C’est quand, qu’il fait beau ?
Un resto près des Champs-Elysées, ce midi.
- “En fait, tes meilleures notes, tu les écris quand tu es malheureux. Le reste, ça se lit, mais sans plus”, qu’elle me dit. Gentiment.
- “Tu as raison”, que j’ai répondu. Parce qu’elle avait raison.
Parce que j’ai une telle capacité à trouver de la beauté dans le triste que je dois finir par le chercher. Syndrome du Caliméro, pancarte “consolez-moi” pendue au cou. En plus, désormais et pour trois longues semaines, je boîte. A se demander si c’est pas fait exprès.
A midi, j’avais un t-shirt avec un chat noir dessus, une gueule de déterré et une attelle à la cheville gauche. Et j’ai nettement senti que j’atteignais une sorte de point bas dans la spirale de la loose, de paroxysme dans le pathétique. Et pour tout te dire, ça m’a gonflé.
Et pour tout te dire, j’en ai un peu ma claque de visiter le fond boueux de la piscine. Pour tout te dire, j’en peux plus des deuils amoureux, des actes manqués et des procrastinations érigées en mode de vie. Pour tout te dire, je voudrais arrêter, passer à autre chose. Infiniment plus facile à taper qu’à faire, tu dis ? Tu as raison, tu ne sais même pas comment.
Ca fait huit mois que j’essaye. Avec des fortunes diverses. Des impulsions opportunes, des moments de grâce absolue ou tout est simple, où tout est facile. Ou tout est bien, juste. Et des plantages en flamme. Et tous ces moments où rien ne l’est, où tout se complique, où y a plus de grâce juste une angoisse froide et collante qui coule et s’instille partout.
Putain d’amplitude sentimentale, putain de montagnes russes. Un jour, quelqu’un m’a dit : “tu as une autoroute devant toi, pourquoi tu t’obstines à avancer dans le fossé, en te prenant dans tous les buissons qui passent ?” Putain de métaphore à deux balles. Comme celle du miroir réciproque, ciment de la couplitude dont je me suis tellement foutu, alors que j’en ai jamais autant eu besoin.
Aux urgences, hier, on m’a demandé s’il y avait une personne à prévenir au cas où je revienne un jour avec trois balles dans le corps ou encastré dans pare-brise. Et à part ma soeur, sur Paris, il n’y avait personne.
Et je crois juste que je suis pas guéri de ça. Toujours pas.
Et ça fait chier.
Episode 28 |Par Sam | le 14 avr 2008 @ 21:22 | dans Journal d'une rupture
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[...]
Tiens, il ne flotte plus. On dirait même qu’un rayon de soleil a décidé de se glisser entre deux épaisses couches de grisaille, comme un genre de clin d’oeil ironique.
Il est 18 heures. Je viens d’enfiler un jean. J’ai pioncé toute la journée, entre deux épisodes de West Wing que j’avais déjà vu.
Mon appartement ressemble à une cache vietcong dans laquelle on aurait fait péter une grenade. Des fringues et de la bouffe partout, un bonheur. J’ai aucune envie de ranger.
Je suis un blaireau blessé dans son terrier crado. C’est méchant, les blaireaux. Surtout blessés. C’est hargneux. Je suis un blaireau méchant. Mais ça rumine pas, les blaireaux. Moi, oui. Je mâche et je remâche. Le goût reste amer, mais ça occupe. Je guette, aussi, un peu. Ca guette, les blaireaux ? Certainement.
Je peux même pas aller party all night, je bosse tôt demain. Alors je contemple le désastre qui me sert de piaule. Les draps pendus sur l’étagère. La bouteille de pif vide à côté du bureau. Derrière la bouteille, il y un genre de cadre sur lequel je punaise des trucs par-dessus les tracts électoraux de Mitterrand et de Gaulle en 1965.
Et accroché au nez de Mitterrand avec une fléchette jaune, il y a un mot. Que j’ai pas envie de décrocher.
Episode 51 |Par Sam | le 28 mar 2008 @ 19:44 | dans Quotidiennes
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Presque le printemps
Tu sais quoi ? Il paraît que c’est le printemps. Du coup, je suis rentré à pied, ce soir. Et c’est vrai qu’il faisait presque doux, et c’est vrai que les nuages teintés en rose fluo par le coucher de soleil et la pollution à l’ozone avaient un petit je-ne-sais-quoi [en français dans le texte] de guilleret. Voire taquin.
Ou alors c’est moi, remarque. Les hormones, tout ça. Et puis, disons-le, je m’ennuie un peu, aussi. Du coup je me fais des blagues à moi-même.
Je joue. Au jeune actif solitaire parisien qui fait les courses portable collé à l’oreille. J’adore voir la tête des gens quand je demande à mon pote Djay, le syndicaliste creusois hardcore-gamer, si son reroll chaman heal va bientôt atteindre le niveau 70 [tu ne comprends rien ? Rassure-toi : c'est normal. On pourrait même dire que c'est un signe de bonne santé].
