Pendant qu’elle dort
[Passage rapide, pas le temps, pas l'envie, pas encore, de revenir gloser ici. Faut que je passe un cap, que je pousse un peu plus loin encore le désir de raccrocher à une réalité trop belle peut-être pour qu'elle ne me fasse pas peur.]
Il est 20h39, ce soir c’est teuf.
Il est 20h39, j’ai rien foutu de mon vendredi
Il est 20h40 et je reçois son SMS. A 20h41, je réponds.
Il est 20h41, elle fait une sieste pour offrir un répit à ses 39°C de fièvre pas chômés.
Il est 20h41, je pense à elle en réécoutant Au revoir Simone.
Il est 20h42 et je pense à moi. Et je me dis qu’il faudrait arrêter d’agripper le rideau, arrêter de tenir la corde, arrêter de regarder en bas. Qu’il faudrait ouvrir les doigts, un à un ou d’un coup, et laisser filer. Et lâcher prise, enfin. Et plonger vers cet inconnu, vers cette inconnue, qui m’ouvre les bras et le reste, tout ce reste si vaste.
Il est 20h45 et moi et ma gueule de déterré, on boit une Heineken.
Il est 20h45 et il faudrait que j’aille faire un tour sous la douche, sauver ce qui peut l’être.
Il est 20h47 et tout ce que j’ai en tête, c’est ce signe de geeks : <3
Il est 20h47 et mon appart sent la pisse de chat.
Il est 20h47 et il y a comme une bulle de bonheur coinçée dans mon estomac, qui ne demanderait qu’à grossir et s’épanouir et noyer sous le rose l’autre bulle qui sommeille, la métastase d’angoisse qui m’a poussé dans le plexus et se réveille parfois le temps de lancer trois putain de salves corrosives qui empoisonnent le reste. Qui demanderait que ça, mais putain, qu’est-ce que j’attends ? Le déluge, peut-être.
Il est 20h49, je rebois une gorgée et je me dis pour la énième fois que je suis quand même le mec le plus chanceux de la Terre et que j’en profite pas assez.
Il est 20h51 et j’écoute Elvis Perkins : while you were sleeping. Un truc qu’elle m’a fait découvrir, entre quelques centaines d’autres :
Il est 20h52 et j’en ai marre de cette propension malsaine à la mélancolie comme expédient ludique et je me dis que je peux pas éternellement faire la planche entre deux eaux de rejet, que je peux pas éternellement me filer des croche-pieds vicelards en pleine course juste pour le plaisir du flash de douleur quand mes dents cognent le bitume.
Il est 20h58 et je me roule une clope.
Il est 20h59 et je pense à ma petite punkesse blottie dans sa couette, je pense à la frange sur le haut de son front,à sa bouche, à sa fièvre, à ses mains, à ses seins.
Il est 21h01 et j’ai envie de la soigner, de la protéger, de m’occuper d’elle. Et j’ai envie de la voir sourire. De l’emmener à Berlin. De lui faire à manger. De la regarder bouger.
Il est 21h04 et je me demande à quoi elle rêve.
Episode 245 |Par Sam | le 24 oct 2008 @ 21:07 | dans Quotidiennes, Transports amoureux
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Pendant ce temps, à Paris…
[Hey, je t'ai manqué ? Oui, ça fait dix jours. Que veux-tu que je te dise ? Faut bien vivre un peu, ne serait-ce que pour avoir des choses à bloguer]
Alors voilà : Sam a une petite amie. Elle est belle et son prénom c’est [quelque chose de très mignon qui finit en "ie"]. A eux deux, ils forment pas de gang, mais ils font des choses que font les namoureux quand ils se rencontrent.
Ils écrivent leur début d’histoire, esquissent une introduction à toute vitesse. Ils s’explorent, ils se touchent, ils se sentent, ils se testent, ils se jaugent, ils se livrent, ils partagent. Ils ont des audaces soudaines et des pudeurs spontanées. Et ça leur prend un temps fou, qu’ils ne voient pas passer. Alors ils se droguent aux câlins pour pallier le manque de sommeil.
Ils pratiquent la love story de jeunes actifs, restos tardifs, rendez-vous de nuit, départs tôt d’un appart ou d’un autre, sur la pointe de pieds, sourire niais plein la face bouffie de sommeil au souvenir de ce corps chaud qui dort encore sous cette couette qu’on vient de quitter, weekends volés au travail.
Ils sacrifient à l’époque qui les fait vivre et qu’ils kiffent tous les deux, déclinent leurs élans en signaux numériques, mails, textos, chats, Fessebouc, photos, vidéos… et geekisent de concert. [Car Sam a craqué en voyant celui de sa belle et été pleurer chez Orange© pour avoir un putain d'iPhone 3G 8 gigas. Noir. Un genre d'Excalibur, voire de sextoy pour geek. Que je m'en vas même t'en reparler, un de ces quatre.]
Ils font dans le transport amoureux en milieu urbain. Horaires décalés, journées bien remplies, métros, vélibs, trains, taxis, arpentage de pavés mains dans la main, Paris à deux ça redevient un peu la capitale romantique que t’as du mal à apercevoir autrement.
Plus, en petit bonus perso, c’est cadeau ça fait plaisir, les flux et reflux passablement agités du truc réglé sur sensibilité maximum qui me sert de centre des émotions, quelque part au niveau du plexus solaire. Et les fluctuations afférentes dans les dosages de bonheur et d’angoisse, de trouille et d’exaltation.
