Ordre de mission
[Un autre, un autre, réclamait la foule en délire.
Soit.]
Je me plains, je me plains. Mais j’ai quand même de la chance.
Déjà, je fais le plus 1)vieux 1)beau métier du monde. Disons un sacerdoce grandiose au service de la démocratie d’opinion et du débat. Qui permet en plus de lever les serveuses en sortant ta carte de presse l’air de rien, comme disait Hubert Beuve-Méry, ça faisait longtemps que je l’avais plus cité.
Et en plus, comme on gagne des sous, on nous offre même le droit de quitter Paris. Pour aller en reportage. Loin et tout.
Et là, tu comprends pourquoi Hubert avait raison.
Parce que quand tu pars en reportage, c’est la classe.
Déjà, tu signe un ordre de mission.
Un ordre de mission. Rien que le nom, tu peux sentir l’odeur chaude, iodée et moite du Lointain, le souffle de l’Aventure. Quand on m’a dit ça, j’ai failli filer m’acheter une paire de Ray-Ban et un gilet sans manches, tu sais, le kaki, avec plein de poches, qu’arborent fiérement les mecs en duplex de loin à la télé.
Et donc, tu dis où tu vas, combien de temps, comment tu veux t’y rendre, si tu veux une voiture, un hôtel, une call-girl, de la coke, tout ça.
Après, tu file ton truc, et dans les deux heures, y a un mec qui te rappelle pour un ou deux détails, genre la couleur de la pute de la Ferrari, tout ça.
Entretemps, tu t’es calé les pieds sur le bureau avec un énorme cigare pour lire l‘International Herald Tribune, en buvant du whisky d’un air blasé.
Après, tu es bourré, vu qu’il est 10h du mat. Mais c’est classe aussi, ça fait Hemingway.
Et là, tu as qu’à attendre de recevoir un récapitulatif avec tes codes pour le billet, le palace, la ferrari et le reste. Et à filer, les mains dans les poches, vers le sud de la France et l’aventure.
Genre.
Prochaine étape : la note de frais.
Episode 61 |Par Sam | le 13 mar 2008 @ 0:25 | dans Quotidiennes
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J'ai testé pour vous : les petites joies simples de la vie de bureau
[Rentrer chez soi, une fois tous les trois jours, c'est pas mal. J'ai l'impression de redécouvrir mon F1. Qui du coup reste propre, c'est l'avantage - entre autres. Après, il était temps de revenir. Ce matin, j'ai dû aller m'acheter des sapes dans un Monop' local, j'avais plus rien de propre]
Paraît qu’il faut que j’arrête de te demander si ça va, toi. Dont acte. Moi, ça va bien, merci. Je pourrais paraphraser l’autre et te dire que mes nuits sont plus belles que tes jours, mais ce serait vaniteux (et puis je sais pas ce que tu fais de tes journées, après tout).
Mes journées, par contre… De fait, manque de sommeil et gueule de bois n’aident pas. Mais parfois, j’exècre violemment la vie de bureau. Que j’y lâcherais bien des troupeaux de buffles, genre. Ou des litres d’essence et une alumette.
Comme tu le sais [si tu le sais pas relis depuis le début, ça fera monter mes stats quelque peu anémiées par une fréquence de post légérement en recul, tu es bien exigeant], je bosse essentiellement dans un espace clos, qu’on appelle souvent à tort “open space”. Le “open” étant essentiellement incarné ici par deux fenêtres donnant sur un fond de cour moisie.
Dans cet open space, opportunément aménagé à partir d’un genre de grand couloir de passage entre deux bâtiments, cohabitent, de très tôt le matin à très tard le soir, un certain nombre de gens. De plus en plus, puisqu’on est dans un secteur en plein développement, comme nous l’expliquait le big boss pas plus tard qu’hier au détour d’une coupe de champe. En tous cas trop pour ne pas se sentir quelque peu opressé.
