Bal tragique quai de Valmy
[Comme un con, j'ai pas pris mon appareil. Donc je te mets une photo qui n'est pas de moi à la place. Pour les crédits, tu cliques]
J’ai fini par y goûter, au bal de pompiers. Traîné hors de chez moi par une amie que je ne vois pas assez souvent, pour aller, à 500 m de là, goûter aux charmes populaires de la guinche organisée par les soldats du feu du Xe arrondissement sur les bords du canal.
Enfin, quand je dis populaire… Il faut savoir, ami provincial qui me lit, que, si Paris est en pleine boboïsation, le Xe arrondissement est un genre de laboratoire du phénomène. L’eldorado, la Jérusalem Terrestre du bobo.
Par exemple, au baluche de pinpons du Xe, tu picoles pas de la bière tiède comme ailleurs. Non. Là, les vaillants pompiers de Paris ont installé rien moins qu’un bar à champagne au bord de l’eau [j'ai pas vérifié si le champe était bio commerce équitable©, mais ça m'étonnerait pas]. A cinq euros la putain de coupe
[Pour être juste, la bouteille était à 25€, ce qui n'est pas si cher, et incite à la surconsommation, du coup. A mon avis, c'est juste un stratagème basique ourdi par les soldats du feu pour mieux choper, mais on va en reparler].
Et les conversations de l’assistance tournent plutôt autour de l’avenir de la production documentaire avec la réforme de l’audiovisuel public lancée par notre merveilleux président que de la victoire du jour au Tour de France, par exemple..
Niveau peuple, bof, quoi. En même temps, comme disait Hubert Beuve-Méry, le peuple, c’est vulgaire, ça a pas de conversation et ça sent.
Cela étant, c’était rigolo. Déjà, tu sens que c’est un peu LE soir du pinpon. Il faut dire qu’à Paris, il est militaire de carrière, à la base. Et que donc il rigole pas tous les jours. Mais le 14 juillet, c’est sa fête. Et donc le pinpon se lâche, le pinpon rigole. Et le pinpon emballe comme un gros sale. A fond de chez fond. On est restés un peu plus d’une heure, on en a vu au moins quatre partir au bras d’une jolie Parisienne.
Le fantasme de l’uniforme, ça reste une valeur sure.
Et puis les pinpons nous ont aussi fait un petit spectacle. Déjà, au milieu de l’eau, il y avait une espèce de geyser artificiel qui jaillissait sporadiquement. Et puis sur la berge d’en face, ils ont fait arriver un camion rouge, sirènes hurlantes et muni de l’incontournable grande échelle. Qui s’est déployée alors que trois vrais-faux feux prenaient dans des bidons disposés au bord de l’eau.
Turgescente, limite, l’échelle. Avec un petit pompier qui grimpait dessus comme un spermatozoïde décidé à faire profiter le monde de son capital génétique. Après, une lance à incendie a craché sa purée sur les mini-incendies. Et les fusées des feux d’artifice sont venus colorer la chose de oh la belle rouge et autres projectiles sifflants. Genre 14 juillet, quoi. Ou orgasme, pour reprendre le débat entamé plus bas.
[Je précise que la métaphore sexuelle de l'ensemble m'a été soufflée par l'amie avec qui je me trouvais. Qu'on vienne pas dire que je pense QU'à ça non plus]
On a bu nos coupes, discuté boutique. J’ai vaguement glissé une oeillade ou deux aux autres filles de l’assistance, parce que ça reste agréable.
Et je me suis rentré.
En essayant de ne pas trop penser à mon précédent 14 juillet. Celui où j’avais acheté un collier magnifique à Mlle ex, que je lui avais offert en même temps qu’une lettre d’amûûr transie qui la demandait peu ou prou en fiançailles (chez nous les bobos, on appelle ça un PACS). Et où elle avait dit oui.
Pff. Ca paraît loin, tout ça.
Un autre type, dans une autre vie, qui a aimé une fille de toutes ses forces. Il y a longtemps.
Je te dirais pas que ça me manque pas. Ni que j’y repense pas.
Je te dis pas que ça se reproduira pas, non plus. J’espère bien que si. Mais ce sera plus pareil.
Parce que ce ne sera plus jamais une première fois.
[On arrive à rupture plus un an, là. Alors faut t'attendre à quelques autres remarques de ce genre.]
Episode 215 |Par Sam | le 15 juil 2008 @ 2:00 | dans Journal d'une rupture, Quotidiennes
• 2 commentaires »
Voir Grenoble et mourir
Je l’appréhendais un peu, ce séjour. Même s’il était calé depuis un moment.
