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[Chiens écrasés]

TheSamProject,saison 5 /

Geekitude, sentiments et journalisme en mileu urbain

Théorème d’incomplétude

Pluie d'été en ville

[Attention, c'est long. Et un peu chiant. A se demander pourquoi je le publie. On va dire que ça pose un acte. Et que ça me fait du  bien]

Princesses.

Depuis que je suis petit, je rêve de princesses. Et me rêve en prince, charmant, évidemment. Faudrait jamais laisser un gamin se former à la vie à coups de romans.

A quelque chose comme 12 ans et demi, j’ai voué ma vie à la Queste ultime, la seule qui vaille, la seule que racontaient les livres : celle de la princesse. De ma princesse.

Une princesse idéale, que j’investissais de tout ce qui me manquait d’affection, d’amour, de confiance, de rêves. Une princesse thaumaturge, qui saurait guérir mes plaies, ouvertes ou secrètes.

Une princesse sur laquelle je transais littéralement, le soir, en fumant en cachette à la fenêtre.

J’en ai eu plusieurs, en vrai, des princesses. Elles le devenaient à chaque fois, qu’elles le soient ou non, qu’elles le veuillent ou non.Elles étaient mes Dames, mes Aimées, mes Amours éternels et uniques, je leur donnais mon âme, ma vie, sans hésiter. Et même plutôt deux fois qu’une. Je ne leur laissais pas le choix, de toute façon.

Super cadeau.

Que je finissais toujours par récupérer, plus ou moins abîmé, à chaque fois que les princesses se lassaient, à chaque fois que je m’apercevais que non, mon yin  ne s’emboîtait pas parfaitement avec leur yang, et que cette découverte me laissait sur le carreau de tant d’injustice.

Je pleurais un temps, au vent mauvais cette tragédie : non, il n’était pas possible de se fondre en elles pour y disparaître et trouver enfin cette vie vraie qui m’attendait forcément quelque part, ailleurs.

Après, je remontais sur mon cheval d’orgueil et repartais, les yeux déjà collés au ciel brumeux d’un novembre forcément gris et romantique, dans l’espérance que la prochaine, oh oui, serait la bonne. Serait cette autre avec laquelle enfin, je deviendrais entier.

[Je t'avais prévenu: c'est long]

Longtemps, c’était juste du romantisme mal placé. Une sale manie, une de plus. J’avais aussi plein d’autres choses en tête et des années estudiantines à savourer comme il se doit.

Et soudain, il y a eu la bonne, ou supposée telle. Celle qui, enfin, croyait autant que moi à cette fusion impossible. La première qui prenait mes serments au sérieux. Et me les rendait. Et scellait ce pacte d’amour total et éternel auquel je rêvais depuis les tréfonds de mon adolescence la plus boutonneuse.

Au début, c’était tellement énorme que j’en revenais pas.

Et puis le tableau a commencé à s’écailler un poil, rongé par le réel. Mais on s’est armés de courage et on a continué à pousser, à se contorsionner pour arriver à se fondre l’un dans l’autre et qu’enfin, enfin, ça devienne parfait.

On voulait tellement y croire. On attendait ce moment où on vivrait enfin ensemble à plein temps comme la porte vers un univers nouveau, vers un monde d’harmonie et de maturité.

Sauf que ça n’a pas marché. Je te refais pas le film. Ca n’a pas marché parce que ça ne marche jamais. Parce que la fusion totale et entière, toi et moi les yeux dans les yeux pour l’éternité, ça ne peut pas marcher.

J’ai mis près d’un an à le comprendre. A l’accepter. Le bilan et sa perspective : si ça n’a pas fonctionné cette fois, tu peux toujours réessayer, mais ça risque très fort de donner le même résultat.

J’ai réessayé, je suis têtu.

Ca a donné le même résultat. En accéléré.

Sauf que c’était la fois de trop.

J’ai garé le canasson, posé le fanion et l’épée dans un coin, enlevé le haume. J’ai fait une pose dans la Queste. J’ai réfléchi, genre. Limite l’acte impie.