Avec leurs effets secondaires, leurs petits cousins, leurs causes ardemment recherchées à grands coups d’introspections nébuleuses. Et l’impression générale d’avoir les tripes posées sur le wagon de tête d’un petit train lancé à fond dans les montagnes russes d’un parc d’attraction conçu par un psychopathe délirant.
Autant te dire que j’ai pas vraiment trouvé le temps de te donner des nouvelles.
Episode 241 |Par Sam | le 23 sept 2008 @ 1:48 | dans Quotidiennes, Transports amoureux
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Coucou, qui c’est ? (Le loup)
[Pardonne mon absence, j'étais très occupé, comme tu vas le constater]
Coucou, qui c’est ? Et oui, c’est ta vieille copine la crise d’angoisse qui s’incruste à nouveau dans la partie. Y avait longtemps.
Boule dans le ventre, chaud et froid sous mon crâne, gorge nouée, pensées parasites, désirs de fuite, toute la vieille équipe est revenue pour des soirées de folie et des nuits d’enfer à se tourner et se retourner en cherchant par quel foutu bout prendre le truc.
Mmm, ça m’avait manqué. Ou pas.
En cause [tu t'en doutais, je sais] une fille. Evidemment. Une fille-surprise, surgie un dimanche de pluie à Belleville d’une série de bêtises numériques partagées après une brève et professionnelle rencontre voilà quelques mois.
Une fille un peu geekette, un peu diplômée de sciences politiques, avec un boulot plus prenant et plus passionnant que le mien. Et un tas d’autres passions et un tas d’autres trucs menés à bien en dix ans, que c’en est impressionnant.
Une fille jolie, même. Avec des airs d’elfe échappé de chez le père Tolkien, des yeux presque bridés, des fossettes plein le visage, un corps tout menu et un tatouage terriblement mignon caché quelque part.
Une fille aussi câline que ton serviteur, aussi demandeuse d’affection.
Une fille tellement vivante, une fille qui s’amuse à t’épouser sur Fessebouc, qui éclate de rire à voir la réaction de ses copines, qui tchatche avec tous les commerçants de son quartier, qui renifle tout ce qu’elle attrape, qui devient grognon quand elle a faim,
Et si je te dis qu’en plus, elle est célibataire, qu’en plus elle a eu envie qu’on se revoie le lendemain, qu’elle a envie de faire quelque chose d’un peu bien, tu admettras qu’à l’échelle de cette année, ça tient de la singularité quantique ou du miracle divin, suivant ta préférence dans le domaine des trucs improbables.
Bref, tout cela devrait, si j’étais un tantinet normal, se conclure par un bête bout de bonheur béat (note l’alitération).
Si j’étais un tantinet normal.
***
Hélas, faut croire que c’est pas le cas.
Parce qu’au bout de deux jours, passés pour l’essentiel au fond d’un lit ou à déguster des huîtres et des sushis, ma vieille maîtresse la crise d’angoisse a pointé le bout de son nez. Histoire de me pourrir la soirée et la nuit à me sussurrer à l’oreille “fuis, petit, fuis-t-en vite, cours-t-en dans tes pénates avant qu’il ne soit trop tard” [Avant que quoi ne soit trop tard, ça en revanche, j'en ai pas la moindre idée]. A me coller des pensées parasites plein le cortex, à jouer à faire des noeuds de marin avec mon estomac.
Sans aucune putain de raison apparente. Sinon la vitesse à laquelle on s’est aperçus de nos similarités, en matière de musique, d’envies, d’attentes ou de blessures.
[Avant-hier, on parlait de nous, elle n'arrêtait pas de me demander, avec ce sourire totalement désarmant : "mais il est où, le loup" ? Il est où le truc qui va pas chez toi, quoi. Elle me trouvait trop parfait. Ben voilà. Il est là, le loup]
Peut-être j’angoisse de ce trop d’un coup. Peut-être que je la trouve trop parfaite, même si c’est très, très con de se dire ça, et encore plus de l’écrire. Peut-être je sais plus comment me dépatouiller face à tout ça. Peut-être que ça bouleverse mes petites habitudes d’éphèbe des boulevards à la con, qui finissait par se faire à l’idée que - oh mon Dieu - il peut séduire, par s’accoutumer au célibat. Peut-être qu’à force de fantasmer une romance parfaite et impossible de série B, je suis devenu incapable de vivre une histoire pour de vrai, parce que c’est tellement plus facile, d’attendre et d’espérer.
Peut-être je me dis que c’est trop facile, trop soudain, qu’il y a forcément un vice quelque part. Peut-être qu’à force de ne kiffer que des attentes, des histoires en suspension et des trucs sans lendemain, j’en viens à choper la trouille de celle-ci parce qu’elle se passe trop bien.
Peut-être je crains d’avoir encore une fois très mal si ça se termine. Peut-être qu’entre mon passif familial bien biscornu et mes expériences précédentes je souffre de cette connerie de “peur de l’engagement” qui fait le bonheur des magazines féminins. Peut-être je suis très fatigué, à force de ne pas dormir, et que ça pousse à la panique. Peut-être je sais plus bien ce que c’est qu’une émotion et que je confonds angoisse et… autre chose.
Peut-être que je suis juste con, aussi. Va savoir.
Le fait est que là, j’ai juste pas envie de fuir, pour une fois.
Parce que j’aimerais vraiment voir ce qu’il y a là-bas.
Derrière la crise.
Episode 238 |Par Sam | le 11 sept 2008 @ 20:23 | dans Quotidiennes, Transports amoureux
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Meet : Mister Nice Guy
[Tu noteras l'effort pour faire passer un texte beaucoup trop long à l'aide d'une composition visuelle de pointe]
Mr Nice Guy est, comme son nom l’indique, un gentil garçon. Honnête et à peu près bien élevé. De temps à autres, il grille un feu en Vélib’, se prend une cuite ou consomme des substances prohibées par la loi, mais à part ça, rien à signaler.