J’avais fait l’autruche, le vieux baroudeur blasé. Alors que je savais que ce serait pas si simple.
Il y a des villes qui te parlent, des villes qui t’interpellent, des villes avec une énergie, une atmosphère particulière.
Il y a des villes que tu détestes presque physiquement, qui ne te filent qu’une seule envie, celle d’en partir le plus rapidement possible.
Et puis il y a des villes qui sont à toi, pour toi. Des villes où tu es chez toi.
Moi, c’est Grenoble.
Depuis tout petit, alors que je n’y habitais pas encore. Et toujours maintenant. Faut dire que j’y ai passé quelque chose comme sept années, essentiellement estudiantines. Et que j’y ai donc vécu tout un tas de premières fois, d’expériences, de triomphes, de revers, de rencontres, de découvertes, de magie, tout ça. Avec des montagnes en décor.
C’est pas pour rien que j’y étais pas retourné depuis que je l’ai quitté il y a deux ans pour les joies de la capitale. Dans le TGV, j’avais des remords, de l’appréhension qui montaient. Comme si je partais revoir une vieille ex.
A peine sorti de la gare, dimanche soir, ça n’a pas loupé : j’ai eu l’impression de rentrer chez moi. En marchant vers le centre-ville, c’était tout juste si je cherchais pas la clé de mon dernier appartement de l’époque.
J’ai quand même fini par lever la tête vers les ombres des montagnes,qu’on devinait partout autour, silencieuses et monumentales. Et, comme un boomerang en fonte massive qui arriverait avec deux ans de vélocité, tout un passif m’est revenu dans la tronche.
Arrivé sur le cours Jean Jaurès, l’émotion devenait presque palpable. Au moins autant que la chaleur moite qui envahit cette putain de cuvette chaque été.
Il n’y aurait pas eu cette voiture pleine de supporters espagnols en pleine célébration de victoire qui a manqué de m’écraser, je suis certain que j’en aurais eu les yeux qui piquaient. Chaque rue, chaque carrefour, chaque bout de trottoir, c’était un souvenir qui me sautait à la gueule comme un diablotin à ressort.
Heureusement, j’ai retrouvé les vieux potes. Les derniers Mohicans de nos années estudiantines à n’être pas encore partis pour d’autres cieux [Pour quelques mois, puisque tous deux se sont débrouillés pour devenir fonctionnaires en même temps et vont s'en aller vers leurs affectations respectives glander avec nos impôts, je ne vous félicite pas, messieurs].
Là non plus, ça n’a pas loupé : cinq minutes et une bière ont suffi pour qu’on se remette à causer comme si on c’était vus la veille. Ce qu’on a fait, jusqu’à point d’heure, dans un coin un peu magique où j’allais parfois, au bord de l’Isère. [Qui, ce soir-là, était saupoudrée de brume, regarde donc en haut à gauche du post la jolie photo que j'ai fait].
On a refait le monde au houblon, cette nuit et les trois qui ont suivi. Et pendant qu’on discutait, moi je me collais de la montagne et du paysage urbain en forme de madeleine plein les mirettes Autant te dire que j’ai pas dormi des masses.
Pour ajouter au côté Fréquenstar de la chose, je me suis également retrouve dans mon ancienne école de journalimsme, mais cette fois en position de héros glorieux, revenu de la capitale auréolé d’une carte de presse et d’un poste plutôt classe. Inversion des rôles, limite conte initiatique.
C’est peut-être là que ça c’est joué. Que la parenthèse s’est refermée. Que j’ai dit au revoir à Grenoble, aux montagnes et à ces années, et rebonjour à Paris, à mon job, à ma vie. Ma vie ici. Ma vie maintenant.
Une bien belle vie, tout bien considéré.Presque celle à laquelle je rêvais alors, au pied des montagnes. Il a fallu que j’y retourne pour m’en rendre compte.
Hier, je suis remonté dans le TGV pour repartir vers Paris [où il flottait, évidemment, et où il faisait facile 15°C de moins], sans regrets. Ni tristesse, ni nostalgie.
Deux ans après, j’avais dit au revoir.
Il était temps.
Episode 206 |Par Sam | le 4 juil 2008 @ 1:46 | dans J'ai testé pour vous, Journal d'une rupture, Photos, Quotidiennes, Transports amoureux
• 8 commentaires »
Théorème d’incomplétude
[Attention, c'est long. Et un peu chiant. A se demander pourquoi je le publie. On va dire que ça pose un acte. Et que ça me fait du bien]
Princesses.
