J’ai testé pour vous : être bien
Coup de chaud dans la poitrine. Sourire qui vient tout seul. Envies, envies, envies.
Amours copains. Nuits sans lendemains, flirts virtuels, jeux de séduction partagés et autres moments volés au temps.
Rencontres d’autant plus belles, discussions d’autant plus sincères qu’elles sont sans enjeux. Sentiments qui filent enfin vers le haut sans se brûler les ailes au soleil d’une perfection inatteignable.
Plaisir, plaisirs, moments de bonheur sans conséquences, sans bilan, sans enjeux autre que ceux de l’instant et de son partage. Lendemains furtifs et fatigués, mais heureux, une fois passée cette vague rémanence de regret de pas plus, vite balayée par le putain de tourbillon de la vie.
A déterrer de vieux projets des cartons et à les pousser au cul, juste parce que j’en ai envie et plus pour qu’ils me sauvent la vie. Et à voir qu’ils sont bons, vraiment bons, et qu’ils n’attendent que d’aboutir. Et à avoir envie de faire en sorte qu’ils aboutissent, cette fois.
A passer de très bons moments avec tous ces gens que j’aime et à qui je le dis pas assez. A apprécier de les voir, de les écouter, de prendre du temps avec eux plutôt que de le cramer en riens misanthropes et plus ou moins autodestructeurs.
A tenter d’être un peu bon dans mon métier, parce que je peux l’être, quand je veux. A m’entendre dire que je le suis, ce qui fait toujours plaisir, surtout quand comme moi tu souffres à fond du syndrome de l’imposteur - j’ai rien à faire là et quelqu’un va finir par s’en apercevoir. A avoir envie d’en faire encore plus, du coup.
A courir beaucoup, à faire beaucoup et à découvrir que c’est bon aussi.
A être bien, bien et encore bien d’être enfin égocentrique. A me dire que même bancal, on est entier.
Et surtout, surtout, à m’amuser. Et à apprendre avec surprise que je suis doué pour.
Depuis que je me suis foutu en quarantaine volontaire de transports amoureux, je profite à fond du reste. De tout ce reste que je ne voyais plus, aveuglé par la queste éternelle de la complétude romantique.
Je projette et j’espère et je rêve et je crois et je fais et j’envisage et je planifie.
Sourire plein la gueule.
Et ça dure, en plus.
[Enfin, depuis dimanche, quoi]
Tu sais quoi ?
La vie, en fait, c’est pas grave.
[Et en plus, il paraîtrait que bientôt, c'est l'été]
Episode 198 |Par Sam | le 12 juin 2008 @ 22:00 | dans J'ai testé pour vous
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Théorème d’incomplétude
[Attention, c'est long. Et un peu chiant. A se demander pourquoi je le publie. On va dire que ça pose un acte. Et que ça me fait du bien]
Princesses.
Depuis que je suis petit, je rêve de princesses. Et me rêve en prince, charmant, évidemment. Faudrait jamais laisser un gamin se former à la vie à coups de romans.
A quelque chose comme 12 ans et demi, j’ai voué ma vie à la Queste ultime, la seule qui vaille, la seule que racontaient les livres : celle de la princesse. De ma princesse.
Une princesse idéale, que j’investissais de tout ce qui me manquait d’affection, d’amour, de confiance, de rêves. Une princesse thaumaturge, qui saurait guérir mes plaies, ouvertes ou secrètes.
Une princesse sur laquelle je transais littéralement, le soir, en fumant en cachette à la fenêtre.
J’en ai eu plusieurs, en vrai, des princesses. Elles le devenaient à chaque fois, qu’elles le soient ou non, qu’elles le veuillent ou non.Elles étaient mes Dames, mes Aimées, mes Amours éternels et uniques, je leur donnais mon âme, ma vie, sans hésiter. Et même plutôt deux fois qu’une. Je ne leur laissais pas le choix, de toute façon.
Super cadeau.
Que je finissais toujours par récupérer, plus ou moins abîmé, à chaque fois que les princesses se lassaient, à chaque fois que je m’apercevais que non, mon yin ne s’emboîtait pas parfaitement avec leur yang, et que cette découverte me laissait sur le carreau de tant d’injustice.