Mister Nice Guy [on va l'appeler MNG, maintenant qu'on le connaît mieux] est un garçon souriant, d’une conversation plutôt agréable. Rigolo, souvent, presque brillant, quand il s’applique. Sous une certaine lumière, il peut même apparaître charmant, voire mignon, à en croire les témoignages.

Seulement voilà : MNG a un problème. Un problème avec les filles. Récurrent : il sait pas être un Connard©.
[Avant de hurler, tu lis le truc après le guillemet géant, en bas de la note]
Déjà, il est plutôt d’un naturel romantique, ce con. Affectueux, sincère, et même attentif. Voire angoissé. A en devenir un poil lourd. Et transi, avec ça. Infoutu de respecter, par exemple, les soixante-douze heures de délai réglementaire entre première nuit et reprise de contact. Ca l’emmerde. Lui, il aurait juste envie de repiquer au truc dès le lendemain, tu vois ? De câliner jusqu’à plus soif. Un genre de poulpe bisounours.
Bref, quand MNG rencontre une fille qui lui plaît, c’est un peu comme si s’allumait sur sa tête un genre de panneau en néon marqué “cherche âme soeur pour bonheur et félicité mutuelle”, avec des coeurs roses qui clignoteraient autour. Un peu comme si se faisait entendre le tintement diffus de chaînes fantomatiques prêtes à s’enrouler autour des poignets de la belle. Qui, généralement, s’enfuit en courant.
***

Pourtant, il essaye d’arrêter, MNG. De toute ses forces, il se réfrène. Il a bien compris, depuis le temps, que ça foutait la trouille, son truc. D’ailleurs, quand on lui fait la même chose, il agit comme tout le monde, il pique un sprint.
Il sait, MNG, qu’il faut se transformer un minimum en Connard© : être un poil distant, limite méprisant, éviter de se dévoiler, éviter de demander, laisser venir, maintenir la tension, garder ses cartes. Prendre le temps. Jouer le jeu. Il a envie de jouer, même.

Mais c’est plus fort que lui. Il a beau tenter de faire tout ça, le panneau finit par s’allumer en gros tandis qu’un orchestre de baluche en uniformes de marins tous droits sortis de La croisière s’amuse entonne « My first, my last, my everything ». Et la fille, qui sent comme une énorme porte rose se refermer sur elle dans une écoeurante odeur sucrée, court très très loin et très très vite.
***

Le pire, c’est que lorsque d’aventure MNG se dit “bordel, c’est pas possible, j’ai un bug, ou quoi ?” Et va sur les applis de rencontre Fessebouc se déguiser en Connard©, s’essayer à la drague pour la drague, ça marche.
En un rien de temps, il se retrouve à chatter avec une donzelle, mignonne, qui certes, ne l’emballe pas plus que ça, mais qui lui tend des perches grosses comme des travées de voie de chemin de fer pour lui faire comprendre qu’elle serait tout à fait partante pour une nuit coquine et plus si affinités.
La différence entre MNG et le Connard©, c’est que là, MNG part en courant.

Paniqué à l’idée qu’il se fout de cette fille à l’autre bout du chat et qu’elle pas, culpabilisé à l’idée que ça va finir par faire mal à quelqu’un, il court, il court, MNG.
Et plus il court, plus il fait le Connard©, plus il est distant, plus il laisse ses mails en attente, plus elle lui file après, plus elle est à fond. Jusqu’à ce qu’il finisse, de guerre lasse, par mettre un point final à l’affaire.
***
Morale de l’histoire :
1/ Les plans cul, c’est comme les jeans slim : y a des gens à qui ça va, d’autres qui sont ridicules dedans.
2/ Si Mister Nice Guy savait être un Connard© avec les filles qui lui plaisent, sa vie sentimentale s’en porterait nettement mieux.
[Séquence culture spécial filles, je viens d'apprendre là que : Les patronymes « Conne », « Connard », « Connart » et variantes n'ont aucun rapport étymologique avec le mot « con » : en Europe continentale, ils proviennent du germanique con(hardt) signifiant « brave et dur » (à rapprocher du néerlandais koen, « courageux » et de l'anglais hard, « dur ») Ce qui me donne envie de conclure: "Darwin, enculé"]
Episode 235 |Par Sam | le 6 sept 2008 @ 0:59 | dans Pensées parasites, Transports amoureux
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Presque pas triste
[Le pire, c'est qu'à 24 heures près, tu avais un post tout bisounours et tout joyeux. A quoi ça tient, hein...]
Il était dit que le parc des Buttes-Chaumont servirait d’écrin de décharge à mes tristesses. Et de terminus à mes marches un peu au hasard dans le XIXe à la recherche d’une illumination, de quelque chose pour m’aider à piger.
J’aurais dû prendre option psychologie féminine, à la fac. Ou alors je sais pas, j’ai un truc, une maladie rare, un virus niché quelque part, un défaut génétique.
Ou alors je suis juste un narvalo beaucoup trop sincère, infoutu de jouer plus de cinq minutes et demi dès qu’on cause sentiments et beaucoup trop gentil pour être vraiment désirable.
Ou alors, à force de me complaire dans cette posture de célibataire romantique et enrhumé de se balader écorché tout vivant au vent mauvais d’un destin adepte d’un genre d’humour noir particulier, je finis par créer ce genre de situations tout seul comme un gland grand.