Depuis que je suis petit, je rêve de princesses. Et me rêve en prince, charmant, évidemment. Faudrait jamais laisser un gamin se former à la vie à coups de romans.
A quelque chose comme 12 ans et demi, j’ai voué ma vie à la Queste ultime, la seule qui vaille, la seule que racontaient les livres : celle de la princesse. De ma princesse.
Une princesse idéale, que j’investissais de tout ce qui me manquait d’affection, d’amour, de confiance, de rêves. Une princesse thaumaturge, qui saurait guérir mes plaies, ouvertes ou secrètes.
Une princesse sur laquelle je transais littéralement, le soir, en fumant en cachette à la fenêtre.
J’en ai eu plusieurs, en vrai, des princesses. Elles le devenaient à chaque fois, qu’elles le soient ou non, qu’elles le veuillent ou non.Elles étaient mes Dames, mes Aimées, mes Amours éternels et uniques, je leur donnais mon âme, ma vie, sans hésiter. Et même plutôt deux fois qu’une. Je ne leur laissais pas le choix, de toute façon.
Super cadeau.
Que je finissais toujours par récupérer, plus ou moins abîmé, à chaque fois que les princesses se lassaient, à chaque fois que je m’apercevais que non, mon yin ne s’emboîtait pas parfaitement avec leur yang, et que cette découverte me laissait sur le carreau de tant d’injustice.
Je pleurais un temps, au vent mauvais cette tragédie : non, il n’était pas possible de se fondre en elles pour y disparaître et trouver enfin cette vie vraie qui m’attendait forcément quelque part, ailleurs.
Après, je remontais sur mon cheval d’orgueil et repartais, les yeux déjà collés au ciel brumeux d’un novembre forcément gris et romantique, dans l’espérance que la prochaine, oh oui, serait la bonne. Serait cette autre avec laquelle enfin, je deviendrais entier.
[Je t'avais prévenu: c'est long]
Longtemps, c’était juste du romantisme mal placé. Une sale manie, une de plus. J’avais aussi plein d’autres choses en tête et des années estudiantines à savourer comme il se doit.
Et soudain, il y a eu la bonne, ou supposée telle. Celle qui, enfin, croyait autant que moi à cette fusion impossible. La première qui prenait mes serments au sérieux. Et me les rendait. Et scellait ce pacte d’amour total et éternel auquel je rêvais depuis les tréfonds de mon adolescence la plus boutonneuse.
Au début, c’était tellement énorme que j’en revenais pas.
Et puis le tableau a commencé à s’écailler un poil, rongé par le réel. Mais on s’est armés de courage et on a continué à pousser, à se contorsionner pour arriver à se fondre l’un dans l’autre et qu’enfin, enfin, ça devienne parfait.
On voulait tellement y croire. On attendait ce moment où on vivrait enfin ensemble à plein temps comme la porte vers un univers nouveau, vers un monde d’harmonie et de maturité.
Sauf que ça n’a pas marché. Je te refais pas le film. Ca n’a pas marché parce que ça ne marche jamais. Parce que la fusion totale et entière, toi et moi les yeux dans les yeux pour l’éternité, ça ne peut pas marcher.
J’ai mis près d’un an à le comprendre. A l’accepter. Le bilan et sa perspective : si ça n’a pas fonctionné cette fois, tu peux toujours réessayer, mais ça risque très fort de donner le même résultat.
J’ai réessayé, je suis têtu.
Ca a donné le même résultat. En accéléré.
Sauf que c’était la fois de trop.
J’ai garé le canasson, posé le fanion et l’épée dans un coin, enlevé le haume. J’ai fait une pose dans la Queste. J’ai réfléchi, genre. Limite l’acte impie.
Et je crois que j’ai compris. Un tas de trucs :
- Qu’il n’y a le temps que pour une épopée, dans une vie : la tienne. Que c’est de celle-là qu’il faut t’occuper en priorité. Parce que c’est elle qui conditionne le reste, tout le reste.
- Que si vraiment tu veux vivre pour l’Autre, autant directement entrer en religion et laisser libre cours à tes extases mystiques. Parce qu’on ne vit jamais entièrement pour quelqu’un, mais qu’à force de tenter de s’en convaincre, on finit surtout par ne plus vivre du tout.