D’autant que sociologiquement, fonctionnellement et financièrement, ces quelques mètres carrés de moquette bleu-gris sur bureaux en agglo motif pin des landes abritent un biotope plus varié que celui d’une jungle moyenne. On a pêle-mêle du journaleux, du geek infographiste ou informaticien, du marketeux, de la secrétaire, du spécialiste de sport et de la greluche de mag féminin. Qui, évidemment, passent la moitié de leur temps à se pourrir entre eux
Le tout solidement structuré par une sympathique bande de jeunes cadres dynamiques à costard et blackberrys qui circulent, s’interpellent, font des blagues, reçoivent des clients et parlent fort. Et passent également leur temps à se maudire et à jouer leur kriegspiel corporate.
Ajoute à ça une clim déréglée qui produit une température d’environ 30°C, un mois de mars relativement rythmé, municipales obligent, une fatigue générale, et tu obtiens un climat général assez tendu à la base.
Surtout lorsque tu relève le tout avec l’entropie inhérente à toute vie de bureau ordinaire. A base d’ordinateurs qui rament, de piles que tu en as besoin et y en a pas, de cassettes que pareil et de télécommandes disparues mystérieusement (on soupçonne les Farc).
Et que tu épices d’un soupçon de joies propres au web, soucis de navigateur, de codecs audio ou vidéo, de compatibilité entre tels et tels périphérique, de service informatique gentil mais déficient, de plantages de logiciels inopportuns et autres bugs.
Là, déjà, la sauce prend pas mal.
Après, tu peux rajouter d’autres ingrédients. Genre susceptibilités diverses et variées, charmes propres au journalisme en période électorale, collusion de plannings et stress.
Agite un peu le tout, et normalement, ça part en vrille tout seul.
Episode 62 |Par Sam | le 13 mar 2008 @ 0:08 | dans J'ai testé pour vous
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Jour de colère
[Note passablement bileuse. Reste à espérer que le verre de Buzet qui l'accompagne saura égayer un peu tout ça parce que vu d'ici, tu vas prendre cher. Je suis un bisounours. Et la vie est belle. A me demander pourquoi je publie ce truc.]
Paris by night, once again. A 23 heures, je suis parti du taf sous une bruine fine, froide et finalement libératrice. Qui allait parfaitement avec mon humeur du jour. L’avantage de cette ville, c’est que si, comme moi, tu es prompt à recréer Hollywood dans ta tête, tu n’es jamais déçu par les décors.
Extérieur, nuit, donc. Un type sort d’une porte dérobée, dans une petite rue qui jouxte un boulevard parisien. Il ajuste ses écouteurs, sort une fin de paquet de tabac de la poche de son jean tout neuf, roule une cigarette (eh oui) Et marche à la parigote, donc en courant à moitié. Lorsqu’il passe sous un réverbère et qu’on aperçoit son visage, on peut rapidement deviner, à sa mine pour le moins renfrognée, qu’il n’a pas l’air super content. Il jette d’ailleurs des coups d’oeil vengeur vers le ciel, comme s’il l’insultait mentalement.
En fait, en marchant sous la pluie, ce qui me faisait un bien fou après huit heures le cul sur une chaise dans un open-space vide, j’avais l’image mentale d’un joli petit oiseau volant dans un ciel bleu azur, qui se faisait soudain dégommer la tronche par un obus de 120. Boulet, je me disais. Je devrais demander à changer de nom. Samuel Boulet, ce serait classe, ça sonnerait bien. Ce serait plus fidèle, toujours.
J’ai chopé un vélib’, et commencé à pédaler en maudissant piétons, taxis et autres gros cons de bus RATP. Et pédalé de plus en plus vite, sous la pluie qui tombait de plus en plus fort, juste dans l’espoir de me calmer un peu. Peine perdue.
J’ai remonté cette putain de rue Lafayette en explosant au passage mon record personnel. Accéléré vers la gare du Nord. Dévalé l’autre côté. Dérapé en freinant (tout de même) aux feux. Avec du Radiohead dans les oreilles et une bonne dose de colère dans les tripes.
