Du mâle alpha
Tendresse, alors, comme thématique. J’aime bien les thématiques. ca vous pose une note.
Tu le sais, depuis le temps : je suis un Bisounours. Pour mon plus grand malheur, le plus souvent. C’est pas vendeur, le Bisounours. Pour être un mâle urbain qui le fait, il faut certes cultiver un petit côté écorché vif, une faiblesse cachée qui ajoute du glamour. Mais il faut aussi savoir être mâle. Et de préférence alpha dominant, comme on dit en zoologie. Donc un peu connard sur les bords. Le tatouage est un plus.
Un jour, j’étais plus jeune et plus Grenoblois qu’aujourd’hui, j’ai rencontré l’archétype du connard alpha dominant. C’était le nouveau mec d’une copine qui en était raide dingue, au point de quitter l’ex avec qui elle habitait pour lui. Elle tenait à nous le présenter, du coup. Et ce fut un moment d’anthologie.
Il avait un milieu de trentaine, soit dix ans de plus que nous à l’époque, des pattes sur les tempes, le cheveu ras et l’âme bretonnante. Il venait de quitter une jeune femme russe très belle, qu’il avait épousé pas en blanc mais pas loin, et le divorce se passait mal. Dans la vie, il était doctorant en physique nucléaire. Mais ce n’était pas sa vocation.
En fait, il s’avouait artiste. Torturé, mal dans sa peau. Se piquait d’écriture, des textes néoréalistes cyniques, quelque part entre Miossec, Houellebecq et Damien Saez, passablement mauvais et prétentieux. Qu’il chantait en s’accompagnant à la guitare et en picolant des trucs genre vodka ou wisky, parce que la bière, c’était pour les tapettes.
D’ailleurs, le premier truc qu’il nous a dit, quand on est arrivé chez la copine en question, c’est : “salut les pédés”.Le deuxième, lorsqu’on l’a interrogé sur ce qu’il faisait dans la vie, ce fut, je te jure que j’invente rien : “ce que je fais, y a quinze types au monde qui peuvent le comprendre”.
Ceci asséné, il s’est tourné vers la copine, en gueulant : “chérie,tu nous sers pas à boire ?”. Et ladite chérie, l’une des filles les plus intelligentes que je connaisse, chérie qui avait toujours été un parangon d’indépendance et une grande gueule de première, de s’exécuter aussitôt, sans moufter. Aux petits soins pour son mâle alpha à elle. Soumise, et heureuse de l’être.
Tout le reste de la soirée fut à l’avenant.
J’ai un espèce de don, dans la vie : je suis pas mal doué pour me mettre à la place de l’autre. Je sais comprendre, sans trop préjuger. J’ai ce qu’on appelle de l’empathie. Du coup, j’aime les gens, à de rares exceptions près.
Ce type fait partie des rares exceptions. Il appartient au club très fermé des quelques humains que j’ai pu rencontrer et haïr sincèrement. Pas pour moi, mais pour cette fille. Qui a gâché deux ans de sa vie à se coltiner un connard qui l’a obligé à faire de mauvais choix, l’a brouillé avec tous ses amis, avant de finir par la lâcher du jour au lendemain avec une lâcheté crasse, évidemment.
Ceci dit,il m’a appris un truc. En le rencontrant, en voyant à quel point il pouvait la subjuguer, j’ai compris que le trip Bisounours, c’était pas vendeur. Que la plupart des filles ont beau te dire qu’un mec sensible qui les respecte, c’est bien, elles kiffent quand même aussi le côté connard. En général, évidemment. J’ai eu une longue discussion à ce sujet, y a pas longtemps, avec une bonne copine. Qui a fini par m’avouer qu’elle aimait que son mec prenne les choses en main, qu’il la domine un poil. Que ça la rassurait.
[Je sens que je vais me faire des amies, avec ce post. On dira que ce sera ma contribution à la liquidation de l'héritage de 1968]
Entendons-nous [oh oui, entendons-nous] : je juge pas. Je constate. D’après exemples.
D’ailleurs, mon souci du moment n’est pas de faire de la sociologie de comptoir.Mais de me dire qu’être un Bisounours, ça craint. Et que même en invoquant le Darth Bisounours qui sommeille en moi, je pourrais pas devenir comme lui. J’en suis pas capable. Du moins pas à long terme. Et je doute de le devenir jamais. Et je peux pas m’empêcher parfois de me dire que c’est tout de même assez injuste. Au fond.
[Et là tu vas me répondre que c'est surtout une question de confiance en soi qui rassure l'autre, tout ça. Ce à quoi je te rétorque d'avance que j'entends rien, la la la la. D'ailleurs je me bouche les oreilles. ]
Episode 41 |Par Sam | le 3 avr 2008 @ 1:36 | dans Pensées parasites
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Autocensure
Je viens d’écrire un truc long comme le bras et de le publier, avant de le supprimer. Ca se voulait drôle, à la base : comment se faire dégager en dix leçons, la méthode Sam.
Je l’ai relu. Et soudain, j’ai frémi. Tellement c’était même pas caricatural, comme caricature. Tellement c’était ça, en fait. Et tellement c’était beaucoup moins drôle, du coup.
Je ne sais plus qui a dit qu’il y a une limite à l’ironie. Ben je confirme. Et censure, donc.
Voilà quelques semaines, j’avais promis, juré, craché, ptoui ptoui, d’arrêter ce genre de posts. J’ai du mal à me retenir, j’en suis désolé. C’est l’inconvénient : quand quelque chose occupe l’essentiel de tes pensées, il est difficile de trouver un autre sujet.
Mais là, c’était juste trop. La goutte d’eau, tout ça.
Revenons donc à nos bonnes résolutions. Et à nos émissions ordinaires.
Episode 49 |Par Sam | le 29 mar 2008 @ 20:36 | dans Messages à caractère informatif
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Sensations
[Je l'antidate d'un jour, juste pour pas laisser de blanc dans le calendrier. Et histoire que tu aies le début du truc]
Qu’est-ce que je fous là ? Qu’est-ce que je fous, là ? Oh non, pas encore. Pas déjà.
Pas maintenant.
Pensées négatives, désirs de fuite. Envie fuir très loin, envie d’être un autre. Envie de creuser un trou, de se mettre dedans, et de reboucher. Honte d’avoir ces pensées, d’éprouver ces envies.
Doutes. Doutes doutes doutes qui te prennent la tête, la mettent à l’envers, te la bouffent et y distillent leur propagande absolutiste.
Doutes qui déforment ton regard et tes sensations, doutent qui salissent tout le reste et s’étalent.
Honte qui monte d’avoir douté, d’avoir craqué, de retomber. Honte qui monte et se reflète dans son regard interrogatif, et qui revient puissance dix.
Honte qui monte et se transforme en angoisse à mesure qu’elle passe des tripes au coeur, du coeur au cerveau.
Angoisse. Angoisses. De bouger. De la suite, de la fin.
Bonheur qui se brise, fauché en plein vol, et se transforme en sensation d’étouffement qui va croissant.
Et merde.
Pas déjà.
Pas si tôt.
Pas encore.