Et je crois que j’ai compris. Un tas de trucs :

  • Qu’il n’y a le temps que pour une épopée, dans une vie : la tienne. Que c’est de celle-là qu’il faut t’occuper en priorité. Parce que c’est elle qui conditionne le reste, tout le reste.
  • Que si vraiment tu veux vivre pour l’Autre, autant directement entrer en religion et laisser libre cours à tes extases mystiques. Parce qu’on ne vit jamais entièrement pour quelqu’un, mais qu’à force de tenter de s’en convaincre, on finit surtout par ne plus vivre du tout.
  • Que l’existence est remplie d’altérités et de contingences sur lesquelles tu n’as aucune prise, de choix qui t’impliquent sans t’appartenir, et qu’il ne sert à rien de tout arrêter en attendant la décision, parce qu’elle ne changera pas d’un iota pour autant.
  • Et donc que mieux vaut essayer d’être bien tout seul, déjà. Parce que c’est plus qu’un début pour tenter de l’être à deux : c’est un pré-requis.

Depuis quelques semaines, j’ai arrêté la Queste. Celle-là, du moins. Je me lance sur d’autres. Les miennes.

Depuis quelques semaines, je profite de ce que j’ai, de ce qu’on m’offre, de ce que je peux prendre. Sans attendre de princesse pour me prendre par la main. En comptant sur moi. Et en essayant de faire en sorte de me faire confiance.

Et tu sais quoi ? C’est pas mal du tout. Je suis bien, J’ai 28 ans, un job qui tue, un projet que aussi, des vacances à planifier, suffisemment de sous pour ne pas trop m’en faire et envie de tas de choses pour moi.

Juste pour moi.

Et ça, c’est un peu la révolution.

Même si on ne se refait pas, pas totalement.

Même si ce soir, par exemple, j’ai une putain d’envie de câlins.

Et même pas de seske.

Juste besoin de tendresse, de bisous et de caresses.

Un besoin lancinant. Heureusement tempéré par la fatigue.

En guise de conclusion, j’ai aussi commencé à intégrer que le manque de sommeil, c’est sympa, mais brièvement. Donc je te fais mes excuses pour la longueur et le propos de cette note aussi bassement autocentrée qu’impudique, mais c’est la fatigue, et te dis bonne nuit. Je te la souhaite reposante et pleine de rêves.

[Ah, et un dernier pour la route : par souci d'apporter un peu de culture à ce déballage, si tu veux enfin savoir toute la magie du théorème d'incomplétude de Gödel et ainsi ne pas avoir totalement l'impression de t'être fait flouer, tu cliques .]

Episode 197 |Par Sam | le 10 juin 2008 @ 23:02 | dans Journal d'une rupture, Pensées parasites
5 commentaires »

Aliquid Stat Pro Aliquo

Des poubelles et un vieux

[Une chose qui tient pour une autre chose, soit la définition du signe, du moins avant qu'elle soit défoncée par Peirce et autres dieux sacrés de la sémiologie, faudrait voir à pas oublier que j'ai appris un tas de conneries à la fac]

Excuse, hein. Faut que ça sorte. Que je me défoule. Que j’épanche ma graphomanie. J’étais parti pour te faire du récit de soirée, mais là, j’ai juste besoin d’agiter mes mains sur le clavier sans trop chercher où elles vont, où je vais, avec mes phrases approximatives et mes idées sorties de nulle part.

Aliquid stat pro aliquo. J’adore la replacer dans les conversations, celle là. Ca me console de n’avoir jamais fait de latin. Une chose qui tient pour une autre chose. Le signe et ce qu’on met derrière. Les signes et leur interprétation, qui pourraient bien caractériser le statut d’humain, au bout du compte. J’interprète, donc je suis.