Je pleurais un temps, au vent mauvais cette tragédie : non, il n’était pas possible de se fondre en elles pour y disparaître et trouver enfin cette vie vraie qui m’attendait forcément quelque part, ailleurs.
Après, je remontais sur mon cheval d’orgueil et repartais, les yeux déjà collés au ciel brumeux d’un novembre forcément gris et romantique, dans l’espérance que la prochaine, oh oui, serait la bonne. Serait cette autre avec laquelle enfin, je deviendrais entier.
[Je t'avais prévenu: c'est long]
Longtemps, c’était juste du romantisme mal placé. Une sale manie, une de plus. J’avais aussi plein d’autres choses en tête et des années estudiantines à savourer comme il se doit.
Et soudain, il y a eu la bonne, ou supposée telle. Celle qui, enfin, croyait autant que moi à cette fusion impossible. La première qui prenait mes serments au sérieux. Et me les rendait. Et scellait ce pacte d’amour total et éternel auquel je rêvais depuis les tréfonds de mon adolescence la plus boutonneuse.
Au début, c’était tellement énorme que j’en revenais pas.
Et puis le tableau a commencé à s’écailler un poil, rongé par le réel. Mais on s’est armés de courage et on a continué à pousser, à se contorsionner pour arriver à se fondre l’un dans l’autre et qu’enfin, enfin, ça devienne parfait.
On voulait tellement y croire. On attendait ce moment où on vivrait enfin ensemble à plein temps comme la porte vers un univers nouveau, vers un monde d’harmonie et de maturité.
Sauf que ça n’a pas marché. Je te refais pas le film. Ca n’a pas marché parce que ça ne marche jamais. Parce que la fusion totale et entière, toi et moi les yeux dans les yeux pour l’éternité, ça ne peut pas marcher.
J’ai mis près d’un an à le comprendre. A l’accepter. Le bilan et sa perspective : si ça n’a pas fonctionné cette fois, tu peux toujours réessayer, mais ça risque très fort de donner le même résultat.
J’ai réessayé, je suis têtu.
Ca a donné le même résultat. En accéléré.
Sauf que c’était la fois de trop.
J’ai garé le canasson, posé le fanion et l’épée dans un coin, enlevé le haume. J’ai fait une pose dans la Queste. J’ai réfléchi, genre. Limite l’acte impie.
Et je crois que j’ai compris. Un tas de trucs :
- Qu’il n’y a le temps que pour une épopée, dans une vie : la tienne. Que c’est de celle-là qu’il faut t’occuper en priorité. Parce que c’est elle qui conditionne le reste, tout le reste.
- Que si vraiment tu veux vivre pour l’Autre, autant directement entrer en religion et laisser libre cours à tes extases mystiques. Parce qu’on ne vit jamais entièrement pour quelqu’un, mais qu’à force de tenter de s’en convaincre, on finit surtout par ne plus vivre du tout.
- Que l’existence est remplie d’altérités et de contingences sur lesquelles tu n’as aucune prise, de choix qui t’impliquent sans t’appartenir, et qu’il ne sert à rien de tout arrêter en attendant la décision, parce qu’elle ne changera pas d’un iota pour autant.
- Et donc que mieux vaut essayer d’être bien tout seul, déjà. Parce que c’est plus qu’un début pour tenter de l’être à deux : c’est un pré-requis.
Depuis quelques semaines, j’ai arrêté la Queste. Celle-là, du moins. Je me lance sur d’autres. Les miennes.
Depuis quelques semaines, je profite de ce que j’ai, de ce qu’on m’offre, de ce que je peux prendre. Sans attendre de princesse pour me prendre par la main. En comptant sur moi. Et en essayant de faire en sorte de me faire confiance.
Et tu sais quoi ? C’est pas mal du tout. Je suis bien, J’ai 28 ans, un job qui tue, un projet que aussi, des vacances à planifier, suffisemment de sous pour ne pas trop m’en faire et envie de tas de choses pour moi.
Juste pour moi.
Et ça, c’est un peu la révolution.