Contre les dimanches, contre le web, contre les journalistes, contre ce boulot, contre les open spaces, les machines à café, les néons et les badges magnétiques qui font tut. Et puis aussi contre les connards dans leurs bagnoles, contre la pluie, contre la nuit, contre Paris.
Contre moi-même, surtout. Contre ma flemme chronique, mes élans autocensurés, mes transports fusionnels soudains et ridicules, ma maturité émotionnelle et affective d’adolescent de 13 ans, mes peurs indigentes et tout ce qui de manière générale me pousse à le raconter dans un blog.
***
Epilogue : Evidemment, deux heures, un coup de fil et un sourire niais vissé à la tronche plus tard, tout cela paraît bien loin. Evidemment, je suis retourné dans le monde des Bisounours.
Et évidemment, la pluie fine qui tombe ajoute désormais une certaine poésie brumeuse à une nuit plutôt belle et plutôt douce. Et évidemment, j’aime cette ville et cette vie. Et cette fille. Et évidemment, demain sera une belle, une très belle journée. Un jour, tu verras, j’apprendrai à avoir confiance en moi. A laisser faire les choses. A calmer mes pulsions. A prendre des initiatives.
Un jour, j’arrêterai de jouer aux montagnes russes émotionnelles, de tout prendre en pleine face, le bon comme le mauvais en vrac. Je laisserai tomber le transport amoureux à grande vitesse. Je prendrai le temps. Un jour, tu verras, je cesserai de perpétuer sans le vouloir la grande tradition du romantisme échevelé au vent mauvais d’un destin cruel qui finit mal. J’apprendrai à profiter de ce que j’ai, juste.
[Imagine : j'aurai une épouse charmante et des enfants brillants, une carrière en pleine ascension dans un métier-passion (coco), un peu d'argent de côté et un abonnement à la salle de sport. Je serai propriétaire de mon appartement, meublé avec goût au rythme bi-annuel des voyages chez Ikea et autres brocantes vintage. Je dirigerai des gens, je passerai sur les chaînes d'info en continu, j'aurai une vie de couple, une dizaine de cravate et des problèmes d'impôt. J'aurai écrit quelques bouquins, je suivrai une thérapie, je ferai du taï-chi, je serai attentif à mon alimentation. Et après, à 50 piges, je ferai péter la fameuse crise qui va bien. Je me ferai (re)percer l'oreille. Ou tatouer. Je divorcerai, dans la douleur sinon c'est pas fun, pour me mettre avec ma maîtresse, une fille formidable, de 20 ans plus jeune que moi. Je passerai le permis moto et je plaquerai tout pour aller ouvrir un bed & breakfeast bio dans le Lubéron avec ma jeune amante. Tout en écrivant des romans cynico-romantiques à base de ruralité poétisée et de crise existentielle.
Ouais.
En fait, ça me déprime. ]
Mais visiblement, c’est pas pour tout de suite.
En même temps, des fois je me demande si finalement, c’est pas mieux. En fait.
Episode 67 |Par Sam | le 3 mar 2008 @ 2:22 | dans Quotidiennes
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Vivement lundi
Il y a des jours, comme ça, qu’on aurait juste envie de passer en accéléré pour être plus vite au soir. Des dimanche merdiques tout seul comme un con au boulot à jouer les tours de contrôle de l’information, sentinelle mal payée de la grande armée docile des journaleux ordinaires.
Il y a des jours, comme ça, où on est triste sans raison, où on retourne les mêmes questions dans sa tête, à pétrir sa pâte à névroses dans les mêmes pétrins mentaux, sans parvenir à s’en empêcher.Des dimanches pourris où on essaye de rester simple sans y parvenir. Mais où on pose des actes quand même, en se demandant un peu leurs conséquences.
Il y a des jours comme ça, où on voudrait juste être ailleurs.
