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[Chiens écrasés]

TheSamProject,saison 5 /

Geekitude, sentiments et journalisme en mileu urbain

Adversité : 1 - Sam : 0 (j’ai testé pour vous : appeler un serrurier)

Adieu vacances

Ou “la vie est une pute syphilitique, parfois”.  Ou encore “la prochaine fois, avant de te faire larguer, pense à récupérer le double des clés”]

De retour après une semaine d’absence pas forcément involontaire, j’avais prévu de te raconter mon super weekend à la plage. Comment ça m’avait fait du bien, revoir l’océan, comment j’avais relativisé sur le sable certains mystères amoureux, comment je m’étais régalé de fruits de mer en fumant des havanes, ce genre de choses.

J’avais même toute une série de photos à te montrer. Et une éventuelle seconde note dans le registre sentiments.

Tout un programme. Que je peaufinais en rentrant du taf, tard, après un reportage sympathique, certes, mais qui m’avait fait sauter le dîner.

Quand soudain,

sortant du Kebab avec un vieux sandwich,

je me mis à chercher mes clés, machinalement.

Sans les trouver.

[Aparté. Je ne paume jamais mes clés, d'habitude. Jamais]

Au bout de trois retournages de poches et de sac frénétiques, de deux coups de fil à la rédac pour vérifier que je ne les avais pas laissé là-bas, je me suis rendu à l’évidence : faut jamais dire jamais. Et j’avais bel et bien paumé mes clés.

Du début de l’engrenage

Restait le plan B. Pas hyper glorieux : une fille possède un double de ces clés, que je lui avais filé du temps, au printemps, où elle venait squatter chez moi pendant la journée, à regarder Jack Bauer sauver le monde. On a jamais trouvé le temps depuis de se rendre les affaires laissées chez l’un ou chez l’autre.

Me voilà donc à rechercher son nom dans les tréfonds du répertoire de mon téléphone, en me sentant un peu merdeux. Et à appuyer sur le bouton vert.

Deux sonneries, puis répondeur.

En même temps, le coup du “j’ai perdu mes clefs”, ça doit figurer au top 10 des excuses de la loose pour revoir ses ex. Ce qui n’était, en l’occurence, pas mon but. Là, je voulais juste rentrer chez moi bouffer ce putain de kebab, écrire cette putain de note et me coucher.

Le coup des deux sonneries m’avait un peu laissé perplexe. Au bout d’une demi-heure sans réponse à mon message, je tente donc le texto, en précisant bien que non, ce n’est pas un plan tordu.

Pas mieux.

Avec le recul de la sagesse et de l’énorme coup de batte que je viens de prendre sur le melon, je me dis qu’elle avait sûrement de bonnes raisons. Mais sur le moment, j’admets l’avoir pourri.

Parce que sur le coup de 11h45, plus tellement le choix : j’étais bon pour le serrurier.

Et pour deux heures de cauchemar.

De l’art de la serrurerie

Ils ont mis une demi-heure à arriver. Deux jeunes mecs tout gentils, l’un, électricien, qui accompagnait son jeune frère Karim, artisan en serrurie qui avait tout appris de leur père, mais s’était vu privé de permis suite à un retour de boîte un peu trop éméché.

Il était à peu près minuit et quart. Pendant que Karim allait chercher une lampe frontale, le frangin a examiné la porte, et m’a dit : “je suis curieux de voir comment il va s’en sortir, parce que votre porte, là, à mon avis ça va être un défi”.

Tu m’étonnes.

Deux heures, ça lui a pris.

Deux saloperies d’heures à ravager ma serrure dans tous les sens à la perceuse, à éclater mèche sur mèche, à enfoncer des ciseaux à bois dans le chambranle à grands coups de marteau, à coller des lattons dans la lourde pour glisser une feuille plastique entre pêne et mur.

Deux heures. De minuit et quart à deux heures et quart du matin.

Je t’explique pas la gueule qu’ont dû faire les voisins. Heureusement que j’habite chez les pauvres.

Sur la fin, le bobo d’en face a pointé la tête, tout de même. En peignoir de soie noire et crâne rasé de frais. Pour me demander d’un air tout gentil ce qui se passait. J’aime les bobos.

Moi, je faisais des aller-retours dans le couloir, en me bouffant les ongles, à relancer la minuterie toutes les trois minutes en scrutant l’escalier pour guetter l’arrivée des flics.

Parce que j’aurais été peinard dans mon lit et le voisin aurait foutu un bordel pareil pendant aussi longtemps, je suis sûr que j’aurai sérieusement songé à les appeler.