Tu connais peut-être ces journées magiques où tout te sourit, où tout se teinte d’une luminescence, d’un merveilleux proprement cinématographiques. Tu sais, ces journées presque trop intenses pour être vraies,  où tu fais des rencontres incroyables au coin de ta rue, où tu assistes à des scènes tout droit sorties d’un film, où la magie est partout, où tout est beau. Ou presque. Et où même ce qui ne l’est pas reste nimbé d’une exceptionnalité certaine et remarquable. Où tu regarde le ciel en faisant des clins d’oeil au destin farçeur qui a décidé de t’offrir ces petits moments qui font que la vie reste l’amour de ta vie.

Ca me fait ça, depuis quelques jours.

Et ce qui est fun, c’est que je l’attribue à un démiurge bienveillant, à une force extérieure et immanente, qui se serait enfin décidée à se pencher sur mon cas. Alors que non. Queudalle. Nib de nib.

Alors que c’est juste de moi que ça procède. Alors que c’est juste - merci à elle, qui se reconnaitra - que je vois les choses un peu différemment. Sous un autre angle. Un meilleur angle.

Que ces choses qui tiennent pour d’autres choses, ces signes, je les interprète autrement. Ce sont les mêmes, pourtant. Il suffirait que je sois un poil plus fatigué, un poil plus triste, et les mêmes réalités deviendraient glauques. Et je ne verrais pas les signes pareil. Et ils ne m’indiqueraient pas la même chose.  Et je me laisserais gentiment bouffer par le gris en attendant qu’un énième coup de flipper me renvoie vers un autre bumper, pour faire dans la métaphore de bistrot. Same player, shoot again. Multiball.

Ce qui a de fortes chances de finir par arriver, au demeurant.

Toujours est-il qu’en attendant, je profite. Je me gave. J’emmagasine pour les jours difficiles à venir. Je me constitue un capital petits bonheurs en attendant la crise. Qui finira par arriver. Ou pas.

Episode 189 |Par Sam | le 4 juin 2008 @ 0:50 | dans Pensées parasites
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Célibattu

Snif. Snif. Tu sens pas ?

Tu sens pas que ça mouque un peu le rance, ici ? Le renfermé ? Le poussiéreux, le pas très propre ? Le vieux célibataire aigri à l’haleine bilieuse ?

Moi, si.

C’est pour ça que je nous évite à tous les deux de nouveaux soliloques sur le pauvre Sam qu’il a des malheurs, que les filles elles sont méchantes avec lui, que c’est pas facile, tout ça.

C’est pas l’envie qui m’en manque, tu noteras. Mais on va essayer de faire dans le constructif, pour changer.

Allez, je te sens déçu, alors je te résume vite fait : Sam en avoir marre faire victime. Alors Sam réfléchir dans sa tête. Et Sam se dire : faut arrêter de postuler que tu attends que la femme de ta vie te tombe dans les bras au coin de la rue pour t’extirper les doigts du fondement et faire quelque chose de ton existence, sinon on va jamais y arriver.

Réflexion profonde, s’il en est [abstiens-toi d'allusions rectales, je te prie].

["Allusions rectales", ça va encore me faire des requêtes google étrange, je sens].

Aussitôt concrétisée par un vieux ménage des familles. Ca renifle un peu moins le célibattu, du coup, dans mon F1. Et ça commence à cailler sec, à force de fenêtres ouvertes, aussi [fais-moi penser à dauber un peu sur ce putain de climat parisien et à ses amplitudes thermiques de 10°C en moins dans ta face, à l'occasion, veux-tu bien ?].

Une amie m’a écrit ça, tout à l’heure : “c’est fou parce qu’avec les claques que t’as pris, ca t’a pas calmé du romantisme”. [Je lui rappelle d'ailleurs qu'elle a aussi promis de me "filer des tuyaux pour décomplexer les relations", ce qui peut se ramener à "allons draguer dans les bars ce weekend", et que je suis pour]

Ouais.

C’est fou.

[J'adore quand je réussis à faire un tiers de didascalies dans une note]

Episode 6 |Par Sam | le 20 mai 2008 @ 21:25 | dans Pensées parasites
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Transport amoureux numéro 12

Pas passionnant, celui-ci. Elle avait un nom ridicule : Jeanne-Marie. Ou du moins j’étais trop jeune pour en comprendre le double sens.