Des dimanches à la con où on a l’impression de passer à côté de la vie, de ne pas être au bon endroit au bon moment. De rater quelque chose qu’on ne parvient pas à définir, qu’on a sur le bout de la langue, qu’on devine du coin de l’oeil, mais qui se dérobe.
Alors on déverse un peu de bile sur un blog, histoire de tuer ce temps qui passe avec une infinie lenteur.
Episode 68 |Par Sam | le 2 mar 2008 @ 21:13 | dans Pensées parasites
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Douze jours (II). From the field
Je traverse une crise de couple, en ce moment, avec mon boulot. Du moins tel que je le pratique.
La passion s’est enfuie, un peu. La politique me sort par les yeux, j’ai passé le stade où les ors de la République m’impressionnaient et où je trouvais ça classe, d’avoir une centaine de portables d’élus dans mon répertoire. Pourtant, ces temps-ci, je fais dans le faste et le classieux, genre interviews prestigieuses dont j’aurais même pas osé rêver au temps lointain où c’était l’école de journaleux. Mais ça m’amuse moins.
J’en viens à préferer mes journées collées dans le bon vieil open space où je bosse à écrire des papiers à la chaîne et à surfer le Net tel un rider la wave, tu vois ? Même si ça me surgonfle aussi.
Tout ça manque cruellement d’exotisme. Même mon nouveau téléphone encore plus mieux que le Palm me gonfle.
Je crois que je vais aller élever des chèvres en Aubrac, monter un petit bed and breakfeast bio à 250 € la piaule, un truc comme ça. Ou écrire un livre, par exemple.
Episode 80 |Par Sam | le 29 fév 2008 @ 21:31 | dans Quotidiennes
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Office world
[Pas de post hier comme promis, oui, je sais. Circonstances indépendantes, il est (heureusement) des choses plus importantes que te raconter des trucs ici. Mais je vais me rattraper en t'en mettant plein partout ce soir]
Ah oui, au fait : B.O.
Consultant en ruptures, un métier à inventer. Je vais peut-être déposer les statuts.
Ca va, toi ? Je suis en train de t’écrire le machin sur pointscommuns.com, mais je t’avoue que ça sent un peu le réchauffé. C’est con, mais la spontanéité, c’est encore ce qui marche le mieux pour écrire du blog. Enfin, pour moi du moins.
[Par contre, écrire cette note en chattant avec mon pote de l'autre bout du monde en lisant mes mails et en refaisant ma playlist deezer, c'est trop spontané, je crois]
[Fin du chat. Excuse-moi. Fin de l'instant liveblogging, aussi].
En fait, je ne suis pas comme Kmille. Les couples qui se séparent, [j'ai beau pas aimer ça, les couples], ben je trouve ça triste quand même. C’est mon côté midinette. Du coup, le dimanche, passé au boulot, puis avec les deux parties en conflit, fut glauque. Même si j’aime bien aider les gens, c’est mon côté boy-scout. Il fut surtout long, à en perdre toute envie d’écrire en rentrant, tard et épuisé. A la place, j’ai sombré dans un sommeil en forme de gouffre de dix heures.
Et puis c’était lundi matin, la radio, l’expresso de bourgeois, Netvibes et la douche. Et une checklist longue comme le bras qui défilait déjà dans ma tête. Trucs à faire, trucs à écrire, trucs à payer, trucs à offrir, trucs à comuniquer, trucs à choisir, trucs à gérer. Trop de trucs.
Et puis c’était lundi matin. Et j’ai enfilé une jolie chemise à rayures blanches, et j’ai chaussé mes godasses classe, pour retourner où j’étais la veille [Mais en vieux pull et en baskets trekking de Grenoblois, parce que merde, c'était dimanche].
Retrouver mon open space au néon, mes écrans, mes collègues [confrères, je sais, mais j'y arrive pas], mes chefs, ma mission sacrée d’information. Et une autre checklist, tout aussi longue.