Au début, c’était presque le sketch. Je me disais “bon, ben ça, c’est fait, j’aurais appelé un serrurier une fois dans ma vie”. Au bout d’une heure, je riais déjà bien jaune, tout de même. Et au bout d’une heure trente, j’en étais à me dire qu’il allait pas y arriver et que de toute façon j’allais lui dire d’arrêter parce que ça devenait ridicule de foutre un bordel pareil.

Il a fini ouvrir la porte, le Karim.  Bien en sueur, quand même, mais fier de son exploit. De ce que j’ai compris, la vieille serrure posée par le locataire précédent était un modèle fabriqué en Hongrie soviétique pour équiper les entrepôts de plutonium militaire de l’Armée rouge. Un truc comme ça.

Du matérialisme pratique

J’étais tellement soulagé qu’ils aient arrêté de faire trembler les cinq étages de l’immeuble que lorsqu’il a commencé à faire son devis, j’ai pas tiqué sur les premiers 114 euros de perçage de lourde. On m’avait déjà parlé des serruriers, je savais que j’allais raquer cher. Là, il s’était visiblement bien pris la tête, c’était pas de l’arnaque. Limite je lui filais un pouboire.

Après, il a ajouté le prix de la serrure, qu’il vient changer demain matin. Au début, j’ai cru qu’il y avait une virgule que j’avais pas vu.

En sigant le chèque, j’avais l’impression de payer mon loyer de m’être reçu une bûche sur le sommet du crâne. Une très grosse bûche. Et limite envie de rire, tellement c’était absurde de cramer autant de thunes pour une putain de clé de 5 cm de long tombée d’une poche de sac mal refermée.

Là, rétrospectivement, je me dis que j’aurai mieux fait d’aller squatter chez un pote ou même de prendre une piaule à l’hôtel en attendant que la maîtresse de la clé réponde. Ou en espérant retrouver ces clés au boulot demain. Ou en refaisant tout le trajet avec un détecteur de métaux.

[Rétro-rétrospectivement, je pense que si je retrouve ces clés au boulot demain, je vais pleurer pendant quelques semaines]

Il me reste l’espoir que la Matmut, elle assure vraiment. Et qu’elle va rembourser un poil.

Parce que sinon, adieu projets de weekend à Rome et autres achats geeks inutiles.

[Si tu pouvais éviter de te foutre de ma gueule en commentaires, voire me dire que ça arrive à tout le monde, je préférerais. Merci. EDIT : ouais, bon. Vous pouvez aussi vous payer ma tronche, après tout c'est mérité.]

Episode 232 |Par Sam | le 4 sept 2008 @ 3:31 | dans J'ai testé pour vous
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C’est quand, qu’il fait beau ?

Un resto près des Champs-Elysées, ce midi.

- “En fait, tes meilleures notes, tu les écris quand tu es malheureux. Le reste, ça se lit, mais sans plus”, qu’elle me dit. Gentiment.
- “Tu as raison”, que j’ai répondu. Parce qu’elle avait raison.

Parce que j’ai une telle capacité à trouver de la beauté dans le triste que je dois finir par le chercher. Syndrome du Caliméro, pancarte “consolez-moi” pendue au cou. En plus, désormais et pour trois longues semaines, je boîte. A se demander si c’est pas fait exprès.

A midi, j’avais un t-shirt avec un chat noir dessus, une gueule de déterré et une attelle à la cheville gauche. Et j’ai nettement senti que j’atteignais une sorte de point bas dans la spirale de la loose, de paroxysme dans le pathétique. Et pour tout te dire, ça m’a gonflé.

Et pour tout te dire, j’en ai un peu ma claque de visiter le fond boueux de la piscine. Pour tout te dire, j’en peux plus des deuils amoureux, des actes manqués et des procrastinations érigées en mode de vie. Pour tout te dire, je voudrais arrêter, passer à autre chose. Infiniment plus facile à taper qu’à faire, tu dis ? Tu as raison, tu ne sais même pas comment.

Ca fait huit mois que j’essaye. Avec des fortunes diverses. Des impulsions opportunes, des moments de grâce absolue ou tout est simple, où tout est facile. Ou tout est bien, juste. Et des plantages en flamme. Et tous ces moments où rien ne l’est, où tout se complique, où y a plus de grâce juste une angoisse froide et collante qui coule et s’instille partout.

Putain d’amplitude sentimentale, putain de montagnes russes. Un jour, quelqu’un m’a dit : “tu as une autoroute devant toi, pourquoi tu t’obstines à avancer dans le fossé, en te prenant dans tous les buissons qui passent ?” Putain de métaphore à deux balles. Comme celle du miroir réciproque, ciment de la couplitude dont je me suis tellement foutu, alors que j’en ai jamais autant eu besoin.

