elle a basculé. Celui où tu l’as perdue. Et tu regrettes, putain, qu’est-ce que tu peux regretter. Cette fois, chez tes parents, où tu aurais pu l’emmener dans les champs voir les étoiles et lui faire une déclaration passionnée. Ces week-ends où tu faisais la bouse, à ne pas vouloir te bouger, alors qu’elle tournait en rond. Ces fois où elle était loin, là-bas, dans son pays, et où tu n’as pas été la voir quand tu le pouvais, par flemme, par besoin de solitude, parce que ça t’arrangeait.
Et tu aditionne tes erreurs. Et tu lui en veux, aussi. De ne pas t’avoir averti, ou pas assez. D’avoir trahi ta confiance, en allant boire un verre avec Mr Connard, 45 piges aux fraises. De s’être laissé retourner le cerveau par un businessman en pleine crise de la quarantaine. Et surtout, surtout, tu lui en veux d’être si perfectionniste que ça en devient ridicule. Tu lui en veux de jouer les Antigone, à estimer que ce moment de doute un soir d’été est suffisant pour lâcher tout ce que vous avez essayé de construire ensemble durant trois ans.
Tu lui en veux de choisir une nouvelle aventure plutôt que vos trois ans d’histoire. Tu lui en veux parce que tu sais qu’elle va se planter. Parce que tu le sens. Parce que tu la connais par coeur. Et que tu ne peux pas l’empêcher de faire cette erreur, dont elle est consciente, mais dans laquelle elle a besoin de se vautrer.
Généralement c’est à ce moment-là, du fond de ce lit qui fut le votre, dans le noir, que tu réalise, une fois de plus, que tu l’aime encore. Et que si elle sonnait à ta porte en te disant qu’elle a fait une connerie et qu’elle t’aime toujours, tu craquerais. Sans hésiter une seconde.
Et là, vient le coup de batte : tu la connais assez pour savoir qu’elle ne reviendra plus.
Après, fatalement, tu dors mal.
Episode 151 |Par Sam | le 22 août 2007 @ 2:39 | dans Journal d'une rupture
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Carnet de bord, J+17
Voilà maintenant 17 jours qu’elle est partie. Et j’ai
l’impression de ne le réaliser que maintenant. De là où
je suis, je peux apercevoir du coin de l’oeil son placard à
moitié vide. Elle est passée dans la journée
prendre quelques affaires. Il en reste plein. Il reste cet appart
qu’on a choisi ensemble, qui reste plein de nous. J’aurais peut-être
dû déménager. Mais je vis à Paris. Et me
retrouver dans un studio minable, que je vais payer quelques dizaines
d’euros de moins qu’ici, me déprimerait d’autant plus.
Je reste, donc. Pour ce que j’y fais. J’y dors, surtout. J’y
mange, un peu. J’y bois, trop de bières, mais entre quelques
canettes qui au moins rendent créatif et un antidépresseur
qui abrutit, j’ai fait mon choix depuis longtemps. J’y joue à
des jeux vidéo qui vident la tête mais me gonflent vite.
J’y regarde tout ce qui passe et qui peut m’envoyer ailleurs quelques
instants. La semaine dernière, je me suis avalé une
soixantaine d’épisodes de OnePiece, l’anime tirée du manga d’Eichiro Oda. Cette semaine, je me fais un trip Kaamelott.
Je prends aussi un malin plaisir à fumer dans la chambre,
ce qu’elle n’aimait pas, et à ne pas faire le ménage ou
la vaisselle, ce qu’elle ne supportait pas non plus. On a les
compensations qu’on peut.
La journée, je travaille. Avec des horaires mouvants. Cette
semaine, c’est 14h-22h. Et finalement, notre Überpresident Sarko
a raison au moins sur ce point (enfin surtout Henri Guaino, qui lui a
écrit ses discours de campagne) : le travail structure.
Disons que quand ta vie privée ressemble à du
Dostoïevski sous valium, ton boulot te permet au moins de penser
à autre chose durant un tiers de la journée, ce qui est
déjà ça. Ma dernière rupture, je l’ai
vécu au chômage. Avec rien d’autre à penser que
cette fille qui était partie (oui, je suis un récidiviste.
Et oui, la répétition du phénomène m’ a
déjà posé question, merci).
Mais la dernière en date, je n’avais pas habité un
an avec. Et notre histoire n’avait pas duré trois ans, non
plus.
Pour être absolument honnête, c’est la première
fois que j’expérimente une telle douleur. Une telle absence,
un tel manque. C’est… Disons, surprenant d’intensité.