Même si on ne se refait pas, pas totalement.
Même si ce soir, par exemple, j’ai une putain d’envie de câlins.
Et même pas de seske.
Juste besoin de tendresse, de bisous et de caresses.
Un besoin lancinant. Heureusement tempéré par la fatigue.
En guise de conclusion, j’ai aussi commencé à intégrer que le manque de sommeil, c’est sympa, mais brièvement. Donc je te fais mes excuses pour la longueur et le propos de cette note aussi bassement autocentrée qu’impudique, mais c’est la fatigue, et te dis bonne nuit. Je te la souhaite reposante et pleine de rêves.
[Ah, et un dernier pour la route : par souci d'apporter un peu de culture à ce déballage, si tu veux enfin savoir toute la magie du théorème d'incomplétude de Gödel et ainsi ne pas avoir totalement l'impression de t'être fait flouer, tu cliques là.]
Episode 197 |Par Sam | le 10 juin 2008 @ 23:02 | dans Journal d'une rupture, Pensées parasites
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Mes nuits sont plus belles que mes jours
Trois heures de sommeil dans la vue, tout seul au boulot, avec une seule envie : poser ma tête sur mon bureau et ronfler cinq minutes, juste cinq minutes.
Sept heures à tenir encore avant de pouvoir le faire.
Et tu sais quoi ? Je m’en fous. Ca ne m’empêche pas de sourire.
Avec une vieille chanson dans la tête. D’Alexis HK. Qui n’est pas sur Deezer, tu m’excuseras. Je te laisse tout de même les paroles, tu comprendras tout seul.
[Edit : comme me le souffle une souris en commentaire, elle est bien sur Deezer. Clique donc]
Vu d’ici, je pourrais gloser des heures sur ma soirée. Sur le pique-nique à la vodka, planqués sur le canal. Sur ces proximités trop fortes pour qu’on ne les remarque pas. Sur ces ambiguïtés avec lesquelles on s’amusait, en sachant pertinemment où ça allait nous mener, tout cela. Sur ce couple de quadras un poil bobos avec lequel on a discuté quelques instants avant de rentrer chez moi.
Pour se tomber dans les bras à peine vautrés dans le canapé. Avant de se coucher tard, trop tard, mais pas assez longtemps à mon goût, pas assez en tous cas pour faire totalement disparaître certain manque affectif à la douceur de sa peau, à l’odeur de ses cheveux et au goût de ses baisers. Pas faute de m’en être délecté, tu noteras.
Quelques courtes heures plus tard, le réveil fut difficile. La laisser devant le métro aussi. Et là, je blogue au travail, explosé, cuit, encore dans les brumes de ces délices adultères et hélas trop courts.
Avec une seule envie : récidiver.
Episode 180 |Par Sam | le 31 mai 2008 @ 9:13 | dans Quotidiennes
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Couplitude
Bienôt 4 heures et pas moyen de dormir.
J’a tripatouillé tout ce qui pouvait se tripatouiller sur ce site, avant de m’accorder une pause gastronomique vers deux heures du matin [je ne travaille pas demain, rassure-toi]. A base de tortellini et de vin rouge. Depuis, j’ai tenté de m’oublier sur fond de vieux épisodes de West Wing que j’ai déjà vu. Sans succès, d’où mon retour ici.
Ecroulé en étoile de mer sur mon pieu devant les aventures de Jed Bartlet, Josh Lyman et leurs potes, je m’interrogeais mollement sur cette vision so Hollywood de la cellule familiale comme noyau nécessaire de la plénitude existentielle.
En l’occurence [attention, fan de West Wing qui serait tombé dans le coma de 2004 à avant-hier et n'aurait par conséquent pas vu la saison VI, je risque de te dévoiler des spoilers], plusieurs épisodes te montrent Matt Santos, le jeune et sémillant candidat démocrate au remplacement de Bartlet, dans une sorte de satori mystique face à sa femme et ses enfants. Le tout sur fond de balade country, le plus souvent.