Aux urgences, hier, on m’a demandé s’il y avait une personne à prévenir au cas où je revienne un jour avec trois balles dans le corps ou encastré dans pare-brise. Et à part ma soeur, sur Paris, il n’y avait personne.

Et je crois juste que je suis pas guéri de ça. Toujours pas.

Et ça fait chier.

Episode 28 |Par Sam | le 14 avr 2008 @ 21:22 | dans Journal d'une rupture
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Bricol-boyz, suite

Vends rein, état moyen, pour cause visite dans magasin de bricolage.

Ca y est : les étagères sont posées. Et bien posées. En fait, elles sont tellement bien posées que si l’immeuble s’effondrait, il y resterait un pan de mur avec mes étagères dessus.

Ceci étant, cette petite fantaisie m’aura coûté un mois de salaire de ministre tanzanien. Facile. Du coup, j’envisage de créer un mouvement terroriste dévolu uniquement à la pose de bombes incendiaires dans les M. Bricolage de Paris. Parce que merde, combien de temps va-t-on rester sans réagir ?

Et là, je vais te causer bricolage. Alors accroche-toi bien.

En fait, j’ai voulu poser ce qu’on nomme des tablettes murales. J’ai donc déniché, au M. Bricolage du coin, quelque chose d’approchant. Genre planches en pin, arrondies aux angles. D’à peu près 70 cm sur 15 de profondeur. Prix à l’unité du bidule : pas loin de 25 euros. Bon, je me suis dit, c’est pas grave, ça doit certainement être des planches issues d’un pin millénaire vénéré comme un Dieu par les peuplades primitives de Laponie, acheminé en bateau à voile à travers les fjords, un truc du genre.

J’en ai acheté deux voilà quelques mois. Avant de me rendre compte que ça le faisait pas. J’ai donc, avec l’accord de mon banquier, que j’ai préalablement saoulé à la vodka, investi dans deux de plus.

sauf que… J’avais déjà eu l’occasion de m’en rendre compte avant, c’est une vaste arnaque. Car le prix scandaleux des machins est également justifié par leur système d’accroche “révolutionnaire”. En gros, chaque planche est munie de deux trous placés sur l’une de ses longueurs. Chacun est là pour accueillir un dispositif constitué d’un gros kiki métallique (je n’ai pas vérifié, j’imagine que c’est de l’or massif, comme métal) auquel on a ajouté à l’une des extrêmités une plaquette munie de deux petits trous destinés à y poser des vis.

Le principe est donc le suivant : tu fais quatre trous dans ton mur. De préférence à la bonne hauteur tout ça. Tu mets des chevilles dans les trous. Ensuite, tu accroches tes deux bites en or. Et tu y enfile la planche. Et si tu t’es bien débrouillé, ça rentre comme papa dans maman, dirait mon paternel, qui vient du bâtiment. Et si en plus tu as fait un peu gaffe, c’est même à peu près droit et ça le fait.

Le souci, c’est qu’ensuite, il ne faut pas vouloir poser autre chose qu’une feuille de papier sur la tablette. Sous peine de la voir s’affaisser de cinq bons centimètres. Ce qui est logique, puisqu’elle ne tient que par la partie collée au mur et empalée sur les kikis dorés.

Avisé de la question, j’ai, après une mure réflexion, trouvé une solution: placer ce qu’on nomme une équerre, en l’occurence un morceau de bois de forme coudée, chargé de soutenir la tablette.

Me voilà donc, jeudi soir, au M. Bricolage, à la recherche d’équerres pas trop moches. Oh, rassure-toi : j’en ai trouvé. Mais à un prix que j’hésite à taper tellement il est ridicule : 8 euros le bidule. Là encore, on doit avoir à faire à un assemblage de bois rares, passé par le Vatican pour être béni par sa Sainteté avant d’être acheminée à dos de moines trappistes muets en une procession solennelle jusqu’au M. Bricolage du coin.

Bref, je suis donc passé à la caisse avec mes deux tablettes, mes quatre équerres, et un sous-verre même pas en verre pour accrocher une affiche. Et j’ai frôlé la tachycardie en voyant s’afficher le prix : 120 euros.Je suis rentré chez moi en pleurant toutes les larmes de mon corps.

Avant de m’apercevoir que je n’avais plus de chevilles béton en stock. Et de retourner, ce matin, en acheter. En compagnie d’une équipe de psychiatres du Samu, spécialisés dans le traitement à chaud des chocs traumatiques.

Quelques heures, coups de marteau, galères et autres luxations de poignet à force de coups de tournevis rageurs, parce ma perceuse est une daube avec dix minutes d’autonomie, j’admire mon superbe dispositif. C’est beau. En plus, c’est moi qui l’ai fait tout seul.

