Thérapie musicale
Tiens, tu veux que je te donne un vieux truc scout pour les weekends tout pourris comme celui que je viens de m’enfiler avec du gravier (pardon, c’est parce que j’ai des malheurs) ?
Pour moi, ça marche à tous les coups. Pas super longtemps, mais c’est déjà ça de pris.
Quand, donc, tu es triste et glauque tel le panda du zoo de Vincennes, et que tu sens que ça commence à devenir un peu ridicule, et que tu en as un peu marre, et que tu aimerais bien passer à autre chose, il existe une solution simple et efficace.
Prends ton répertoire de musique (ou tes CD si tu en es encore là), et sélectionne-toi une petite playlist bien glauque des familles. Vas-y franco. Les trucs les plus déprimants que tu possèdes, ceux qui feraient chialer même un gardien de camp de travail Birman. Et envoie la sauce.
Personnellement, je m’enquille des choses comme ça, par exemple :
Pour corser la chose, essaye d’imaginer en même temps un truc genre paysage industriel au mois de novembre en Roumanie. Et tu enchaînes. Faut pas perdre le rythme. Tu peux aller vers des trucs dans ce goût là, aussi :
Ca y est ? Tu as mal ? Tu as envie d’aller te coucher en travers de la rue en bas de chez toi ? De t’avaler une bouteille d’eau-de-vie cul sec ? De signer à la Légion Etrangère ? C’est parfait. Il est temps de porter l’estocade. Avec la chanson la plus triste que tu puisse trouver. Genre :
Là, normalement, tu finis par te sentir un peu ridicule, à écouter tes trucs glauques tout seul chez toi. Et tu commences à choper un petit sourire ironique en coin. Et c’est là où il te faut l’électrochoc. Un truc qui met la pêche. Ou au moins le sourire Genre ça :
Si tout va bien, c’est vers ce moment-là que tu comprends que tout ça n’est pas si grave. Que ça passera. Que ça ira mieux. Forcément.
Et surtout que la vie est belle.
[Par ordre d'apparition, donc : Radiohead, Motion Picture Soundtrack / Miossec, Brest / Radiohead, Exit Music - for a film / Beirut, Nantes. Je t'avoue que j'ai plus glauque en magasin, mais YouTube, non]
Episode 45 |Par Sam | le 30 mar 2008 @ 20:50 | dans J'ai testé pour vous
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Perfect day
[Je continue dans le "il", tu m'en veux pas ?]
Lorsqu’il ouvrit les yeux, c’était samedi et il faisait beau. Ce qui, dans cette ville et à cette période de l’année, constituait un fait suffisemment exceptionnel pour mériter de figurer en début de note, même si, comme disait l’illustre Hubert Beuve-Méry, “commencer par la météo, coco, c’est bien niveau info-service, mais ça vaut pas un bon fait-divers bien gras”.
Un message gentil l’attendait sur son téléphone.
Il reprit aussitôt ce sourire niais qu’il arborait, collé à sa face de lune, depuis trois jours. Et partit se doucher.
Une bonne nouvelle pouvant parfois en cacher une autre, sa balance Ikea lui annonçait qu’il était passé sous la barre fatidique des 70 kilos, ce qui mettait son indice de masse graisseuse à un petit 17,8% de bon aloi. Six kilos en moins en deux semaines, vivent les carottes. Et les rencontres.
- “Décidément, je suis un gros métrosexuel”, pensa-t-il, se rappelant qu’il était d’ailleurs supposé aller faire le Musclor à la salle de sports du haut de sa rue avec un pote. Qui, pour ne pas changer, avait esquivé lâchement, lui fournissant une bonne excuse pour ne pas y aller.
Quelques courses et autres tâches domestiques plus tard, il s’en alla répondre à ses mails gentils et résilier son abonnement à Meetic. Soixante euros les trois semaines, 36 visites, un mail et deux flash, ça faisait un peu cher la remise en état sentimentale. Il s’en foutait éperdument, en fait.
Tant qu’à y être, il barra d’un trait le “journal d’une rupture” sur sa bannière. Ca, aussi, c’était fait.
Nous étions le samedi 2 février 2008. Ca lui avait tout de même pris six mois.
Mais c’était fait.
Il n’avait plus qu’à attendre la suite de la journée. Qui s’annonçait décisive.
Et à se faire un peu confiance, pour changer.
Episode 100 |Par Sam | le 2 fév 2008 @ 16:31 | dans Quotidiennes
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Temps morts
[Je sais, je te délaisse un peu, en ce moment. Mais bon, je ne t'oublie pas, tu vois]
Il était rentré à pied, pour ne pas changer. [oui, ce soir ce sera "il". J'innove]. 9e, 10e, 19e by night, la route habituelle. Dans les oreilles : Beirut, Nantes.