Entre monsieur et madame Santos, c’est au-delà de l’entente cordiale. La série te fait sentir que tu navigue là dans l’Amour Vrai. Que tu es dans Tristan et Yseult, Héloïse et Abélard, Rox et Rouky. La moitié d’un épisode est d’ailleurs consacré au fait que le bon Santos ait cassé un lit d’hôtel en batifolant virilement avec sa chère et trendre. Une autre scène poignante te montre Matt qui rentre d’une journée de campagne harassante, dont le poids s’efface tout soudain lorsque, retirant d’un geste las sa cravate, il remarque son épouse et leur fils dormant dans le lit conjugual, ce qui le remplit littéralement d’amûûûr et l’incite à prendre la bonne décision, évidemment.
Bref, c’est un peu the couple. Que, si la production cruelle décidait d’en tuer un des deux, elle ne pourrait faire autrement que de montrer l’autre prostré sur sa tombe, hurlant à la mort durant cinq bonnes années. Ce qui est un classique hollywoodien, je te l’accorde.
Tu en connais, dans la vraie vie, des gens comme ça, toi ? Des couples si parfaits qu’il suffit que monsieur esquisse un levage de sourcil pour que madame saisisse instantanément qu’il a l’air de penser tel truc, mais qu’en fait, il a un doute, ou alors qu’il voudrait un autre sucre avec son expresso ?
Des couples de la muerte, j’en ai plein mon arbre familial. Du 60 ans de mariage, de la rencontre à 10 ans et demi qui a débouché sur quatre gosses et trente ans de vie commune, tant que tu veux. A quelques exceptions près, ça fonctionne avec beaucoup de concessions, pas mal d’engueulades et une farouche volonté de monter un truc durable. Ce qui n’exclut pas un amour palpable, d’ailleurs, au contraire. Mais généralement, il est plus le résultat d’années d’épreuves partagées que d’alchimie romantique.
C’est un peu le piège d’Hollywood. Te faire croire à tout prix à un monde merveilleux où il existerait quelque part ton alter-égo absolu, le partenaire ultime et surpuissant par lequel tu trouverais enfin tout ce qui te manque, le couvercle à ton pot, la pièce manquante qui fera qu’enfin, oh oui, enfin, tu seras entier, vrai, délivré de tes faiblesses, de tes doutes et de tes errances.
Statistiquement, ça doit exister. Une fois sur un million. Mais honnêtement, tu en connnais, toi, des unions pareilles ? Tu penses que c’est un bon échantillon représentatif de la couplitude en occident ?
[Je suis aigri si je veux et je t'emmerde]
Moi, comme je suis un peu naïf et totalement intoxiqué à la série américaine, j’y ai longtemps cru mordicus. Avant de m’apercevoir que c’était comme de jouer à l’Euromillions : rien ne t’empêche d’essayer régulièrement.Mais mieux vaut garder à l’esprit qu’il y a peu de chances que ça fonctionne.
Et qu’en dernier recours, il est plus efficace de bien t’entendre avec toi-même, parce que ça t’aidera quand tu devras te partager avec quelqu’un.
Même si c’est un foutu long chemin à faire tout seul.
Episode 171 |Par Sam | le 26 mai 2008 @ 4:44 | dans Pensées parasites
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Transport amoureux numéro 12
Pas passionnant, celui-ci. Elle avait un nom ridicule : Jeanne-Marie. Ou du moins j’étais trop jeune pour en comprendre le double sens.
Une histoire de slows, encore, une fin de camp d’escalade dans le Vercors, en seconde. Deux-trois jours, ça avait duré. A tout casser. Avant qu’on reparte dans nos pénates respectives, moi le sud, elle l’ouest, je crois, je ne sais plus bien.
Après, on s’était écrit. Enfin, le temps de deux ou trois petits aller-retours de courriers. Je découvrais les amours épistolaires, domaine où je m’en sortais nettement mieux qu’en vrai, déjà.
Ca avait duré un mois. Et puis elle m’avait envoyé une carte postale d’Irlande. Pour me dire qu’elle s’était trouvé un copain.
J’avais fait un peu semblant d’être triste pour renforcer ma cote auprès de ma grande copine de classe Axelle, une fille magnifique qui faisait au moins 10 cm de plus que moi, mais j’y croyais pas vraiment.