Une histoire de slows, encore, une fin de camp d’escalade dans le Vercors, en seconde. Deux-trois jours, ça avait duré. A tout casser. Avant qu’on reparte dans nos pénates respectives, moi le sud, elle l’ouest, je crois, je ne sais plus bien.

Après, on s’était écrit. Enfin, le temps de deux ou trois petits aller-retours de courriers. Je découvrais les amours épistolaires, domaine où je m’en sortais nettement mieux qu’en vrai, déjà.

Ca avait duré un mois. Et puis elle m’avait envoyé une carte postale d’Irlande. Pour me dire qu’elle s’était trouvé un copain.

J’avais fait un peu semblant d’être triste pour renforcer ma cote auprès de ma grande copine de classe Axelle, une fille magnifique qui faisait au moins 10 cm de plus que moi, mais j’y croyais pas vraiment.

Episode 10 |Par Sam | le 13 mai 2008 @ 23:11 | dans Transports amoureux
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Transport amoureux numéro 11

Elle s’appelait Sandrine Séverine. C’était une fille de la DDASS, ou pas loin. Famille tellement décomposée que ça en devenait ridicule, plus d’autres trucs encore plus louches dont elle voulait pas parler.

En fin de troisième, j’étais un rebelle. Je fumais des clopes, je buvais des bières, j’avais même été viré du bahut. Genre.

Et je traînais avec la faune, les semi-marginaux du collège, qui venaient d’un truc appelé “Maison d’enfants”, un home à gamins placés, je pense. Bref, dans tout ça, y avait Séverine. Qui devait avoir dans les 16 ans et une bonne dizaine de mecs à son actif.

Jeans moulants, perfectos, corps de rêve. Et j’étais son super pote.

Je l’ai même emmené faire du canoë, une fois. Balade de deux jours sur la rivière. En tout bien tout honneur, avec mon papa. Le soir, on s’était un peu éloignés pour dormir en plein air. Et fumer en cachette, en se racontant nos vies. Romantique, isn’t it ? Cherche pas. Il s’est rien passé. Sinon que sa silhouette en maillot, quand elle pagayait devant moi, est restée longtemps gravée dans ma petite tête.

Episode 11 |Par Sam | le 13 mai 2008 @ 23:01 | dans Transports amoureux
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Je suis venu te dire….

[Les transports amoureux sont en grève. A tous points de vue, d'ailleurs. Panne d'inspiration temporaire, on reprendra quand ça reviendra. Mais réjouis-toi : c'est l'heure du bêtisier]

Il y a deux ans jour pour jour et presque heure pour heure, je débarquais d’un TGV, Gare de Lyon avec une valise moche et super lourde, un sac à dos bourré ras la gueule, un stage qui commençait le lendemain et l’adresse d’un canapé d’accueil pour quelques semaines le temps de me retourner.

Ce que j’ai fait depuis, un peu dans tous les sens. A l’endroit, à l’envers, disait l’autre.

[Pour achever de te faire pleurer, j'avais tellement pas de sous que les distributeurs ne voulaient plus m'en donner, un appartement à trouver pour deux et un prêt étudiant à commencer de rembourser, le tout dans les trois mois. J'aime entretenir ma mythologie personnelle. C'est du storytelling, coco]

Deux ans. 730 jours. ça en fait, des trucs à raconter, si on voulait faire un bilan.

[Et là, tu te dis : "oh, merde, il va faire un bilan."]

Deux ans après, le même ? Pas tout à fait. Un peu moins jeune, un peu plus large d’épaules,professionnellement au moins.

J’ai un taf qui le fait quand même pas mal. Et que j’ai fini par assumer . Ce qui me permet de m’y ébattre avec un plaisir relativement certain.

Personnellement… comme disait l’un de mes vieux professeurs chenus, “c’est un peu plus compliqué que ça”.