- Que l’existence est remplie d’altérités et de contingences sur lesquelles tu n’as aucune prise, de choix qui t’impliquent sans t’appartenir, et qu’il ne sert à rien de tout arrêter en attendant la décision, parce qu’elle ne changera pas d’un iota pour autant.
- Et donc que mieux vaut essayer d’être bien tout seul, déjà. Parce que c’est plus qu’un début pour tenter de l’être à deux : c’est un pré-requis.
Depuis quelques semaines, j’ai arrêté la Queste. Celle-là, du moins. Je me lance sur d’autres. Les miennes.
Depuis quelques semaines, je profite de ce que j’ai, de ce qu’on m’offre, de ce que je peux prendre. Sans attendre de princesse pour me prendre par la main. En comptant sur moi. Et en essayant de faire en sorte de me faire confiance.
Et tu sais quoi ? C’est pas mal du tout. Je suis bien, J’ai 28 ans, un job qui tue, un projet que aussi, des vacances à planifier, suffisemment de sous pour ne pas trop m’en faire et envie de tas de choses pour moi.
Juste pour moi.
Et ça, c’est un peu la révolution.
Même si on ne se refait pas, pas totalement.
Même si ce soir, par exemple, j’ai une putain d’envie de câlins.
Et même pas de seske.
Juste besoin de tendresse, de bisous et de caresses.
Un besoin lancinant. Heureusement tempéré par la fatigue.
En guise de conclusion, j’ai aussi commencé à intégrer que le manque de sommeil, c’est sympa, mais brièvement. Donc je te fais mes excuses pour la longueur et le propos de cette note aussi bassement autocentrée qu’impudique, mais c’est la fatigue, et te dis bonne nuit. Je te la souhaite reposante et pleine de rêves.
[Ah, et un dernier pour la route : par souci d'apporter un peu de culture à ce déballage, si tu veux enfin savoir toute la magie du théorème d'incomplétude de Gödel et ainsi ne pas avoir totalement l'impression de t'être fait flouer, tu cliques là.]
Episode 197 |Par Sam | le 10 juin 2008 @ 23:02 | dans Journal d'une rupture, Pensées parasites
• 5 commentaires »
C’est quand, qu’il fait beau ?
Un resto près des Champs-Elysées, ce midi.
- “En fait, tes meilleures notes, tu les écris quand tu es malheureux. Le reste, ça se lit, mais sans plus”, qu’elle me dit. Gentiment.
- “Tu as raison”, que j’ai répondu. Parce qu’elle avait raison.
Parce que j’ai une telle capacité à trouver de la beauté dans le triste que je dois finir par le chercher. Syndrome du Caliméro, pancarte “consolez-moi” pendue au cou. En plus, désormais et pour trois longues semaines, je boîte. A se demander si c’est pas fait exprès.
A midi, j’avais un t-shirt avec un chat noir dessus, une gueule de déterré et une attelle à la cheville gauche. Et j’ai nettement senti que j’atteignais une sorte de point bas dans la spirale de la loose, de paroxysme dans le pathétique. Et pour tout te dire, ça m’a gonflé.
Et pour tout te dire, j’en ai un peu ma claque de visiter le fond boueux de la piscine. Pour tout te dire, j’en peux plus des deuils amoureux, des actes manqués et des procrastinations érigées en mode de vie. Pour tout te dire, je voudrais arrêter, passer à autre chose. Infiniment plus facile à taper qu’à faire, tu dis ? Tu as raison, tu ne sais même pas comment.
Ca fait huit mois que j’essaye. Avec des fortunes diverses. Des impulsions opportunes, des moments de grâce absolue ou tout est simple, où tout est facile. Ou tout est bien, juste. Et des plantages en flamme. Et tous ces moments où rien ne l’est, où tout se complique, où y a plus de grâce juste une angoisse froide et collante qui coule et s’instille partout.
Putain d’amplitude sentimentale, putain de montagnes russes. Un jour, quelqu’un m’a dit : “tu as une autoroute devant toi, pourquoi tu t’obstines à avancer dans le fossé, en te prenant dans tous les buissons qui passent ?” Putain de métaphore à deux balles. Comme celle du miroir réciproque, ciment de la couplitude dont je me suis tellement foutu, alors que j’en ai jamais autant eu besoin.
Aux urgences, hier, on m’a demandé s’il y avait une personne à prévenir au cas où je revienne un jour avec trois balles dans le corps ou encastré dans pare-brise. Et à part ma soeur, sur Paris, il n’y avait personne.