Episode 10 |Par Sam | le 13 mai 2008 @ 23:11 | dans Transports amoureux
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Transport amoureux numéro 11
Elle s’appelait Sandrine Séverine. C’était une fille de la DDASS, ou pas loin. Famille tellement décomposée que ça en devenait ridicule, plus d’autres trucs encore plus louches dont elle voulait pas parler.
En fin de troisième, j’étais un rebelle. Je fumais des clopes, je buvais des bières, j’avais même été viré du bahut. Genre.
Et je traînais avec la faune, les semi-marginaux du collège, qui venaient d’un truc appelé “Maison d’enfants”, un home à gamins placés, je pense. Bref, dans tout ça, y avait Séverine. Qui devait avoir dans les 16 ans et une bonne dizaine de mecs à son actif.
Jeans moulants, perfectos, corps de rêve. Et j’étais son super pote.
Je l’ai même emmené faire du canoë, une fois. Balade de deux jours sur la rivière. En tout bien tout honneur, avec mon papa. Le soir, on s’était un peu éloignés pour dormir en plein air. Et fumer en cachette, en se racontant nos vies. Romantique, isn’t it ? Cherche pas. Il s’est rien passé. Sinon que sa silhouette en maillot, quand elle pagayait devant moi, est restée longtemps gravée dans ma petite tête.
Episode 11 |Par Sam | le 13 mai 2008 @ 23:01 | dans Transports amoureux
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Transports amoureux numéros 9 et 10
A la cambrousse, les langues vivante, c’est frustre. Dans mon petit bahut, on avait le choix entre allemand et italien. Comme j’étais déjà une feignasse, j’ai pris italien.
J’ai bien fait.
En quatrième, on a eu des correspondants. Et un voyage en italie, logés chez eux.
La mienne s’appelait Simona, je crois. Elle était très brune, très ritale, très jolie. De l’avis expert de tous mes potes de classe, elle était numéro deux au top des Italiennes les plus jolies du groupe. La numéro uno était une blonde très belle.
Les deux lauréates du top se trouvaient être super copines. Du coup, je dormais chez l’une et voyais l’autre tout le temps. Et l’exotisme jouait à plein. On faisait dans l’échange culturel, en somme : comme on se comprenait à moitié, toutes les audaces devenaient possibles. Je me suis découvert un don pour les langues.
Officiellement, j’étais déjà avec quelqu’un. Mais mademoiselle numéro 8 avait choisi allemand. Et je passais mon temps avec deux jolies italiennes. Pendant le voyage, je me suis contenté de draguer. Mais ensuite, les Italiens sont venus chez nous, en fin d’année.
Et pour leur dernier soir, quelqu’un a organisé une soirée avec les correspondants. Et de l’alcool. Alcool qui a eu un effet certain sur les Italiennes. Et sur ton serviteur.Je ne sais plus comment je me suis retrouvé à échanger ma salive avec la jolie blondinette, mais ça a duré une bonne partie de la soirée. Jusqu’à ce que ma mère vienne nous chercher.
Adieu blondinette. Mais c’était pas fini.
Faute de place, ma correspondante dormait dans ma chambre. A moins d’un mètre de moi, sur un matelas au sol. Où elle a mis dix minutes à m’attirer pour quelques baisers. Qui sont devenus un peu plus que ça. Mais pas trop non plus.
Disons que j’ai découvert que les filles n’étaient effectivement pas faites comme les garçons. Qu’au toucher, c’était totalement différent. Et carrément agréable.
J’en fus tout stupéfait.
Le lendemain, évidemment, tout le collège était au courant. Y compris mademoiselle numéro 8. Qui en fut humiliée.
Tu m’étonnes.
J’avais découvert l’infidélité, j’ai expérimenté le largage express. En moins de deux, on a “cassé”, comme on disait. A mes torts exclusifs, qui apparaissaient graves du haut de nos quatorze piges. Je suis devenu l’enfoiré number one d’une bonne partie de la gent féminine du collège.
Ca changeait peu de choses, finalement. J’avais juste plus personne à attendre à la sortie.