Point de vue sentiments, j’aurai pas mal tenté, pas mal raté aussi. L’éternelle histoire nietzschéenne de la baffe dans ta gueule qui te rend fort, quand elle a fini de te tuer.

Suis-je plus fort ? J’en suis pas certain. Et en fait je m’en fous un peu, au final. C’est pas ça qui m’excite.

Point de vue comportement, du coup, je vais pas t’écrire “j’ai changé”, on a vu ce que ça donnait. Je préfère me dire que je me comprends mieux. Je préfére me dire que je sais un peu mieux ce que je veux changer.

Et que je commence à le faire, imperceptiblement.

C’est long. Mais c’est bon.

[Par contre, ça nuit gravement à ce blog, qui ressemble de plus en plus à Fréquenstar, à force de flashbacks mièvres. Mais t'inquiète : demain, je pars à la cambrousse voir du soleil jaune et du ciel bleu et des arbres verts et profiter du tout. Ce qui, je crois, va faire du bien à tout le monde, toi compris.]

Episode 13 |Par Sam | le 1 mai 2008 @ 0:39 | dans Pensées parasites
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Transports amoureux numéros 9 et 10

A la cambrousse, les langues vivante, c’est frustre. Dans mon petit bahut, on avait le choix entre allemand et italien. Comme j’étais déjà une feignasse, j’ai pris italien.

J’ai bien fait.

En quatrième, on a eu des correspondants. Et un voyage en italie, logés chez eux.

La mienne s’appelait Simona, je crois. Elle était très brune, très ritale, très jolie. De l’avis expert de tous mes potes de classe, elle était numéro deux au top des Italiennes les plus jolies du groupe. La numéro uno était une blonde très belle.
Les deux lauréates du top se trouvaient être super copines. Du coup, je dormais chez l’une et voyais l’autre tout le temps. Et l’exotisme jouait à plein. On faisait dans l’échange culturel, en somme : comme on se comprenait à moitié, toutes les audaces devenaient possibles. Je me suis découvert un don pour les langues.

Officiellement, j’étais déjà avec quelqu’un. Mais mademoiselle numéro 8 avait choisi allemand. Et je passais mon temps avec deux jolies italiennes. Pendant le voyage, je me suis contenté de draguer. Mais ensuite, les Italiens sont venus chez nous, en fin d’année.

Et pour leur dernier soir, quelqu’un a organisé une soirée avec les correspondants. Et de l’alcool. Alcool qui a eu un effet certain sur les Italiennes. Et sur ton serviteur.Je ne sais plus comment je me suis retrouvé à échanger ma salive avec la jolie blondinette, mais ça a duré une bonne partie de la soirée. Jusqu’à ce que ma mère vienne nous chercher.

Adieu blondinette. Mais c’était pas fini.

Faute de place, ma correspondante dormait dans ma chambre. A moins d’un mètre de moi, sur un matelas au sol. Où elle a mis dix minutes à m’attirer pour quelques baisers. Qui sont devenus un peu plus que ça. Mais pas trop non plus.

Disons que j’ai découvert que les filles n’étaient effectivement pas faites comme les garçons. Qu’au toucher, c’était totalement différent. Et carrément agréable.

J’en fus tout stupéfait.

Le lendemain, évidemment, tout le collège était au courant. Y compris mademoiselle numéro 8. Qui en fut humiliée.

Tu m’étonnes.

J’avais découvert l’infidélité, j’ai expérimenté le largage express. En moins de deux, on a “cassé”, comme on disait. A mes torts exclusifs, qui apparaissaient graves du haut de nos quatorze piges. Je suis devenu l’enfoiré number one d’une bonne partie de la gent féminine du collège.

Ca changeait peu de choses, finalement. J’avais juste plus personne à attendre à la sortie.

[La suite demain, cette semaine, je fais partie de la France qui se lève tôt.]