Ou alors c’est juste une année sans.
Ou alors j’ai pas tout compris, juste trébuché en tentant d’enfoncer à grands coups d’épaule une porte qui restait entrouverte. Qui reste entrouverte ? Va savoir.
Va comprendre, toi. Moi je comprends jamais. Ou alors de travers. Ou alors après, quand ça sert plus à rien.
Bref. On va pas en faire un micro-drame de plus.
On va se contenter de repenser à certaine nuit magique et à certain piano-bar peuplé de pianistes plus ou moins virtuoses, d’actrices plus ou moins psychotiques et de touristes roumains plus ou moins bourrés.
On va retenir certains regards qui avaient l’air d’en dire beaucoup, certaines répliques qui en disaient pas mal, ou du moins je le pensais, sur le moment. On va se repasser le film d’une fin de soirée juste parfaite et d’un réveil en forme de doux rêve un peu lubrique, mais nom de Dieu que c’était bon.
En se disant que peut-être on tournera la suite. Un jour. Mais que ça dépend plus tellement de moi.
Moi, je vais me contenter de boire des verres avec un pote ce soir, d’aller grimper des murs d’escalade demain et d’aller voir la mer ce weekend.
Et la vie est belle. Quand même. Peut-être un peu parce qu’elle est comme elle.
Episode 230 |Par Sam | le 27 août 2008 @ 20:30 | dans Quotidiennes, Transports amoureux
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Deuxième sexe, wins (Girls 1 - Boys 0)
[Fais gaffe, c'est long. Et un poil pompier, voire pompeux. Je dois être dans une période néo-stendhalienne, ou crypto-Julien Clair, un truc comme ça]
Hier soir, terrasse d’un resto du Xe. Après mes abus de bières et de barbecues estivaux, j’avais minaudé sur les poissons jusqu’à ce qu’elle me traite à moitié de gonzesse et que je finisse au tartare-salade. Elle, elle attaquait sans vergogne une entrecôte de 180 grammes accompagnée de purée maison.
On causait couplitude. Enfin, surtout la sienne, moi je faisais plutôt dans l’archéologie, les réminiscences. Et puis elle m’a lancé :
- “Les mecs d’aujourd’hui, ils se prennent trop la tête”.
Ca m’a laissé songeur. Au moins une seconde et demie. Avant que je lui dise qu’elle avait raison.
A Berlin, à Paris, la plupart de mes dernières discussions de fin de soirées entre poilus tournaient autour de nos récits de ruptures plus ou moins douloureuses, de nos dépendances affectives, autour de nos envies d’histoires qui brillent un minimum, de montages de familles plus ou moins nombreuses, de nos questionnements existentiels.
[Tu vas me dire que je traîne qu'avec des types aussi atteints que moi ce qui n'est pas totalement faux, mais il y en a aussi des presque normaux dans le tas.]
Du coup, j’ai une théorie :
Comme plein de gens plus intelligents que moi l’ont dit en parodiant grossièrement Malraux, qui n’en demandait pas tant, “le XXIe siècle sera féminin ou ne sera pas”. Et c’est le cas. Il l’est.
Et c’est pour ça que les mecs se prennent la tête : parce qu’ils ont perdu. Parce qu’ils maîtrisent plus. Parce que les patrons du bac à sable, c’est plus eux.
Discute avec elles, écoute-les, lis leurs blogs, leurs forums, leurs bouquins, leurs bédés, et rends-toi à l’évidence, ami mâle: La vingtenaire urbaine de 2008 est bel et bien l’individu alpha, el jefe, der übermensch, the new man in town. Le monde lui appartient.
[C'est long, non ? On va faire un interlude musical à thème, tiens :]
Regarde-les passer, frère à poils, regarde-les occuper la rue de toute leur beauté, arpenter le bitume de toutes leurs jambes, l’air décidé, le regard vers le prochain objectif à conquérir, loin, très loin au-dessus de tes tentatives raz de terre pour l’accrocher. Et ose me dire que la ville, que la vie, leur appartient pas.
Cotoie-les dans ton travail, qu’elles font aussi bien, sinon mieux que toi, le charme en plus, l’audace en mieux, observe-les enchaîner leurs carrières par la face nord, mon pote à bistouquette. Et jure-moi que tu es tranquille quant à la tienne ( de carrière, pas de bistouquette. Encore que…).
Admire-les en furtif, le soir, dude, lorsqu’elles sortent à quelques copines foutre le feu à un bar en trois éclats de rire et deux œillades juste pour dire, juste pour maintenir leur domination symbolique sur l’espace. Mate-les descendre plus d’alcool que tu le pourrais et rester belles et alertes, plus que tu ne le serais. Et réponds-moi les yeux dans les yeux que tu t’éclates autant qu’elles.
Écoute-les causer, compagnon de prostate, lis leur prose délurée, la manière dont elles commentent les performances de leurs amants ou de leurs sextoys comme toi tu causerais football, Quake Arena ou bagnoles, entends-les désacraliser sexe et sentiments à grands sourires carnassiers. Et dis-moi que ça te fous pas quelques complexes aux entournures.
Note, toi qui pisse debout, la vitesse avec laquelle elles se remettent de leurs emmerdes amoureuses, familiales, professionnelles, sens la la rage tranquille avec laquelle elles tracent leur route au milieu de l’entropie, avec laquelle elles construisent leur histoire, brique à brique, avec lesquelles elles tranchent, choisissent, assument. Et fais-moi croire que tu es aussi assuré qu’elles.