[La suite demain, cette semaine, je fais partie de la France qui se lève tôt.]
Episode 14 |Par Sam | le 28 avr 2008 @ 23:57 | dans Transports amoureux
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Transport amoureux numéro 8
Premières soirées au collège. On appelait déjà plus ça des boums, mais c’était tout comme. On louait des salles municipales, on obtenait la permission de minuit, voire une heure du matin. On amenait de l’alcool, une chaîne hi-fi. Et on dansait sur Nirvana ou les Red Hot Chili Peppers.
En faisant toutes les conneries possibles avec de l’alcool, des cigarettes et la créativité perverse que peu déployer un adolescent en pleine puberté pour compenser un peu son corps qui change, ses érections intempestibles, ses boutons plein la tronche et son appareil dentaire.
Et puis, à un moment de la soirée, il y avait les slows. Alors on invitait des filles à danser, l’estomac un peu noué, mais on tentait de faire bonne figure devant les potes.
Il y avait déjà des serial lovers, mais j’en étais pas. Celle-là, mademoiselle numéro 8, j’étais dans son groupe en techno. Et je savais déjà par ses copines qu’il y avait moyen. Alors je l’ai invitée. Elle était brune, plutôt mignonne.
On s’est frottés sur Bryan Adams, Scorpions ou un truc dans le genre. J’étais mort de trouille. A un moment donné, j’ai réussi à lui bafouiller dans l’oreille la phrase magique : on va faire un tour dehors ? Elle n’attendait que ça.
Les relations collégiennes obéissent à un rituel bien précis. Une fois dehors, j’ai respecté toutes les étapes, que je connaissais d’instinct, faut croire. Lui prendre la main. Respirer un grand coup et lui demander d’une voix tremblante et quelque peu trop aigüe, si elle voulait “sortir avec moi”. La clé, le graal, la voie vers un monde nouveau.
Elle a dit oui. Alors on s’est embrassés. Et c’était bizarre. Carrément pas désagréable, mais bizarre. On a passé plein de temps à essayer différents trucs avec nos bouches. Jusqu’à ce que ses parents viennent la chercher. Et j’ai fini la nuit en me disant que décidément, c’était pas du tout comme dans les bouquins. Mais bon, c’était bien quand même.
Après, on “sortait ensemble”. Ce qui consistait essentiellement à s’attendre devant le collège matin et soir pour se rouler des grosses pelles. Le reste du temps, on respectait la ségrégation sexo-spatiale de vigueur en quatrième. On retournait dans nos camps respectifs.
Ca a bien dû durer quelque chose comme deux mois. A l’échelle du collège, on était limite un vieux couple. Et puis on est partis en Italie. Et j’ai découvert l’adultère.
Episode 15 |Par Sam | le 28 avr 2008 @ 23:17 | dans Transports amoureux
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Transports amoureux numéros 5 et 6 et 7
Trois histoires assez semblables, dont j’ai trop peu de souvenirs pour faire autrement que de les coller ensemble. La numéro 5, c”était la fille d’amis de mes parents. Qui venaient l’été. On était trop gamins pour comprendre ce qui se passait, mais il se passait bien quelque chose.
On était potes comme les gamins sont potes. On ne jouait même pas au docteur. Mais avec elle aussi, existait quelque chose d’inexplicable. Etait-elle jolie ? Je crois. En tous cas je la trouvait jolie. Elle était brune, plutôt maigrichonne et on s’entendait super bien.
Quand on me demandait si c’était mon amoureuse, je faisais la grimace, évidemment. Mais au fond, c’était quand même un peu mon amoureuse. Et je devais être l’équivalent. A neuf ans, on ne pousse pas l’introspection aussi loin.
Et puis nos parents ont cessé de se voir. Je me demande ce qu’elle est devenue.
Mademoiselle numéro 6 n’était pas dans ma classe, mais on se voyait souvent, parce que nos parents étaient potes et qu’elle habitait à 500 mètres. Elle était blonde. Chez elle, il y avait une piscine dans laquelle on se baignait l’été. Et un jour, je devais avoir dans les dix ans, alors que je lui montrais fièrement mon ordinateur et qu’il n’y avait pas d’autre chaise, elle s’est assise sur mes genoux. Et c’était la première fois qu’une fille s’asseyait sur mes genoux.