En marchant, il s’était quelque peu introspecté les tréfonds du cerveau, profitant de ces quelques heures de silence communicationnel soudain et inattendu. Essayant aussi de ne pas céder à sa posture classique en cas de silence communicationnel soudain et inattendu.
[Celle dite du "bambi aux abois" : figé, patte métaphorique en l'air, un oeil sur le téléphone, l'autre sur le MSN, le troisième sur sa boîte mail, à guetter un signe, les flancs battants au rythme de son petit coeur, le cerveau surchauffé à force d'échafauder d'improbables scénarios catastrophe]
Tentant plutôt d’en profiter pour faire le point, si tant est qu’il y en ait un à faire. Et se disant que dans l’ensemble, la semaine avait été plutôt d’une rare intensité. Qui culminait dans de vieilles angoisses abandonniques dont il avait, célibat aidant, oublié jusqu’à l’évidence.
En un sens, et il fallait être bien bien tordu pour comprendre, c’était donc plutôt positif.
Il croisait des passants qui passaient et s’en foutaient, eux, de ses états d’âme. Il leur rendait d’ailleurs bien la pareille, tout occupé qu’il était à son cénacle intérieur.
Arrivé chez lui, après un petit arrêt-boisson à l’épicerie du bas de la rue, le débat faisait intérieur faisait toujours rage.
Pour le calmer, il fit ce qu’il faisait d’habitude dans ce genre de cas: rien. Respirer un grand coup, poser ses fesses dans le fauteuil de bureau suédois en skaï, et écrire tout ça. Pour son blog, tant qu’à faire.
Soudain, dans le silence de sa chambre, qui tendait à devenir aussi oppressant qu’une cache d’al-Qaïda au Waziristan, un son retentit.
- “Tilili”, fit le MSN.
- “Gargl”, répliquèrent muettement les organes internes de notre héros alors qu’ils encaissaient d’un coup 6 G de montagnes russes émotionnelles, passant en un dixième de seconde de l’abattement stoïque du Spartiate aux Thermopyles à l’exhaltation chrisitique de Mickey dans Mickey va en free party.
- “Mais putain, qu’est-ce que je peux être grave, moi, c’est pas possible, je devrais me faire breveter”, réussit-il à articuler, envisageant une fois de plus de s’interroger un jour en profondeur sur les causes de cette capacité proprement surhumaine à se faire des films.
Ensuite, posant ses doigts encore tremblants sur le clavier, il tenta de reprendre cet air détaché et cynique qu’il se piquait le plus souvent d’arborer pour faire glamour, avant de taper un “hey” laconique de circonstance.
Episode 102 |Par Sam | le 2 fév 2008 @ 0:45 | dans Pensées parasites
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MP3, Quai de Jemmapes
[La fameuse note sur divertissonsnous.com demain, là j'ai plus la force. Sinon, ami provincial, clique donc sur la carte pour comprendre ce que je raconte. Et pour écouter les chansons en même temps que tu lis, ben tu fais un clic droit si tu es sous Windows et un pomme-clic si tu es sous Mac (si tu es sous Linux, normalement, tu sais faire). Et après tu mets : ouvrir le lien dans un nouvel onglet/une nouvelle fenêtre, suivant ton navigateur.]
Hésitant à prendre un vélib, j’ai finalement choisi la voie du piéton.
C’est ainsi que, parti de Bastille, j’ai remonté le canal Saint-Martin, les yeux dans les reflets des lumières dans l’eau noire, souriant bêtement de ces retrouvailles même plus bloguées [merci madame], un peu comme j’aurais remonté le fil de ma vie parisienne.
Rue Faubourg du Temple, j’écoutais Pyramid Song en croisant jeunes ados à jeans slim et appareils dentaires, couples enlacés et zonards à canettes. Mon ancien quartier, dans une autre vie, il y a longtemps. Finalement plus triste que celle-ci.
Avenue Richerand, je passais pour un con en chantonnant mes crimes : le châtiment devant des étudiants posés sur un banc , et je n’en avais rien à foutre. Les yeux au ciel, je me rappelais le petit appartement qu’occupait, dans une autre vie, plus adolescente et plus lointaine encore, ma meilleure amie du lycée, dont j’étais évidemment amoureux, sans jamais lui avoir avoué.
Rue Bichat, deux gamins se bécotaient, et une voiture de SOS Médecins avait allumé son gyrophare. J’ai eu le temps de voir le conducteur s’avaler une grande goulée de bière à la bouteille avant qu’il ne disparaisse au loin, vers un patient certainement. Paris, la ville ou même les médecins sont alcooliques. En son honneur, je me suis passé Exit Music (for a film), la chanson la plus glauque du monde.
Les yeux au ciel, les oreilles aussi, j’écoutais Hallelujah, version John Cale, en arrivant rue de la Grange aux Belles, où skataient mollement quelques skateux en plein âge ingrat. On s’était perdus par là, en arrivant avec Elle, le camion bourré raz-la-gueule de meubles ikéa et de cartons, dans une autre vie, plus récente et finalement moins riche que celle-ci.