Observe-les séduire à pleines dents, sûres de leur charme, mon gars. Vois comme elles jouent, vois comme elles consomment sans complexes du mâle subjugué, auxquelles elles ne voient même plus de raison de s’attacher, y en a plein partout, y a littéralement qu’à se baisser. Et assure-moi que tu les tombes toutes quand tu veux.
Révère-les, fasciné, limite en transe, quand elles se déshabillent pour toi, mec, quand elles s’offrent à toi pour mieux te subjuguer, quand elles te sautent dessus ou se laissent entraîner. Et, pour ce moment où tu te retrouves en sueur, hors d’haleine, à voir des étoiles dans leurs yeux qui brillent et du bonheur dans leurs cheveux décoiffés, leurs joues rougies, leurs sourires ravis, jures-moi que tu ne serais pas prêt à n’importe quoi .
Réveille-toi un matin avec elles dans un pieu, petit homme, et dis-moi que quand elles partent, ou te poussent gentiment dehors, toi tu n’aurais pas rêvé d’y rester avec elles, sinon toute ta vie, du moins quelques heures de plus.
Mais c’est pas toi qui décide. Du début à la fin, toi tu joues ton rôle. Et ce n’est plus que le second. Si elles ont envie, tu seras peut-être la guest star de leur épopée, quelques saisons et plus si affinités, mais c’est plus toi le héros du film. Et c’est pour ça que les mecs se prennent la tête
Faut se rendre à l’évidence, camarade couillu : on a perdu la guerre. Et on ferait mieux de se rendre et de collaborer. Après tout, c’est quand même plutôt agréable.
Episode 226 |Par Sam | le 22 août 2008 @ 0:27 | dans Pensées parasites, Transports amoureux
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xxx porn (du célibat et de ses effets sur le seske. Ou pas)
[Oui, je bosse mon référencement. Et cherche pas le lien image/texte, y en a pas.]
Tiens, et si je te causais fesses, un peu ? Après tout, c’est l’été joli, il fait beau [si, si, il paraîtrait qu'ailleurs qu'à Paris, dans ce no man's land appelé "Province" qui va jusqu'à la mer, il ferait beau] et c’est typiquement un sujet été, non ?
Donc, pour reprendre une maxime qui m’est chère, même si, pour une fois, elle n’est pas d’Hubert, “du cul du cul du cul”.
Je te sens fébrile, là. Voire impatient. Alors déjà tu vas laisser tes deux mains bien en vue sur ton clavier. Et puis ensuite tu vas te calmer. Parce que je vais pas non plus te faire du récit érotique, hein.
[Lascivement allongée au bord de la piscine, Priscilla sentait une chaleur moite monter de son bas-ventre, sous le mini-bikini, alors qu'elle regardait le torse luisant de sueur de John, le beau jardinier scandinave, qui passait la tondeuse dans le jardin]
Ben non. Sérieux et objectivité, toujours.
En fait, ce long propos liminaire pour te dire qu’en ce moment, je fais un constat : la couplitude est bonne pour le cul [pour le seske, je veux dire. Pour le fessier, hélas, c'est souvent pas terrible, rapport aux petits plats tout ça]. Le célibat, moins [par contre ça fait maigrir].
Je m’explique : célibataire, c’est sympa, tu fais des rencontres d’un soir, tu conquiers (ou pas), tu séduis (ou pas). La nouveauté, la découverte, sont pour toi. Toutes ces femmes [ou ces hommes, ou ces pingouins, tu fais comme tu sens moi je m'en fous] à envoûter, c’est merveilleux.
Certes.
Sauf que c’est pas tous les jours déjà. Enfin pas pour moi, hélas. Mais plutôt tous les mois [et encore... oui, bon ben on fait ce qu'on peut, hein]. Et qu’ensuite, ben c’est souvent pas pour longtemps. Hélas aussi.
Célibataire, tu fais essentiellement dans le premier soir. Merveilleux premier soir. Merveilleux premier bisou, merveilleuses premières caresses, coeur qui bat dans l’escalier, pelotage sur le canapé, etc.
Oui, mais. Mais souvent, lorsque ce moment arrive, il est tard. Parce qu’avant, tu as été boire un verre avec le/la conquête putative. Puis deux verres. Puis encore un ou deux autres pour te donner le courage de te jeter sur l’objet de ton désir. Et que donc non seulement tu es fatigué, mais en plus tu as bu.
Et l’alcool n’est pas ce qu’on fait de mieux en matière d’aphrodisiaque. Surtout chez l’homme, dont le Bambou de Jade a tendance à ne pas demeurer longtemps de Jade. Bref.
Le fait est que le premier soir, faut pas déconner, c’est rarement au top. En plus, tu ne connais quand même pas bien cette personne avec qui tu te retrouves à poil dans un lit, finalement. Donc tu y vas en douceur. Tu explore, tu cherche à savoir ce qui plaît ou pas, tout ça.
Tenter le Torchon Clermontois ou la Brouette de Melun avec un(e) partenaire dont tu ne sais pas orthographier le nom de famille, c’est réservé à une élite de chopeurs désinhibés. Donc tu en restes la plupart du temps à un bon vieux missionnaire de bon aloi, voire une ou deux variantes, mais sans plus.
Ce qui s’avère souvent un peu décevant, finalement.
A mon avis (humble, évidemment), donc, le bon seske demande de la pratique, de l’assiduité et de la régularité. Avec le/la même partenaire, du coup. Parce qu’il faut pas déconner, tu commences à t’amuser au bout de la 2e nuit et à vraiment rigoler au premier dimanche passé sous la couette. Avant d’atteindre les vrais sommets au bout de quelques semaines ou quelques mois.