Et je crois juste que je suis pas guéri de ça. Toujours pas.
Et ça fait chier.
Episode 28 |Par Sam | le 14 avr 2008 @ 21:22 | dans Journal d'une rupture
• commentaires »
Life strikes back
[Un post qui sera, si Dieu et d'autres facteurs du même genre le veulent bien, l'épitaphe de cette rubrique]
Quand tu as dormi trois heures par intermittence et que tu n’est même pas fatigué,
Quand dehors il fait 0°C et un vent glacial, mais que tu n’as même pas froid,
Quand dans la rue, tu regarde le ciel en faisant des clins d’oeil à ton ange gardien,
Quand, avec de la musique dans tes oreilles, tu as vraiment l’impression d’être dans un clip,
Quand tu arbores depuis le début de la matinée un sourire passablement niais, qui fait marrer tes collègues qui ne comprennent pas pourquoi,
Quand tu as une boule de chaleur dans la poitrine, plus d’apétit et l’envie de sauter partout,
Quand tu t’apprêtes à résilier ton abonnement à Meetic sans jamais avoir envoyé un seul mail à une Meetic-girl,
Quand tu as passé six heures d’affilée la nuit précédente à discuter sur MSN avec quelqu’un que tu n’as jamais vu en vrai, et que ça t’a permis de dire des choses que tu n’aurais jamais osé dire en étant face à elle,
Quand tu as l’impression de la connaître mieux que beaucoup de gens que tu croises tous les jours,
Quand tu as l’impression de vivre un truc que tu avais écrit il y a trois mois de ça, avant que tu comprenne que romancier, c’est un métier,
Quand c’est ton blog qui t’a permis tout ça,
Quand ça fait marrer certains de tes lecteurs,
Quand tu ne sais pas où tu vas, mais que tu y vas, et que c’est déjà énorme,
Alors mon fils,
c’est que la vie a décidé de revenir te faire coucou.
Episode 103 |Par Sam | le 31 jan 2008 @ 18:30 | dans Journal d'une rupture
• commentaires »
MP3, Quai de Jemmapes
[La fameuse note sur divertissonsnous.com demain, là j'ai plus la force. Sinon, ami provincial, clique donc sur la carte pour comprendre ce que je raconte. Et pour écouter les chansons en même temps que tu lis, ben tu fais un clic droit si tu es sous Windows et un pomme-clic si tu es sous Mac (si tu es sous Linux, normalement, tu sais faire). Et après tu mets : ouvrir le lien dans un nouvel onglet/une nouvelle fenêtre, suivant ton navigateur.]
Hésitant à prendre un vélib, j’ai finalement choisi la voie du piéton.
C’est ainsi que, parti de Bastille, j’ai remonté le canal Saint-Martin, les yeux dans les reflets des lumières dans l’eau noire, souriant bêtement de ces retrouvailles même plus bloguées [merci madame], un peu comme j’aurais remonté le fil de ma vie parisienne.
Rue Faubourg du Temple, j’écoutais Pyramid Song en croisant jeunes ados à jeans slim et appareils dentaires, couples enlacés et zonards à canettes. Mon ancien quartier, dans une autre vie, il y a longtemps. Finalement plus triste que celle-ci.
Avenue Richerand, je passais pour un con en chantonnant mes crimes : le châtiment devant des étudiants posés sur un banc , et je n’en avais rien à foutre. Les yeux au ciel, je me rappelais le petit appartement qu’occupait, dans une autre vie, plus adolescente et plus lointaine encore, ma meilleure amie du lycée, dont j’étais évidemment amoureux, sans jamais lui avoir avoué.
Rue Bichat, deux gamins se bécotaient, et une voiture de SOS Médecins avait allumé son gyrophare. J’ai eu le temps de voir le conducteur s’avaler une grande goulée de bière à la bouteille avant qu’il ne disparaisse au loin, vers un patient certainement. Paris, la ville ou même les médecins sont alcooliques. En son honneur, je me suis passé Exit Music (for a film), la chanson la plus glauque du monde.
Les yeux au ciel, les oreilles aussi, j’écoutais Hallelujah, version John Cale, en arrivant rue de la Grange aux Belles, où skataient mollement quelques skateux en plein âge ingrat. On s’était perdus par là, en arrivant avec Elle, le camion bourré raz-la-gueule de meubles ikéa et de cartons, dans une autre vie, plus récente et finalement moins riche que celle-ci.