Devant la rue de l’hôpital Saint-Louis, une madame fort jolie tenait fiérement un pack de six rouleaux de papier toilette monoprix, saveur pêche je crois. Moi, j’étais passé à Knocked up.
Au niveau des Ecluses Saint-Martin, j’ai ôté mon casque, le temps de filer du feu à un black souriant qui tenait absolument à me faire tirer sur son cigarillo. J’aime pas les cigarillos, même offerts. J’aimais pas la chanson qui tournait à ce moment-là, non plus.
Arrivé rue Louis-Blanc en écoutant The city, the airport, je commençais à avoir faim, et à m’inquiéter des regards un peu trop chaleureux des mamans à poussettes rentrant leur progéniture après un après-midi au parc.
Quai de Valmy, en face, le camp de clodos, devant lequel on passait dans cette autre vie, lors de nos promenades doménicales, devisant de la misère du monde, a disparu. J’y pensais en me faisant mal au son de What’s a girl to do, définitivement hymne officiel de cette rupture.
J’ai fini par tomber sur le métro aérien de Jaurès. Chez moi.
Dans une autre vie, c’était chez nous. Dans une autre vie, plus conformiste que celle-ci. Plus fermée que celle-ci.
Dans une autre vie, que je ne regrette pas. Que je ne regrette plus.
Episode 108 |Par Sam | le 26 jan 2008 @ 22:51 | dans Journal d'une rupture
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J’ai testé pour vous : le sourire
[Attention, si tu venais avant pour te dire que finalement, il y avait plus déprimé que toi, dans la vie, tu risques d'être déçu par celle-là]
Ce soir, tu sais quoi ? Ben ça va plutôt bien pour ton serviteur (oui, je sais, quand on a lu le reste, ça choque).
Et tu sais le pire ? (et là, tu me réponds que tu t’en fous, et des fois je me dis que je ferais mieux de bloguer avec mon vrai nom pour jouer de ma notoriété - tu parles - et arrêter de raconter des conneries dans le vide) Le pire, c’est que je me sens bien sans raison.
C’est encourageant, tu me dirais, si tu en avais quelque chose à foutre, ce qui n’est pas le cas (si ? Arrête, je vais rougir).
Bah ouais, je te répondrais.
Pourtant, laisse-moi te dire que ça n’a pas été simple, du moins au début. Déjà, j’ai attaqué la semaine par une méga-panne de réveil, genre 2 plombes de retard (en même temps, quand tu commence à sept heures du matin, laisse-moi te dire que ça va très vite). Pas grave, j’ai des chefs gentils (et puis on ne compte pas les heures sup, dans ce métier cette mission sacrée au service de la Démocratie. On ne les paye pas non plus, d’ailleurs. Donc ta hiérarchie est plutôt souple sur les retards, ça compense un peu).
Après… ben rien de spécial. Une journée normale, quoi. Presque. Comme je me sentais coupable, et que je suis l’employé du mois, comme je te l’ai déjà expliqué, je suis resté deux heures de plus à bosser, mais bon, c’est pas franchement comme si ça n’arrivait jamais.
Je suis rentré à pied. Avec mon super Palm qui fait balladeur Mp3 vissé aux oreilles. J’écoutais des trucs un peu comme ça :
Tom Waits- Tom Traubert’s Blues (désolé Radioblog est pété)
Et il faisait presque nuit, et doux, et c’était bien. Et les filles étaient jolies (ce qui, même à Paris, n’est pas toujours le cas, je sais pas si tu as fait gaffe ? A croire que ça dépend de ton humeur…).
Et du coup, je me suis un peu laissé aller à sourire bêtement en coin, à la fin du parcours, après l’arrêt - commissions (cette semaine, j’ai fait dans le Lidl. Si j’ai la foi, je te raconterai peut-être, histoire de faire un comparatif avec Monop’).
Sourire dans la rue, à Paris, c’est un truc de fou. Je le faisais souvent, lorsque j’y déprimais déjà, jeune, fin 2001-début 20002. Et ben, crois-le, crois-le pas (celle-là, je rêvais de la placer depuis des lustres), mais ça fonctionne. Le parisien tout venant, genre piéton, fait un truc qu’il ne fait jamais d’habitude : il réagit. Sort de sa bulle de vie privée. Est interpellé. Te prends pour un dingue, aussi, certainement, mais bon…
Sache qu’en un seul trajet, j’ai récolté plus de sourires qu’en trois jours sur Meetic, les règles du jeu ont changé (j’écris juste ça histoire de replacer encore une fois “Meetic”, ça booste mes stats anémique).
Bon, c’était une vieille, une maman black avec ses gamins, une punkette et une gamine tout juste majeure.
Mais tout de même, ça fait plaisir.