Conclusion : le célibat, c’est sympa, mais niveau seske, c’est pas top.
Surtout quand tu fais dans l’abstinence comme ton serviteur en ce moment, mais ça c’est une autre affaire.
Et sur ce, je ne résiste pas, après ce billet qui a normalement dû te laisser tout moite comme Priscilla, à te proposer cette petite balade raffinée qui résume un peu le tout.
Chiensecrases, c’est le blog du bon goût.
Episode 214 |Par Sam | le 14 juil 2008 @ 17:38 | dans Pensées parasites, Transports amoureux
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Connard (du perfectionnisme romantique comme tare sociale)
[Mode "post bourré" enclenché, désolé pour la suite d'avance, donc. Et pour l'absence de photo, accessoirement]
Mercredi 9 juillet, vers 13 heures, un resto à touristes boulevard Haussmann.
- Elle : “Alors, et les amours”
- Moi : “Ben…”
- Elle : “Allez, balance”
- Moi : “J’ai passé la moitié de la nuit dernière à chatter avec une fille du boulot”
- Elle : “Et ?”
- Moi: “Et y a carrément moyen”
- Elle : “Ben c’est cool, non ?”
- Moi : “…”
- Elle : “C’est quoi, le problème ? Elle est pas intéressante ?”
- Moi : “C’est pas ça, mais…”
- Elle : “Vas-y, tu nous a trouvé quoi, encore ?”
- Moi : “Non,mais elle est sympa, quoi”
- Elle : “Elle est mignonne ?”
- Moi : “Très”
- Elle : “Ben alors ?”
- Moi : “Ben…”
- Elle : “Elle est pas intéressante ?”
- Moi : “Si, elle joue de la musique, elle dessine, tout ça”
- Elle : “Bon, mais c’est quoi alors ?”
- Moi : “…”
- Elle : “Elle a quel âge ?”
- Moi : “Ben déjà y a ça : elle a 22 ans”
- Elle : “Mais c’est pas un problème, ça”
- Moi : “Non, pas en soi”
- Elle : “Bon, ben alors ?”
- Moi : “je sais pas, ça le fait pas”
- Elle : “mais quoi ? T’es quand même pas possible, toi”
- Moi : “…”
- Elle : “Bon, vas-y, crache le truc”
- Moi : “ben… elle fait quatre fautes d’orthographe par phrase, déjà”
- Elle : “‘tain, t’es un cas, toi”
- Moi : “Non, mais ça, à la limite, bon…”
- Elle : “Ben quoi, alors ?”
- Moi : “Je sais pas, ça le fait pas, quoi”
- Elle : “Mais pourquoi ?”
- Moi : “Parce que je sais que ça le fera pas, je le sais d’avance. Elle est à fond, elle veut un truc sérieux et tout”
- Elle : “Mais toi aussi, t’arrête pas de dire que t’en as marre des plans d’une nuit, que tu veux un truc sérieux”
- Moi : “Je sais”
- Elle : “???”
- Moi : “Mais là non”
- Elle : “Pourquoi ?”
- Moi : “…”
Sur le moment, j’ai pas su quoi dire. Maintenant je sais.
Pourquoi ?
Parce que oui, je crève d’envie de câlins, de bisous, parce que le Bisounours en moi se tord et hurle de manque d’amûûûr. Parce que les plans d’un soir, ça va un temps, mais qu’à force, j’ai envie d’un peu plus qu’une nuit de plaisir volé. Et que oui, là ça m’est offert sur un plateau d’argent,ou pas loin. Mais que non, ça va pas le faire.
Appelle ça la sagesse de l’âge, du fatalisme, une illumination kantienne ou de la connerie prétentieuse, mais je le sais. Je suis même capable de te faire le déroulé de l’histoire en entier, du début à la fin :
Ca va être de la balle, au début. On attaquera par le climax du premier baiser, des premiers câlins. Sentiments qui vont déborder de partout à force de manque et volonté subséquente que - putain de merde - ça marche. Découvertes. Points communs qu’on trouvera bien, à force de les chercher à la loupe.
[Note pour l'ego (NPLE) : Je suis assez fort à ça. Parce que j'aime faire plaisir, qu'une adolescence bien tordue m'a laissé une putain d'empathie rémanente et efficace et que, donc, j'aime l'autre. Toi, par exemple, je t'aime, à priori. Ca te fait une belle jambe, je sais, mais j'y peux rien.]
Ca durera juste le temps que l’enthousiasme retombe. Et, l’expérience aidant, ça ne va pas prendre un an mais quelques semaines. Avant que je me rende compte qu’il n’y a rien à conquérir qui ne le soit déjà, rien à inventer ensemble.
Et puis, passée la première phase, passé le temps de la découverte, du seske joyeux et débridé, des balades, des restos tout ça, la réalité va revenir dans le script. Et creuser son fossé. La différence d’envies, d’intérêts, de passions, de génération, d’attentes, va lézarder la belle construction sentimentale.
Ce sera la phase deux.
La lézarde deviendra brèche, puis faille. Et puis arrivera le moment où je vais faire ma vieille crise de lucidité, et me dire soudain “putain, je fais quoi, là ?”. Où je vais me sentir mal. Vraiment,méchamment mal.
On entrera dans la troisième phase, celle de l’euthanasie.
J’aurai qu’un but : tenter d’en finir, de préférence sans douleur. Avec une fille qui sera sans doute relativement enthousiaste et qui ne va, donc, pas comprendre. Et donc ramasser.
Et je vais délayer par peur de lui faire trop de mal, parce que j’aime pas faire mal, vraiment pas. Et du coup ça va être alambiqué. Voire tortueux. Voire un peu lâche, disons-le, nom d’une couille [spéciale dédicace]. Et triste. Et glauque. Et long.