Et je me dis qu’en comptant les quatre tablettes, les équerres, les chevilles et les vis, j’aurais aussi pu m’acheter une maison en Ukraine. Ou au moins trois étagères déjà montées.

Monde de merde.

Episode 31 |Par Sam | le 12 avr 2008 @ 16:21 | dans J'ai testé pour vous
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Bricol’boyz

J’ai vu le soleil, aujourd’hui.

Si.

Ca faisait tellement longtemps que je savais plus bien à quoi ça ressemblait, un ciel autre que gris. Pas que le ciel, d’ailleurs. Soudain, cette ville se mettait à avoir des couleurs. Un truc de ouf. Et je suis en weekend, en plus. Que demande le peuple ? Du cul [Pardon. Le peuple, c'est vulgaire].

Du coup, j’ai mis le nez dehors. Un autre truc de malade mental. En tombant la veste, même. J’ai traîné un peu au hasard en haut de Belleville, dans ce quartier entre le parc et Ménilmontant où j’habiterai un jour, oh oui, un jour. Et j’étais content, juste. Et c’était cool, parce que ça changeait un peu.

Et soudain, j’ai eu une nouvelle crise de métrosexualité. Brutale. Un genre de pulsion, une rechute soudaine d’ikéïte. J’ai eu envie de poser un acte, de marquer l’instant, en faisant un truc positif, du moins ça m’a paru une bonne idée sur le moment : changer la déco de mon appartement. Notamment en installant enfin ces étagères murales que depuis trois mois je me dis que ce serait mieux avec. Une sorte d’appel aux travaux manuels. En clair, j’ai eu soudain une énorme envie de bricoler.

[Cesse de rire bêtement]

Et là, on est confrontés genre en pleine face avec la puissance de la génétique et des déterminismes sexuels et culturels. En l’occurrence : je suis un homme (enfin j’essaye), hétérosexuel jusqu’ici, j’approche de la trentaine. Donc j’ai une perceuse. Et une furieuse envie de m’en servir.

J’ai pas de télé, pas le permis donc pas de bagnole, plus de four, mon matériel électroménager se résume à une machine à laver, un frigo, quatre plaques halogènes, un grille-pain, une machine à expresso de bourgeois et un batteur électrique. Plus, évidemment, mon meilleur ami un ordinateur. Mais j’ai une putain de perceuse-visseuse électrique [électrique et sans fil, donc, merci aux amis de chez Black & Decker pour cette précision]. Dans une valise en plastique noir. Avec les mêches rangées par ordre croissant, et tout.

J’ai aussi un marteau. Et une scie. Et des tournevis. Et tout le bordel qui va avec. Et le pire, c’est que j’aime m’en servir. Oui, je suis pervers, je sais. J’adore sortir la grosse caisse pleine de ce bordel. Et planter des clous, et visser des vis, et rendre les voisins dingues en faisant des trous dans les murs.

C’est de famille, un peu. Mon papa est dans la partie, à la base. Donc quand je tiens une perceuse, je dois vivre un truc freudien super puissant.

Le problème, c’est que je suis nettement moins expérimenté que lui. Je me débrouille pas trop mal, hein. C’est les finitions qui pêchent. Et l’expérience, évidemment.

Par exemple, là, je suis rentré du Mr. Bricolage les bras chargés de planches et de trucs divers Et le compte en banque salement amoché aussi, mais ça je te raconte après. Toujours est-il que j’étais à fond. Super enthousiaste. Demain, j’allais acheter plein des trucs à foutre aux murs. Et ce soir, on allait voir ça : au poil de cul que j’allais te les poser, ces étagères murales.

A peine rentré, je me suis rué sur ma caisse à bricolage en plastique jaune et bleu. J’ai fait tout bien : calculer la hauteur, mettre l’étagère au niveau, tracer des repères pour trouver où percer, tout comme mon papa m’a appris.

Puis vint le moment d’ouvrir la boîte de la perceuse. Ce que je fis, avec la solennité du samurai dégainant son katana. Et de lever l’instrument tel James Bond son Walter PPK à silencieux. Et d’appuyer sur la gâchette de la bête dans une montée frénétique de testostérone, histoire d’éprouver un peu la puissance de l’engin.

Qui émit un vague vrrr peu convaincu, avant de s’arrêter au bout de quelque chose comme 15 tours de forêt.

Et là, j’ai entendu la voix de mon vieux père : “une perceuse électrique [sans fil], il faut la recharger, fils, sinon elle marche pas”.

Les étagères sont par terre. La perceuse charge. Et tel que tu me vois, je suis hyper frustré.

Episode 33 |Par Sam | le 10 avr 2008 @ 19:23 | dans Quotidiennes
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