Retrouver nos petites luttes quotidiennes de petits cadres moyens, de petits journaleux d’intérieur sous-payés, sous-considérés et sur-stressés. Nos petites joies, nos petites vannes, nos liens débiles diffusés par mail, nos frustrations collectivement alimentées en réunions même pas syndicales devant la machine à café. Nos petites rivalités, nos petites compétitions internes, nos petites détestations discrétement chuchotées.
Retrouver ma vie de bureau. Un lundi matin de ce putain d’hiver interminable.
Sauf que ce matin, tout cela me paraîssait encore plus con que d’habitude.
Episode 107 |Par Sam | le 29 jan 2008 @ 0:15 | dans Messages à caractère informatif
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Chronos et Beuve-Méry
Un bain plus tard.
[Rappelle-moi d''arrêter avec les plans bain à dix heures du soir. A chaque fois, avant, je me dis "super, tu vas pouvoir te détendre en méditant des choses profondes et belles", et pendant, je me fais chier comme un rat noyé en bloquant sur le rideau de douche à pois qu'elle aimait tant, et qui me paraît désormais super moche, si tant est qu'un rideau de douche puisse être autre chose.]
Tu sais quoi ? En marinant dans l’eau chaude, et lorsque je ne bloquais pas sur le rideau de douche, je me faisais cette réflexion : en fait, je me fais relativement super chier, les soirs de semaine.
Je ne sais si Rilke a écrit un truc sur l’ennnui qui accompagne la solitude difficile, mais il aurait dû. Parce que c’est pas simple, non plus, l’ennui. T’inquiète, hein : je meuble. Je bouquine, j’avale de la série, du film et du documentaire par teraoctets, je blogouille, je scanne mon Netvibes en boucle, et il m’arrive même d’aller tabasser de la harpie à grands coups de clic.
Mais tout cela reste assez pauvre en intensité dramatique. Etudiant, je vivais mieux le célibat, parce qu’il se passait en groupe de potes et en soirées diverses et variées. Jeune actif dynamique parisien, ben c’est moins drôle. Déjà, tes potes sont soit macqués, soit ils habitent à l’autre bout de la France, soit ils se lèvent tôt le lendemain. Les trois en même temps, d’ailleurs, souvent. En plus, t’as plus la santé et un job un peu trop exigeant pour aller faire pump it up dès le mardi soir.
Du coup, ben tu restes comme un con devant ton écran à faire ta petite vie numérique brouillonne, mais ça je t’en cause plus tard.
Et pendant ce temps, une petite horloge dans mon crâne fait tictac et me rappelle que dans 683 jours d’ici, je serai trentenaire. Chronos, salopard mangeur d’enfants, va.
Et que d’ici là, il va peut-être falloir mettre un coup de collier, si je veux enfin accomplir tous ces trucs dont je me disais, gamin, qu’ils seraient faits avant 30 ans. Genre écrire un livre, parce que ça, c’est inévitable. Genre faire un voyage de six mois au Japon, en Chine ou au Bhoutan, enfin là-bas, loin. Genre devenir 5e dan d’aïkido, pour pouvoir me la péter, un peu. Genre arrêter de fumer, parce que c’est mal. Genre faire un gamin, aussi, pour pouvoir lui raconter des conneries et lui dire tu vois mon fils, tu vois ma fille, la vie, c’est comme ça. Genre avoir trouvé la femme de ma vie avec qui faire tout ça, surtout.
[Et que c'est pas en prenant des bains que ça va avancer. [Ni en racontant des conneries sur un blog, tu me diras. Quoique...]
Le problème, c’est que je me sens comme un lapin dans les phares d’une bagnole conduite par cette vieille salope de Chronos. Fasciné par la lumière et incapable de remuer une oreille. Paralysé dans un quotidien déjà bien rempli, il faut dire. Et pas si désagréable [même si je ne cracherais pas sur un peu de seske, parce que là ça fait tellement longtemps que je suis plus certain de me souvenir comment on fait].