Et que, donc, non.C’est pas ça que je veux. Pas d’une comédie dramatique prévisible comme un mauvais téléfilm.
Je veux être surpris, remué, interloqué, impressionné, épaté, envieux. J’ai envie de conquérir, d’improviser. Et pas de réciter une mauvaise partition apprise par coeur. Ni encore moins me dire que c’est mieux que rien, que c’est déjà ça.
Antigone de bac à sable, tu as carrément raison.
Voire connard, un peu.
[Fin du mode "post bourré. Désolé.]
Episode 211 |Par Sam | le 11 juil 2008 @ 2:02 | dans Quotidiennes, Transports amoureux
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Voir Grenoble et mourir
Je l’appréhendais un peu, ce séjour. Même s’il était calé depuis un moment.
J’avais fait l’autruche, le vieux baroudeur blasé. Alors que je savais que ce serait pas si simple.
Il y a des villes qui te parlent, des villes qui t’interpellent, des villes avec une énergie, une atmosphère particulière.
Il y a des villes que tu détestes presque physiquement, qui ne te filent qu’une seule envie, celle d’en partir le plus rapidement possible.
Et puis il y a des villes qui sont à toi, pour toi. Des villes où tu es chez toi.
Moi, c’est Grenoble.
Depuis tout petit, alors que je n’y habitais pas encore. Et toujours maintenant. Faut dire que j’y ai passé quelque chose comme sept années, essentiellement estudiantines. Et que j’y ai donc vécu tout un tas de premières fois, d’expériences, de triomphes, de revers, de rencontres, de découvertes, de magie, tout ça. Avec des montagnes en décor.
C’est pas pour rien que j’y étais pas retourné depuis que je l’ai quitté il y a deux ans pour les joies de la capitale. Dans le TGV, j’avais des remords, de l’appréhension qui montaient. Comme si je partais revoir une vieille ex.
A peine sorti de la gare, dimanche soir, ça n’a pas loupé : j’ai eu l’impression de rentrer chez moi. En marchant vers le centre-ville, c’était tout juste si je cherchais pas la clé de mon dernier appartement de l’époque.
J’ai quand même fini par lever la tête vers les ombres des montagnes,qu’on devinait partout autour, silencieuses et monumentales. Et, comme un boomerang en fonte massive qui arriverait avec deux ans de vélocité, tout un passif m’est revenu dans la tronche.
Arrivé sur le cours Jean Jaurès, l’émotion devenait presque palpable. Au moins autant que la chaleur moite qui envahit cette putain de cuvette chaque été.
Il n’y aurait pas eu cette voiture pleine de supporters espagnols en pleine célébration de victoire qui a manqué de m’écraser, je suis certain que j’en aurais eu les yeux qui piquaient. Chaque rue, chaque carrefour, chaque bout de trottoir, c’était un souvenir qui me sautait à la gueule comme un diablotin à ressort.
Heureusement, j’ai retrouvé les vieux potes. Les derniers Mohicans de nos années estudiantines à n’être pas encore partis pour d’autres cieux [Pour quelques mois, puisque tous deux se sont débrouillés pour devenir fonctionnaires en même temps et vont s'en aller vers leurs affectations respectives glander avec nos impôts, je ne vous félicite pas, messieurs].
Là non plus, ça n’a pas loupé : cinq minutes et une bière ont suffi pour qu’on se remette à causer comme si on c’était vus la veille. Ce qu’on a fait, jusqu’à point d’heure, dans un coin un peu magique où j’allais parfois, au bord de l’Isère. [Qui, ce soir-là, était saupoudrée de brume, regarde donc en haut à gauche du post la jolie photo que j'ai fait].
On a refait le monde au houblon, cette nuit et les trois qui ont suivi. Et pendant qu’on discutait, moi je me collais de la montagne et du paysage urbain en forme de madeleine plein les mirettes Autant te dire que j’ai pas dormi des masses.
Pour ajouter au côté Fréquenstar de la chose, je me suis également retrouve dans mon ancienne école de journalimsme, mais cette fois en position de héros glorieux, revenu de la capitale auréolé d’une carte de presse et d’un poste plutôt classe. Inversion des rôles, limite conte initiatique.
C’est peut-être là que ça c’est joué. Que la parenthèse s’est refermée. Que j’ai dit au revoir à Grenoble, aux montagnes et à ces années, et rebonjour à Paris, à mon job, à ma vie. Ma vie ici. Ma vie maintenant.
Une bien belle vie, tout bien considéré.Presque celle à laquelle je rêvais alors, au pied des montagnes. Il a fallu que j’y retourne pour m’en rendre compte.
Hier, je suis remonté dans le TGV pour repartir vers Paris [où il flottait, évidemment, et où il faisait facile 15°C de moins], sans regrets. Ni tristesse, ni nostalgie.
Deux ans après, j’avais dit au revoir.
Il était temps.
Episode 206 |Par Sam | le 4 juil 2008 @ 1:46 | dans J'ai testé pour vous, Journal d'une rupture, Photos, Quotidiennes, Transports amoureux
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Transport amoureux numéro 13
[Trois fois que je le retente, celui-ci. Soit j'ai épuisé le genre, soit il me reste des séquelles. Il faut dire que c'est le premier un peu sérieux]
Nous étions en 1995, en première. On était dans la même classe, et surtout dans les mêmes cercles.
Dans mon lycée existait une ségrégation socio-spatiale immplicite entre les “baba-cools” et les “normaux”. Un distinguo vestimentaire, certes, mais pas que.