Je m’amuse d’un rien. Ce petit couple gay, dans le Lidl, tous deux en costume et manteau, chaussures classe et serviette en cuir, en train de se demander s’il reste du beure, alors que juste à côté d’eux, un clodo compare avec minutie les degrés d’alcool de chaque sous-marque de bière. En leur honneur à tous les trois, j’ai acheté un paquet de douze rouleaux de PQ bleu. Oui, bleu, parfaitement. Et ça m’a fait sourire.
Tout comme le coup de fil angoissé d’une consoeur en reportage loin là-bas, qui avait réussi à faire pivoter de 90 degrés l’écran du PC portable et ne parvenait plus à le remettre en place.
Rentré chez moi, j’ai composé une ode muette à l’entropie. J’éprouve un plaisir pervers à regarder les choses se dégrader lentement. La corbeille à linge qui se remplit, le frigo qui se vide. La vaisselle qui s’empile. Ca a un côté réjouissant, je trouve.
Petites joies. Comme celle de voir des projets avancer à des trains de tortue, mais avancer tout de même. Voir les pièces se mettre en place lentement. Savourer la perspective de tout ce boulot à faire, de tous ces chapitres à écrire, ces interviews à mener. Ces idées à avoir.
C’est l’histoire du cadeau. Tant qu’il est enveloppé dans du joli papier, tant que tu n’as pas défait le ruban, que tu ne sais pas ce que c’est, on reste dans le merveilleux du spéculatif.
Et là, j’écoute Cat Power, un peu fatigué mais pas trop, en tapant cette note sans prétention. Et tout est tranquille. Juste tranquille.
Episode 53 |Par Sam | le 26 mar 2008 @ 21:31 | dans Quotidiennes
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Douze jours (IX). Prison Break
On sort de l’hiver, et c’est bien [Et voilà le post météo, spéciale dédicace, tout ça].
Les jours rallongent, il fait moins froid le matin en Vélib. On voit même parfois le soleil, ce qui est tout de même relativement exceptionnel dans cette ville de merde qui est décidément bien trop au nord.
Et j’ai besoin de vacances. Ou d’évasion, au minimum.
En mai, ça fera deux ans que je suis arrivé à Paris pour un stage. Depuis deux ans, mon plus long séjour hors de Paris a duré dix jours. Qui furent également mes seules vacances.
Au total, j’ai dû sortir de cette ville quelque chose comme dix fois maximum. Avec pour destinations Lyon, La Souterraine (Creuse), Lussas (Ardèche), Lausanne (Suisse) et c’est tout.
Je crois que j’ai besoin de voir autre chose, d’urgence. La dernière fois que j’ai vu une forêt, j’ai bloqué trois minutes entières. Et je pense que si je vois une montagne, je risque de me mettre à pleurer, juste.
Episode 73 |Par Sam | le 29 fév 2008 @ 21:40 | dans Quotidiennes
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Prolégomènes
[Tu as vu ? C'est vendredi. Déjà.]
Un coucher de soleil rouge sur du béton gris, pour peu que le ciel soit également gris plombé, ça te fait du vieux rose so british sur l’immeuble d’en face, on se croirait dans le buffet à vaisselle de ma grand-mère.
On dirait aussi un peu mon tapis de salle de bain à poils (Ikea, évidemment. What else?) depuis que l’ai très naïvement mis dans une machine à 60°C avec son congénère rouge. Le célibat, c’est un struggle for life permanent.
T’ais-je dit qu’elle quittait un peu ma tête, ces temps-ci ? C’est peut-être l’effet Meetic. Encore que vu le succès que j’y rencontre (21 visites en cinq jours), j’en doute. Comme je doute que ce fusse une si bonne idée. Tant pis pour mes 60 euros. Et puis j’y aurais écrit les quatre notes les plus lues du bloug jusqu’ici.
Tout cela ne change rien au fait que c’est vendredi. Je sais pas toi, moi je le sens plutôt love & cosy, ce weekend. J’ai des soirées calées avec des gens que j’aime bien, il fait doux et humide comme.. (non, mais tout de suite, toi) l’intérieur d’un petit pain chaud et je me sens juste fatigué comme il faut, juste bien.
Juste bien.
Langueur. Prends ce mot. Epelle-le lentement, en glissant un peu sur le
“l”, pour t’étendre tranquillement sur le “an”, à peine ponctué d’un
léger coup de glotte sur le “g”, et tu repars aussi tôt sur “eu”, monte
pas trop, juste le temps qu’on l’entende. Et fais rouler le “r” final,
voilà, oui, comme ça.
Normalement, tu commence à ressentir la
chose. Un genre de tiédeur, comme dans un bain. Un regard qui file
naturellement vers le haut, vers le loin. Des pensées lentes, qui
affluent et refluent au rythme des battements de ton coeur.
Tiens, pour la peine, je t’en ponds une autre, en attendant le soir. C’est un peu mon cadeau de weekend.