Coucou, qui c’est ? (Le loup)
[Pardonne mon absence, j'étais très occupé, comme tu vas le constater]
Coucou, qui c’est ? Et oui, c’est ta vieille copine la crise d’angoisse qui s’incruste à nouveau dans la partie. Y avait longtemps.
Boule dans le ventre, chaud et froid sous mon crâne, gorge nouée, pensées parasites, désirs de fuite, toute la vieille équipe est revenue pour des soirées de folie et des nuits d’enfer à se tourner et se retourner en cherchant par quel foutu bout prendre le truc.
Mmm, ça m’avait manqué. Ou pas.
En cause [tu t'en doutais, je sais] une fille. Evidemment. Une fille-surprise, surgie un dimanche de pluie à Belleville d’une série de bêtises numériques partagées après une brève et professionnelle rencontre voilà quelques mois.
Une fille un peu geekette, un peu diplômée de sciences politiques, avec un boulot plus prenant et plus passionnant que le mien. Et un tas d’autres passions et un tas d’autres trucs menés à bien en dix ans, que c’en est impressionnant.
Une fille jolie, même. Avec des airs d’elfe échappé de chez le père Tolkien, des yeux presque bridés, des fossettes plein le visage, un corps tout menu et un tatouage terriblement mignon caché quelque part.
Une fille aussi câline que ton serviteur, aussi demandeuse d’affection.
Une fille tellement vivante, une fille qui s’amuse à t’épouser sur Fessebouc, qui éclate de rire à voir la réaction de ses copines, qui tchatche avec tous les commerçants de son quartier, qui renifle tout ce qu’elle attrape, qui devient grognon quand elle a faim,
Et si je te dis qu’en plus, elle est célibataire, qu’en plus elle a eu envie qu’on se revoie le lendemain, qu’elle a envie de faire quelque chose d’un peu bien, tu admettras qu’à l’échelle de cette année, ça tient de la singularité quantique ou du miracle divin, suivant ta préférence dans le domaine des trucs improbables.
Bref, tout cela devrait, si j’étais un tantinet normal, se conclure par un bête bout de bonheur béat (note l’alitération).
Si j’étais un tantinet normal.
***
Hélas, faut croire que c’est pas le cas.
Parce qu’au bout de deux jours, passés pour l’essentiel au fond d’un lit ou à déguster des huîtres et des sushis, ma vieille maîtresse la crise d’angoisse a pointé le bout de son nez. Histoire de me pourrir la soirée et la nuit à me sussurrer à l’oreille “fuis, petit, fuis-t-en vite, cours-t-en dans tes pénates avant qu’il ne soit trop tard” [Avant que quoi ne soit trop tard, ça en revanche, j'en ai pas la moindre idée]. A me coller des pensées parasites plein le cortex, à jouer à faire des noeuds de marin avec mon estomac.
Sans aucune putain de raison apparente. Sinon la vitesse à laquelle on s’est aperçus de nos similarités, en matière de musique, d’envies, d’attentes ou de blessures.
[Avant-hier, on parlait de nous, elle n'arrêtait pas de me demander, avec ce sourire totalement désarmant : "mais il est où, le loup" ? Il est où le truc qui va pas chez toi, quoi. Elle me trouvait trop parfait. Ben voilà. Il est là, le loup]
Peut-être j’angoisse de ce trop d’un coup. Peut-être que je la trouve trop parfaite, même si c’est très, très con de se dire ça, et encore plus de l’écrire. Peut-être je sais plus comment me dépatouiller face à tout ça. Peut-être que ça bouleverse mes petites habitudes d’éphèbe des boulevards à la con, qui finissait par se faire à l’idée que - oh mon Dieu - il peut séduire, par s’accoutumer au célibat. Peut-être qu’à force de fantasmer une romance parfaite et impossible de série B, je suis devenu incapable de vivre une histoire pour de vrai, parce que c’est tellement plus facile, d’attendre et d’espérer.
Peut-être je me dis que c’est trop facile, trop soudain, qu’il y a forcément un vice quelque part. Peut-être qu’à force de ne kiffer que des attentes, des histoires en suspension et des trucs sans lendemain, j’en viens à choper la trouille de celle-ci parce qu’elle se passe trop bien.
Peut-être je crains d’avoir encore une fois très mal si ça se termine. Peut-être qu’entre mon passif familial bien biscornu et mes expériences précédentes je souffre de cette connerie de “peur de l’engagement” qui fait le bonheur des magazines féminins. Peut-être je suis très fatigué, à force de ne pas dormir, et que ça pousse à la panique. Peut-être je sais plus bien ce que c’est qu’une émotion et que je confonds angoisse et… autre chose.
Peut-être que je suis juste con, aussi. Va savoir.
Le fait est que là, j’ai juste pas envie de fuir, pour une fois.
Parce que j’aimerais vraiment voir ce qu’il y a là-bas.
Derrière la crise.









3 commentaires »
#238: comments RSS | trackBack URI
• # 288: commentaire
• posté par: Fran
• Le: 11 septembre 2008 @ 21:12
Derrière la Crise, il y a cette charmante jeune fille qui te sourit … derrière la prochaine crise ( parce qu’il y en aura d’autres hein faut pas se leurre), elle sera toujours là entrain de te sourire le dos adossé au mur à attendre que ça passe !! Ou alors j’ai compris ^^
Bises !!
• # 289: commentaire
• posté par: totor
• Le: 12 septembre 2008 @ 9:03
Vas-y, écrase le loup aussi!
• # 298: commentaire
• posté par: droopyinlove
• Le: 30 septembre 2008 @ 23:50
“peut-être qu’à force de fantasmer une romance parfaite et impossible de série B, je suis devenu incapable de vivre une histoire pour de vrai,”
C’est l’histoire de ma vie ça, et pourtant j’en vis une mais sans être capable de la vivre vraiment.
Méfie toi Sam, le fantasme et comme une drogue, d’abord il t’aide à tenir, il te fait un peu planner, mais en suite il te rend accro à sa perfection et à la liberté qu’il te laissait …lui.