Devant la rue de l’hôpital Saint-Louis, une madame fort jolie tenait fiérement un pack de six rouleaux de papier toilette monoprix, saveur pêche je crois. Moi, j’étais passé à Knocked up.
Au niveau des Ecluses Saint-Martin, j’ai ôté mon casque, le temps de filer du feu à un black souriant qui tenait absolument à me faire tirer sur son cigarillo. J’aime pas les cigarillos, même offerts. J’aimais pas la chanson qui tournait à ce moment-là, non plus.
Arrivé rue Louis-Blanc en écoutant The city, the airport, je commençais à avoir faim, et à m’inquiéter des regards un peu trop chaleureux des mamans à poussettes rentrant leur progéniture après un après-midi au parc.
Quai de Valmy, en face, le camp de clodos, devant lequel on passait dans cette autre vie, lors de nos promenades doménicales, devisant de la misère du monde, a disparu. J’y pensais en me faisant mal au son de What’s a girl to do, définitivement hymne officiel de cette rupture.
J’ai fini par tomber sur le métro aérien de Jaurès. Chez moi.
Dans une autre vie, c’était chez nous. Dans une autre vie, plus conformiste que celle-ci. Plus fermée que celle-ci.
Dans une autre vie, que je ne regrette pas. Que je ne regrette plus.
Episode 108 |Par Sam | le 26 jan 2008 @ 22:51 | dans Journal d'une rupture
• commentaires »
Paris by night
[Je poste tard, et dans un état d'ébriété assez avancé, mais je poste joyeux. Alors profite, jusqu'ici, c'est rare.]
Enorme soirée.
Pas en volume, en inensité.
A la base, c’était un simple afterwork de jeudi soir entre jeunes actifs paumés, dans un bar plus ou moins branchouille, quai de Valmy pour les connaisseurs. Au final, ce fut une étape.
Déjà, il y avait ça : mon quart d’heure de gloire bloguesque. Passer de 98 visites à 1255, ça vous déstabilise un Sam, même bien entraîné. Et en y ajoutant les retrouvailles avec d’anciennes connaissances bloguiennes du temps d’avant ou c’était le temps, on tombe carrément dans l’intense. Voire le troublant.
Autant te dire que, sortant du boulot, j’avais un peu envie d’immortaliser ce petit instant, carrément geek et carrément futile sur le plan karmique, mais qui me procurait, j’avoue, un sentiment d’exceptionnalité agréablement rafraichissant après quelques mois de mornitude morne.
Chargé comme j’étais d’émotions diverses, il fallait que je me vide.
D’où ma joie à l’idée de ne pas me taper une soirée seul devant un clavier, pour une fois. Pour tout te dire, j’avais improvisé un genre d’apéro sans prétentions, et surtout l’avant-veille. Ce qui, pour tout parisien qui se respecte, est assimilable à une insulte, puisqu’on insinue sournoisement qu’il pourrait ne rien avoir de prévu à cette date.
Mais ça avait fonctionné, et j’avais quelques volontaires.
Et me voilà à 20h15, quai de Jemmapes, devant l’eau cradingue du canal, au téléphone avec un vieux et grand pote breton, en attendant les autres. Qui sont déjà à l’intérieur, ce dont je m’apercevrais une fois à l’intérieur.
Je les retouve. Et là, je benne. Mon trop plein d’émotions.
Et là, je tombe amoureux. D’une jolie petite brune. Qui s’en va, hélas, très vite. Mais à qui je file mon numéro. Ce qui est déjà un pas énorme, je ne sais pas si tu te rend bien compte. Même si je me contente de mettre la balle dans son camp, comme on dit chez les journalistes sportifs.
Tant pis. Il me reste de l’énergie. Du coup, je finis la soirée avec classe. A discuter musique, DRM et propriété artistique. En buvant des bières. En déconnant. Et dans la joie.
[Même si j'ai appris que The Tellers était Belge, et que le chanteur était un homme. Moi qui m'imaginait une jeune songwrtieuse newyorkaise sexy, j'étais tout dégoûté.]
Bref, plus d’intensité en quatre heures qu’en six mois.
Episode 110 |Par Sam | le 25 jan 2008 @ 2:35 | dans Journal d'une rupture
• commentaires »
Retour au triste
[ce qu'on peut écrire comme conneries, des fois... En fait, je viens de me relire et je trouve ça pas terrible. Voire carrément nul. D'où : je me rattrape. Ou j'aggrave mon cas, c'est selon.En tous cas, je te la fais courte]
Une plombe et demie du mat’, et toujours devant un écran.