Et ça me faisait tout bizarre, parce qu’entre temps, j’avais commencé à apprendre un tas de trucs sur ce que faisaient les garçons et les filles un peu plus âgés dans un lit. Et que là, j’avais un premier aperçu de la chose.
La septième était une cousine par alliance. Une Parisienne, enfin banlieusarde, mais c’était tout comme pour un petit cul terreux comme moi. Un jour, elle est venue en visite et on s’est retrouvés tous les deux. Et elle m’a tenu tout un discours, comme on peut en tenir à douze ans. Sur le fait qu’on était pas vraiment cousins d’un point de vue génétique et que donc il était tout à fait possible qu’on sorte ensemble sans risquer les foudres de la morale.
Moi, j’ai fait semblant de ne pas comprendre. J’étais un peu trop intimidé. Elle n’a pas insisté.
Et j’ai perdu une occasion. La première.
Episode 16 |Par Sam | le 28 avr 2008 @ 22:53 | dans Transports amoureux
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Girls, girls, girls
[Un truc qui me trotte dans la tête depuis un moment. Je pique donc allègrement l'idée à Kmille, qui en a fait une série de notes carrément bien, tellement que j'ai eu envie de faire un peu la même chose]
Transports amoureux. Elans affectifs. Tentatives de couplitude plus ou moins avortées. Angoisses et plaisirs, sexe et sentiments.
Tout ça tourne et retourne dans ma petite caboche depuis un moment, pour différentes raisons. Et je m’interroge gentiment sur le sentiment amoureux, ses tenants, ses aboutissants, ses vacances au ski et ses limites.
Et du coup je fais dans le voyage temporel. Je mâche de la madeleine. Je remonte le temps. Je cherche le début de tout ça. La quête du mystère des filles et des trucs qu’elles cachent sous leurs vêtements, ça remonte à quand ?
Alors pourquoi pas te raconter un peu les femmes de ma vie ? Au point où on en est…
Transport amoureux numéro 4, donc.
[Oui, je fais comme Georges Lucas : je débute à l'épisode IV. Parce qu'evidemment, la première femme de ma vie, c'est ma môman. Et la deuxième et la troisième, ce sont mes soeurettes. Mais on va laisser la famille en dehors de tout ça.]
Je ne sais plus son nom, je ne me rappelle plus de son visage. Juste qu’elle était blonde. J’avais six ans, mes parents retapaient leur nouvelle maison tout l’été et avaient décidé d’embaucher une fille au pair pour leur dégager les mômes des pattes.
C’était une jeune Allemande, belle comme au Valhalla. Grande, athlétique. Douce. Elle nous baladait, elle nous faisait manger. Elle parlait mal français, mais ce n’était pas un souci du haut de mes six ans et demi, parce qu’elle me faisait de grands sourires et que ça me suffisait. On allait chercher des mûres dans la cambrousse pour en faire des tartes et elle me tenait la main et c’était bien.
Elle est restée quelques mois, le temps d’un été. Mes parents lui avaient aménagé une petite chambre dans le grenier, avec un tissu bleu au-dessus du lit, pour éviter que la pluie ne perce par le toit qu’ils étaient en train de retaper.
Soudain, je découvrais un truc : les filles, c’est joli. J’avais envie de la toucher, d’être près d’elle, parce que c’était agréable. Parce que ça m’attirait. Une attirance que je ne pouvais pas m’expliquer. Je cherchais pas, d’ailleurs, je préférais jouer aux Lego.
Son départ, par contre, je m’en rappelle. Mon premier chagrin d’amour, un matin d’août 1986. Je boudais dans ma chambre parce que je trouvais ça totalement scandaleux, qu’elle parte alors que moi je voulais pas. Mais j’ai pas pu m’empêcher de me précipiter sur elle alors qu’elle franchissait la porte. Ni de pleurer alors que je m’étais promis d’être impassible et que je me retenais de toutes mes forces.