Episode 14 |Par Sam | le 28 avr 2008 @ 23:57 | dans Transports amoureux
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Transport amoureux numéro 8

Premières soirées au collège. On appelait déjà plus ça des boums, mais c’était tout comme. On louait des salles municipales, on obtenait la permission de minuit, voire une heure du matin. On amenait de l’alcool, une chaîne hi-fi. Et on dansait sur Nirvana ou les Red Hot Chili Peppers.

En faisant toutes les conneries possibles avec de l’alcool, des cigarettes et la créativité perverse que peu déployer un adolescent en pleine puberté pour compenser un peu son corps qui change, ses érections intempestibles, ses boutons plein la tronche et son appareil dentaire.

Et puis, à un moment de la soirée, il y avait les slows. Alors on invitait des filles à danser, l’estomac un peu noué, mais on tentait de faire bonne figure devant les potes.

Il y avait déjà des serial lovers, mais j’en étais pas. Celle-là, mademoiselle numéro 8, j’étais dans son groupe en techno. Et je savais déjà par ses copines qu’il y avait moyen. Alors je l’ai invitée. Elle était brune, plutôt mignonne.

On s’est frottés sur Bryan Adams, Scorpions ou un truc dans le genre. J’étais mort de trouille. A un moment donné, j’ai réussi à lui bafouiller dans l’oreille la phrase magique : on va faire un tour dehors ? Elle n’attendait que ça.

Les relations collégiennes obéissent à un rituel bien précis. Une fois dehors, j’ai respecté toutes les étapes, que je connaissais d’instinct, faut croire. Lui prendre la main. Respirer un grand coup et lui demander d’une voix tremblante et quelque peu trop aigüe, si elle voulait “sortir avec moi”. La clé, le graal, la voie vers un monde nouveau.

Elle a dit oui. Alors on s’est embrassés. Et c’était bizarre. Carrément pas désagréable, mais bizarre. On a passé plein de temps à essayer différents trucs avec nos bouches. Jusqu’à ce que ses parents viennent la chercher. Et j’ai fini la nuit en me disant que décidément, c’était pas du tout comme dans les bouquins. Mais bon, c’était bien quand même.

Après, on “sortait ensemble”. Ce qui consistait essentiellement à s’attendre devant le collège matin et soir pour se rouler des grosses pelles. Le reste du temps, on respectait la ségrégation sexo-spatiale de vigueur en quatrième. On retournait dans nos camps respectifs.

Ca a bien dû durer quelque chose comme deux mois. A l’échelle du collège, on était limite un vieux couple. Et puis on est partis en Italie. Et j’ai découvert l’adultère.

Episode 15 |Par Sam | le 28 avr 2008 @ 23:17 | dans Transports amoureux
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Transports amoureux numéros 5 et 6 et 7

Trois histoires assez semblables, dont j’ai trop peu de souvenirs pour faire autrement que de les coller ensemble. La numéro 5, c”était la fille d’amis de mes parents. Qui venaient l’été. On était trop gamins pour comprendre ce qui se passait, mais il se passait bien quelque chose.

On était potes comme les gamins sont potes. On ne jouait même pas au docteur. Mais avec elle aussi, existait quelque chose d’inexplicable. Etait-elle jolie ? Je crois. En tous cas je la trouvait jolie. Elle était brune, plutôt maigrichonne et on s’entendait super bien.

Quand on me demandait si c’était mon amoureuse, je faisais la grimace, évidemment. Mais au fond, c’était quand même un peu mon amoureuse. Et je devais être l’équivalent. A neuf ans, on ne pousse pas l’introspection aussi loin.

Et puis nos parents ont cessé de se voir. Je me demande ce qu’elle est devenue.

Mademoiselle numéro 6 n’était pas dans ma classe, mais on se voyait souvent, parce que nos parents étaient potes et qu’elle habitait à 500 mètres. Elle était blonde. Chez elle, il y avait une piscine dans laquelle on se baignait l’été. Et un jour, je devais avoir dans les dix ans, alors que je lui montrais fièrement mon ordinateur et qu’il n’y avait pas d’autre chaise, elle s’est assise sur mes genoux. Et c’était la première fois qu’une fille s’asseyait sur mes genoux.