Après tout, j’ai déjà accompli un truc ou deux, dans ma cheklist de quand j’avais 14 ans. Je fais le boulot dont je rêvais petit. Menteur journaliste. Même si c’est pas franchement comme ça que je m’imaginais la chose à l’époque.
On est con, à 14 ans, aussi.
Le pire, c’est que j’aime ça, le nalisme. Bosser sur deux écrans à la fois, enquiller des papiers à réactualiser en continu, courir après des cons de politiques pour des interviews langue de bois, se faire raccrocher au nez par des chargés de com’ de ministères hystériques, me lever à 6 heures pour aller traîner gare du Nord, caméscope au poing, à microtrotter de l’usager mécontent, glander tout seul au taf les samedis soir de permanence en ratant la soirée de l’année, enquêter toute la journée pour m’apercevoir à la fin qu’il n’y a rien à raconter, me faire insulter par des blogueurs branchés et des citizens reporters de mes deux dans des débats, me battre avec mon chef pour ne pas écrire un dixième papier Carla Bruni, parce que j’en peux plus, le tout avec des horaires merdiques et un salaire horaire de femme de ménage… J’adore. C’est mon côté pervers.
Donc, la vie professionnelle, c’est fait, c’est calé. Ca roule.
Mais ça freine un peu tout le reste, fatalement.
Episode 114 |Par Sam | le 23 jan 2008 @ 0:50 | dans Pensées parasites
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Employé modèle
[J'allais pas te laisser sur une note comme celle d'avant, alors je t'en fais une dernière pour la route. Après j'arrête, promis]
Merveilleux dimanches soir.
[Oui, je sais. Mais attends, je cherche l'inspiration, là. Faut que je me recentre, que je me reprenne. Du coup je me ramasse stylistiquement sur moi-même avant de bondir tel le sprinter moyen]
Merveilleux dimanches soir, donc, au coin de l’ordinateur. J’aime ces moments de détente où, après avoir passé huit heures d’affilée devant un écran, je m’en remets une louchée une fois rentré chez toi, parce qu’après tout, je reste tout de même un gros geek.
Merveilleuse société de l’information, aussi. Car, non content de me bombarder de mails toute la journée depuis chez lui (où il est profite de son week-end, lui), mon boss a continué après mon départ et l’arrivée de mon collègue chargé de la permanence pour la soirée. Il se disait peut-être que j’avais décidé de travailler plus pour gagner plus, genre.
Bref, parce que je suis un employé modèle (et un gros geek, aussi), j’ai la conscience professionnelle de vérifier mes mails pro. Oui, parfaitement monsieur. Un dimanche soir. De chez moi. Genre je n’ai pas de vie, mon travail est la seule activité qui me maintient à peu près debout dans cette merveilleuse société [où, ensemble, tout devient possible, ne l'oublie jamais], et je l’assume fiérement.
Car qu’ais-je fait, à ton avis, lorsque tu j’ai vu les messages qui s’empilaient dans ma boîte, me demandant d’écrire tel ou tel papier, de bidouiller tel ou tel truc ? Laisser tomber et me dire “on verra demain” ? Rigoler en pensant à mon chef en train de s’enrager de mon silence mailesque, chez lui avec ses mômes ?
Pas du tout.
Moi, j’aime les gens. J’aime mon métier. Alors j’ai gentiment écrit à mon chef pour lui dire que non, je n’avais pas décidé de rester à la rédaction 16 heures d’affilée, mais que je m’occupais de tout. Et j’ai as transmis le paquet de trucs à faire à mon collègue (la terminologie exacte est confrère, mais ça fait quand même un peu too much), avec un mot gentil pour m’excuser de lui remettre tout ça sur la tronche. Mais après tout, on est payés, hein. Mal, certes, mais payés.
Sérieux, tu trouves pas que je suis un peu l’employé du mois ?