En gros, d’un côté on avait les “de souche”, jogging, baskets, football et boîtes de nuit. Et de l’autre les “fils de hippies venus s’installer là dans les joyeuses années 70″, pétards, concerts, fringues approximatives et marginalisme.
Evidemment, j’étais chez les seconds. Elle aussi.
Et là, on a un problème : j’ai beau me creuser la tête dans tous les sens, j’avoue ne pas avoir souvenance de la rencontre. Ni du premier bisou. Une vague réminiscence de patins d’après-classe, mais pas plus. Ce moment a disparu de ma mémoire. Étrangement.
Toujours est-il qu’à un moment, à la fin de l’automne, on était ensemble. Et comme on était en première, ça devenait soudain du sérieux. Du lourd. Du violent.
On s’attendait à l’entrée du lycée, tout pareil qu’avant, mais pas pareil non plus. Pas mal d’autres éléments avaient surgi. Déjà, on se parlait et tout. On se racontait les immenses sagas de nos longues vies (quinze ans, à quinze ans, c’est long), on se faisait rire, bref, on communiquait. Et surtout, on avait reculé la frontière et les bisous n’étaient plus le seul truc qu’on pouvait faire avec sa copine.
Elle était interne. Fille de maire d’un bled perdu loin là-haut, sur la montagne. De maire un peu taré. Bien que soixante-huitard de pointe, il refusait mordicus que sa fille chérie passe une seule nuit hors des chastes barrières de l’internat ou du domicile familial.
Autant te dire que ça ne nous a pas simplifié la vie.
Pour compenser, je poursuivais mon exploration de la puissance du texte, à coups de lettres enflammées bi ou tri-hebdomadaires, que je lui remettais solennellement, de préférence au début d’un cours.
Car non, nous n’étions pas non plus assis à côté. On avait réfléchi très sérieusement à la question avant d’en conclure que ce n’était peut-être pas le meilleur moyen d’équilibrer notre couple.
Car, à 15 ans, au-delà de trois mois, tu es déjà dans la couplitude. Et ça te fait grave kiffer.
Un truc dont je me rappelle, en revanche, c’est le “je t’aime” que j’ai fini par lui coasser piteusement à l’oreille, un vendredi soir, au moment où elle montait dans son car et repartait vers son papa.
Première fois que je prononçais ces mots sacrés. Petit con overdosé de romans, j’attribuais à ces huit signes un pouvoir kabbalistique. Les lâcher me paraissait à la limite de l’acte religieux.
Elle a répondu “je t’aime aussi”.
C’était bon. Dans tous les sens du terme.
Soudain, j’aimais. L’intensité du propos de mes missives s’en est trouvé tout dopé. D’autant que j’atteignais une sorte de climax total en matière de glauque domestique, qui m’incitait encore plus à m’accrocher à cette histoire comme une moule à un gisant.
Je l’ai littéralement agonie de serments, descriptions et autres baromètres de ma torride passion. En prose, mais tout de même. Et elle n’y était pas indifférente, pour le moins.
Mais il nous restait à transformer l’essai. Ce qui eusse pu s’avérer simple, si elle avait pu sortir les weekends. Mais l’oukaze paternel régnait.
De fait, on était bloqués dans l’amour courtois. Que je ne concevais que comme intense, noble, au-dessus des contingences matérielles et raffiné. En clair, pas moyen d’aller batifoler dans les toilettes des filles, c’eut été trahir London, Cavanna, Anhouilh, Djian, Tolkien, Duras, Herbert et tous ces auteurs dont je révérais l’esthétique.
Un soir, elle a pu négocier une permission de minuit pour une soirée. Alcool aidant, on s’est un tantinet pelotés. Voire un peu plus. Avant qu’Über-papa ne vienne la ramener au donjon. J’en ai conservé une érection durant 48 bonnes heures.
Et, au bout de six mois, soit une éternité, notre union restait chaste, hélas.
Et, même semi-people du bled à force de faire le con sur la radio locale, j’étais trop timide pour taxer quelques heures l’appartement d’un pote et profiter d’un cours annulé.
Ce qui, tu t’en doutes, a fini par déboucher sur un drame.
En l’occurence, je suis parti quinze jours. Faire - grâce à ma grand-mère prof d’anglais, que je ne remercierai jamais assez, de ça et d’un tas d’autres choses - un voyage dans la pure tradition de l’initiatique. Chez les indiens navajos, au fin fond du Nouveau-Mexique. Je pourrais t’en parler des chapitres entiers, tellement ce fut énorme. Ce sera pour un autre post.
Toujours est-il que même là-bas, elle demeurait ma Beatrix. Toujours est-il qu’un certain soir, alors qu’on contemplait les étoiles qui se levaient au-dessus de Monument Valley dans un silence absolu, je lui ai dédié cet instant de total émerveillement.
Sauf que.
Sauf que mes lettres ont mis quinze jours à lui parvenir.
Sauf que pendant ce temps, dans son bled, il y a eu une fête. Et qu’un mec lui a mis le grappin dessus. Avec des arguments plus charnels et immédiats que mes moiteurs toutes réthoriques.
Ce qu’elle m’a avoué le jour de mon retour.
Première rupture [ami psychologue, fais-toi plaisir]. Premiers chagrins.
J’ai passé le bac français en transe. Malheureux comme les pierres, enragé comme un diable de Tazmanie constipé.
[Pour la petite histoire et mon égo, j'ai eu 16,5 de moyenne]
Et j’ai trouvé une autre fille sur qui fixer mes transports.