Et ça me faisait tout bizarre, parce qu’entre temps, j’avais commencé à apprendre un tas de trucs sur ce que faisaient les garçons et les filles un peu plus âgés dans un lit. Et que là, j’avais un premier aperçu de la chose.

La septième était une cousine par alliance. Une Parisienne, enfin banlieusarde, mais c’était tout comme pour un petit cul terreux comme moi. Un jour, elle est venue en visite et on s’est retrouvés tous les deux. Et elle m’a tenu tout un discours, comme on peut en tenir à douze ans. Sur le fait qu’on était pas vraiment cousins d’un point de vue génétique et que donc il était tout à fait possible qu’on sorte ensemble sans risquer les foudres de la morale.

Moi, j’ai fait semblant de ne pas comprendre. J’étais un peu trop intimidé. Elle n’a pas insisté.

Et j’ai perdu une occasion. La première.

Episode 16 |Par Sam | le 28 avr 2008 @ 22:53 | dans Transports amoureux
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Girls, girls, girls

[Un truc qui me trotte dans la tête depuis un moment. Je pique donc allègrement l'idée à Kmille, qui en a fait une série de notes carrément bien, tellement que j'ai eu envie de faire un peu la même chose]

Transports amoureux. Elans affectifs. Tentatives de couplitude plus ou moins avortées. Angoisses et plaisirs, sexe et sentiments.

Tout ça tourne et retourne dans ma petite caboche depuis un moment, pour différentes raisons. Et je m’interroge gentiment sur le sentiment amoureux, ses tenants, ses aboutissants, ses vacances au ski et ses limites.

Et du coup je fais dans le voyage temporel. Je mâche de la madeleine. Je remonte le temps. Je cherche le début de tout ça. La quête du mystère des filles et des trucs qu’elles cachent sous leurs vêtements, ça remonte à quand ?

Alors pourquoi pas te raconter un peu les femmes de ma vie ? Au point où on en est…

Transport amoureux numéro 4, donc.

[Oui, je fais comme Georges Lucas : je débute à l'épisode IV. Parce qu'evidemment, la première femme de ma vie, c'est ma môman. Et la deuxième et la troisième, ce sont mes soeurettes. Mais on va laisser la famille en dehors de tout ça.]

Je ne sais plus son nom, je ne me rappelle plus de son visage. Juste qu’elle était blonde. J’avais six ans, mes parents retapaient leur nouvelle maison tout l’été et avaient décidé d’embaucher une fille au pair pour leur dégager les mômes des pattes.

C’était une jeune Allemande, belle comme au Valhalla. Grande, athlétique. Douce. Elle nous baladait, elle nous faisait manger. Elle parlait mal français, mais ce n’était pas un souci du haut de mes six ans et demi, parce qu’elle me faisait de grands sourires et que ça me suffisait. On allait chercher des mûres dans la cambrousse pour en faire des tartes et elle me tenait la main et c’était bien.

Elle est restée quelques mois, le temps d’un été. Mes parents lui avaient aménagé une petite chambre dans le grenier, avec un tissu bleu au-dessus du lit, pour éviter que la pluie ne perce par le toit qu’ils étaient en train de retaper.

Soudain, je découvrais un truc : les filles, c’est joli. J’avais envie de la toucher, d’être près d’elle, parce que c’était agréable. Parce que ça m’attirait. Une attirance que je ne pouvais pas m’expliquer. Je cherchais pas, d’ailleurs, je préférais jouer aux Lego.

Son départ, par contre, je m’en rappelle. Mon premier chagrin d’amour, un matin d’août 1986. Je boudais dans ma chambre parce que je trouvais ça totalement scandaleux, qu’elle parte alors que moi je voulais pas. Mais j’ai pas pu m’empêcher de me précipiter sur elle alors qu’elle franchissait la porte. Ni de pleurer alors que je m’étais promis d’être impassible et que je me retenais de toutes mes forces.

Episode 17 |Par Sam | le 28 avr 2008 @ 22:49 | dans Transports amoureux
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