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[Chiens écrasés]

TheSamProject,saison 5 /

Geekitude, sentiments et journalisme en mileu urbain

Rentrer sous la pluie

Rentrer sous la pluie en marchant juste un peu trop vite, histoire de faire semblant d’avoir quelque chose qui t’attend là-bas, au bout de la rue Lafayette. Te prendre la drache en pleine poire arrivé vers Cadet, après un pot rapide avec tes chères consoeurs qui cherchent à te caser avec cette fille du service machin, célibataire aussi, quelle aubaine.

Avancer avec le ciel qui te pisse dessus et, dans ta petite tête de geek monté en graine, Sad Song de Lou Reed en boucle. I’m gonna stop wasting my time, disait Lou entre deux fix et un vernissage. Avoir envie de lui répondre “What else to do, Lou ?” tellement tu ne sais plus bien toi-même comment ne pas le perdre, ce temps qui file en exponentiel. T’avais aperçu avril, t’as même pas fait gaffe à mai.

Cheminer bien au chaud dans ta bulle malgré ta veste de journaleux qui se transforme en serpillère, en songeant à tes collègues qui t’ont appris que tu étais susceptible et à ton air tout étonné devant un trait de caractère que tu te connaissais sans vraiment y croire. Connais-toi toi-même, il disait. Le con.

Croiser des gens à la parisienne, sans les voir, les yeux fixés vers ta ligne d’horizon personnelle : la crête que fait la rue à son point le plus haut, au niveau de la gare du nord, avant de redescendre vers ton XIXe et les bobos du canal. Entamer le faux plat en laissant tes pensées faire n’importe quoi dans ta tête, avec en guise de graal fantaisiste la perspective lointaine de relancer une certaine demoiselle, un de ces quatre, parce que c’est décidément trop con, tout ça.

[Et cette pute de last.fm qui m'assassine avec Dance me to the the end of love. Saloperie de technologie]

Parvenir sur la crête, t’amuser un dixième de seconde en croisant le regard gêné d’un de ces braves quadras en costard qui sortent des sex-shop installés de part et d’autre de la rue, au niveau de la gare. Te dire qu’à l’heure d’Internet, le geste relève du militantisme.

Téléphoner en marche à ce pote que tu as lâchement ignoré hier parce que tu t’étais mis en mode geek/misanthrope d’élite, et te dire que tu aurais aussi pu voir des gens ce weekend, plutôt que de le passer en tête à tête avec index.php et minimalist.css pour t’étonner, au bout de trois jours d’isolement volontaire, d’avoir le moral qui fait de la spéléo.

Rentrer sans la pluie pour la fin du parcours. Arrivé en bas de ta rue, te dire que décidément, tu vas te le payer, ce numérique pas cher, histoire d’agrémenter tes posts déprimés de photos nostalgiques et bien clichés, genre rails de la gare de l’Est sur coucher de soleil nuageux.

Et finir en bas de chez toi, avec une seule envie : continuer à marcher.

Episode 172 |Par Sam | le 27 mai 2008 @ 22:28 | dans Quotidiennes
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