La vie est ailleurs, qu’il disait.
Ouaip, mon con : la mienne, elle est même nulle part. Mais disponible partout. Livrée directement de mon cerveau au monde, via mes doigts sur un clavier.
Vie digitale, vie racontée. Binarisée, condensée en paquets de zéros et de uns qui vibrionnent dans des tuyaux jusqu’à atterrir en pixels sur ton écran, pour coloniser ton nerf optique et atteindre ton cerveau. Et même d’autres endroits plus immatériels de ton être, si j’y parviens du moins.
Geek, je suis. Ergo : je partage. Et me soulage. Et entretiens l’illusion qu’une vie existe bien, ailleurs. Et capture des petits bouts d’instants dans ces posts, qui sont autant de pierres dans mon jardin dévasté.
Et les jours passent, et le manque d’elle se fait manque tout court, à mesure que je réalise à quel point elle n’avait d’exceptionnel que le fait de m’aimer. Et le manque d’elle devient manque de sens, au carré. Au cube : Manque d’amour. Manque de seske. Manque de présence. Manque de but.
Oui, mais voilà : Couillon de romantique transi, le seske sans amour, je sais pas faire. Abruti de solitaire, la présence, je ne la vois qu’en détourage, lorsqu’elle n’est plus là pour m’emmerder alors que je voudrais juste être tanquille. Quant à l’assurance… disons que je gère. Disons que je sais user de la timidité comme d’une arme.
Reste un but à trouver. Qui ne soit pas seulement de la remplacer par la prochaine qui m’aura choisi.
Alors, quoi ?
Ecrire ce putain de livre serait un bon début.
Choisir la prochaine plutôt qu’elle me choisisse serait mieux encore.
Episode 112 |Par Sam | le 24 jan 2008 @ 3:25 | dans Journal d'une rupture
• commentaires »
Regarder ensemble dans la même direction
[Eh oui, c'est ça aussi, le célibat 2.0. Quand le mâle rentre bredouille de soirée, il te le raconte en direct sur son blog.]
[Tiens, c'est samedi, je te mets de la musique un peu tendance.]
J’ai tendance, et ça va en s’amplifiant, à ne plus pouvoir encadrer les couples épanouis. Ca m’énerve, un truc de fou.
Le problème, c’est que l’âge traçant son sillon inexorable, saloperie, ben dans mon entourage, j’ai un peu que ça, ou presque. [le "presque", c'est mon pote Djay le no-life total, scotché sur World of Warcraft, qui de toute façon n'a jamais eu ni la maturité, ni l'envie de se macquer un tant soit peu]
Prends ce week-end, par exemple. Hier soir, j’ai passé la soirée chez mon cousin et sa copine, que j’adore tous les deux. Ils sont jeunes, plus que moi, et tout heureux d’apprendre à vivre ensemble, que s’en est tout mignon kawaï. Du coup je me suis mis une race, comme on dit chez les marins-pêcheurs de Boulogne-sur-mer. A en rater totalement la copine célibataire venue en fin de soirée, tant j’avais du mal à aligner trois pensées cohérentes.
Syndrome du vendredi soir, spirale de la loose, ce que tu voudras. Et mal de crâne king size le lendemain. Putain de sillon.
Ce soir, c’était soirée chez un couple d’amis un peu plus âgés que moi, genre trentaine débutante [vingtaine finissante, comme votre serviteur, ce qui est d'autant plus cruel. Merci, lectrice]. Adorables, aussi, dans un autre style. Soirée couples, évidemment. Tous sauf moi, ou presque.
C’est infernal, ces couples épanouis. Indécent, presque. Leurs appartements meublés, avec goût, évidemment, qui respirent l’harmonie des petits bonheurs partagés à deux, leurs photos affichées qui puent l’histoire commune, leurs petites anecdotes d’un quotidien forcément tendre et riche, en tous cas plus que ton café-clope-toux-caca du matin devant Netvibes, avec France Info en guise de compagnie sonore.Pour le célibataire non épanoui lambda, c’est l’équivalent d’une vitrine d’éclairs au chocolat quand tu es au régime. Tu en chopes des montées de jalousie, à en rêver qu’ils s’engueulent.
Le pire, c’est que c’était super sympa, comme soirée [de retrouvailles, entre autres, hein lectrice
?] . Notamment parce que du fait de la veille, je n’ai pas abusé outre mesure. Et quitter une soirée dans un état autre que totalement dévasté, c’est finalement tout aussi agréable, en fait. Oui, je sais, je vieillis.
J’exagère un tantinet : il y avait deux filles seules. Mignonnes, en plus. Mais tu sais maintenant que je suis de ces héros dont on fait des légendes. Et donc ça n’a pas raté : j’ai dragué [enfin... discuté avec serait plus proche de réalité] la macquée des deux. En pensant la première casée avec l’un des mecs présents. Erreur, double. Et rentrage tout seul, classique.
Et bloguage du tout, évidemment.
Avec un bonus : j’ai reçu mon premier mail de Meetic girl. Elle a 26 ans, elle trouve mon annonce rigolote, elle voudrait qu’on se cause sur MSN.
Seul souci : en fait, elle ne me plaît pas. Du tout.
J’ai l’impression qu’un destin faceur s’acharne à me signifier que je ne suis pas fait pour la rencontre virtuelle.
Mais positivons : je passe d’un coma amoureux de niveau 4 à un embryon de début de ce qui pourrait ressembler à une vague activité sentimentale.
C’est toujours ça de pris.
Episode 119 |Par Sam | le 20 jan 2008 @ 4:20 | dans Journal d'une rupture
• commentaires »
Dimanche (suite)
Tiens, et si je te déprimais,toi aussi. Ca te tente?
<Mode “le romantisme transi à deux balles, tu ne savais pas encore vraiment à quoi ça ressemblait, avant ça”>
Mélancolie. Souvenirs qui flottent en surimpression sur la brume grise de ton quotidien de bientôt trentenaire actif. Et toi qui te laisse bercer par cette mélopée amère, qui patauge dans le glauque d’un passé qui reste et qui ne passe pas, décidément pas. Petit hamster qui court dans la petite cage de ses petites manies, de ses petites déviances, qui court en rond et qui le sait, et qui accélère de plus belle, essoufflé déjà.
Ils étaient beaux, tes rêves, tu te rappelles ? Tu avais 14 ans, et tu n’avais que ça pour te maintenir en vie. Tes scénarios d’avenir d’un romantisme débile. Tes ambitions démesurées et tes convictions d’être différent, de n’être pas fait pour ta vie. Toutes ces années passées à attendre qu’on te prenne par la main pour t’emmener dans ce monde merveilleux que tu refaisais chaque soir dans ta tête, en fumant à la fenêtre, des clopes interdites.
Ils étaient beaux, tes rêves. Qu’est-ce que tu en as fait ? Tu l’as, cette vie rêvée. Tu les as réalisées, tes ambitions.
Presque.
Presque toutes. Sauf une. Sauf la plus importante. Celle qui conditionne tout le reste. Sauf Elle.
Elle, tu l’as raté. Elle, elle est partie. En arrachant une partie de toi au passage, en te laissant avec les restes, avec les questions. Avec La Question, ce pourquoi qui te hante, qui ne te quitte pas, lui, comme un sale goût dans la bouche.
Elle est partie, et toi, tu restes là comme un con. Toi, tu ne sais plus quoi faire avec ta vie. Alors tu continues, un peu machinalement. Que faire d’autre, sinon attendre que ça passe, attendre qu’une autre te prenne par la main et te prouve une nouvelle fois que tu as le droit d’être heureux, toi aussi.
Tu étais tellement beau, vu par ses yeux, tu te souviens ? Tu étais tellement mieux, à ramer pour elle. A chercher sa fierté comme le putain de gosse que tu restes malgré les années qui passent. Tu étais tellement bien, à jouer au grand, à jouer au couple. A jouer à un autre.
Et pourtant, tu savais. Tu savais dès le début, que tu allais au crash. Comme à chaque fois. Tu savais que tu n’étais qu’un imposteur, tellement dépourvu de personnalité qu’il s’en invente une, savamment travaillée pour plaire à cet autre qu’il admire tellement, dont il dépend tellement, qu’il n’a pas le choix.
Comme tu sais aujourd’hui qu’à moins de te décider à apprendre qui tu es, à moins de grandir, à moins d’accepter d’être adulte, la suivante finira par partir aussi.
Le problème, c’est que tu n’as pas la plus petite idée de comment t’y prendre.
</mode romantique transi>
<retour au bon vieux cynisme qui sauve>
Alors ? C’était bon ?
Moi, perso, ça m’a défoulé. Le pire, c’est que je pourrais t’en faire des 10.000 signes sans même ôter mes doigts du clavier une seule fois.
Bon, sur ce, une petite BO et je laisse.



