Adversité : 1 - Sam : 0 (j’ai testé pour vous : appeler un serrurier)
Ou “la vie est une pute syphilitique, parfois”. Ou encore “la prochaine fois, avant de te faire larguer, pense à récupérer le double des clés”]
De retour après une semaine d’absence pas forcément involontaire, j’avais prévu de te raconter mon super weekend à la plage. Comment ça m’avait fait du bien, revoir l’océan, comment j’avais relativisé sur le sable certains mystères amoureux, comment je m’étais régalé de fruits de mer en fumant des havanes, ce genre de choses.
J’avais même toute une série de photos à te montrer. Et une éventuelle seconde note dans le registre sentiments.
Tout un programme. Que je peaufinais en rentrant du taf, tard, après un reportage sympathique, certes, mais qui m’avait fait sauter le dîner.
Quand soudain,
sortant du Kebab avec un vieux sandwich,
je me mis à chercher mes clés, machinalement.
Sans les trouver.
[Aparté. Je ne paume jamais mes clés, d'habitude. Jamais]
Au bout de trois retournages de poches et de sac frénétiques, de deux coups de fil à la rédac pour vérifier que je ne les avais pas laissé là-bas, je me suis rendu à l’évidence : faut jamais dire jamais. Et j’avais bel et bien paumé mes clés.
Du début de l’engrenage
Restait le plan B. Pas hyper glorieux : une fille possède un double de ces clés, que je lui avais filé du temps, au printemps, où elle venait squatter chez moi pendant la journée, à regarder Jack Bauer sauver le monde. On a jamais trouvé le temps depuis de se rendre les affaires laissées chez l’un ou chez l’autre.
Me voilà donc à rechercher son nom dans les tréfonds du répertoire de mon téléphone, en me sentant un peu merdeux. Et à appuyer sur le bouton vert.
Deux sonneries, puis répondeur.
En même temps, le coup du “j’ai perdu mes clefs”, ça doit figurer au top 10 des excuses de la loose pour revoir ses ex. Ce qui n’était, en l’occurence, pas mon but. Là, je voulais juste rentrer chez moi bouffer ce putain de kebab, écrire cette putain de note et me coucher.
Le coup des deux sonneries m’avait un peu laissé perplexe. Au bout d’une demi-heure sans réponse à mon message, je tente donc le texto, en précisant bien que non, ce n’est pas un plan tordu.
Pas mieux.
Avec le recul de la sagesse et de l’énorme coup de batte que je viens de prendre sur le melon, je me dis qu’elle avait sûrement de bonnes raisons. Mais sur le moment, j’admets l’avoir pourri.
Parce que sur le coup de 11h45, plus tellement le choix : j’étais bon pour le serrurier.
Et pour deux heures de cauchemar.
De l’art de la serrurerie
Ils ont mis une demi-heure à arriver. Deux jeunes mecs tout gentils, l’un, électricien, qui accompagnait son jeune frère Karim, artisan en serrurie qui avait tout appris de leur père, mais s’était vu privé de permis suite à un retour de boîte un peu trop éméché.
Il était à peu près minuit et quart. Pendant que Karim allait chercher une lampe frontale, le frangin a examiné la porte, et m’a dit : “je suis curieux de voir comment il va s’en sortir, parce que votre porte, là, à mon avis ça va être un défi”.
Tu m’étonnes.
Deux heures, ça lui a pris.
Deux saloperies d’heures à ravager ma serrure dans tous les sens à la perceuse, à éclater mèche sur mèche, à enfoncer des ciseaux à bois dans le chambranle à grands coups de marteau, à coller des lattons dans la lourde pour glisser une feuille plastique entre pêne et mur.
Deux heures. De minuit et quart à deux heures et quart du matin.
Je t’explique pas la gueule qu’ont dû faire les voisins. Heureusement que j’habite chez les pauvres.
Sur la fin, le bobo d’en face a pointé la tête, tout de même. En peignoir de soie noire et crâne rasé de frais. Pour me demander d’un air tout gentil ce qui se passait. J’aime les bobos.
Moi, je faisais des aller-retours dans le couloir, en me bouffant les ongles, à relancer la minuterie toutes les trois minutes en scrutant l’escalier pour guetter l’arrivée des flics.
Parce que j’aurais été peinard dans mon lit et le voisin aurait foutu un bordel pareil pendant aussi longtemps, je suis sûr que j’aurai sérieusement songé à les appeler.
Au début, c’était presque le sketch. Je me disais “bon, ben ça, c’est fait, j’aurais appelé un serrurier une fois dans ma vie”. Au bout d’une heure, je riais déjà bien jaune, tout de même. Et au bout d’une heure trente, j’en étais à me dire qu’il allait pas y arriver et que de toute façon j’allais lui dire d’arrêter parce que ça devenait ridicule de foutre un bordel pareil.
Il a fini ouvrir la porte, le Karim. Bien en sueur, quand même, mais fier de son exploit. De ce que j’ai compris, la vieille serrure posée par le locataire précédent était un modèle fabriqué en Hongrie soviétique pour équiper les entrepôts de plutonium militaire de l’Armée rouge. Un truc comme ça.
Du matérialisme pratique
J’étais tellement soulagé qu’ils aient arrêté de faire trembler les cinq étages de l’immeuble que lorsqu’il a commencé à faire son devis, j’ai pas tiqué sur les premiers 114 euros de perçage de lourde. On m’avait déjà parlé des serruriers, je savais que j’allais raquer cher. Là, il s’était visiblement bien pris la tête, c’était pas de l’arnaque. Limite je lui filais un pouboire.
Après, il a ajouté le prix de la serrure, qu’il vient changer demain matin. Au début, j’ai cru qu’il y avait une virgule que j’avais pas vu.
En sigant le chèque, j’avais l’impression de payer mon loyer de m’être reçu une bûche sur le sommet du crâne. Une très grosse bûche. Et limite envie de rire, tellement c’était absurde de cramer autant de thunes pour une putain de clé de 5 cm de long tombée d’une poche de sac mal refermée.
Là, rétrospectivement, je me dis que j’aurai mieux fait d’aller squatter chez un pote ou même de prendre une piaule à l’hôtel en attendant que la maîtresse de la clé réponde. Ou en espérant retrouver ces clés au boulot demain. Ou en refaisant tout le trajet avec un détecteur de métaux.
[Rétro-rétrospectivement, je pense que si je retrouve ces clés au boulot demain, je vais pleurer pendant quelques semaines]
Il me reste l’espoir que la Matmut, elle assure vraiment. Et qu’elle va rembourser un poil.
Parce que sinon, adieu projets de weekend à Rome et autres achats geeks inutiles.
[Si tu pouvais éviter de te foutre de ma gueule en commentaires, voire me dire que ça arrive à tout le monde, je préférerais. Merci. EDIT : ouais, bon. Vous pouvez aussi vous payer ma tronche, après tout c'est mérité.]









8 commentaires »
#232: comments RSS | trackBack URI
• # 265: commentaire
• posté par: Made in maman
• Le: 4 septembre 2008 @ 4:03
Sam Sam Sam,
Béh , nous reste plus qu’à compatir alors…Compatissons
Allez, bon courage et gai visage.
• # 267: commentaire
• posté par: Sam
• Le: 4 septembre 2008 @ 4:31
• # 269: commentaire
• posté par: Fran
• Le: 4 septembre 2008 @ 19:01
Desolé, j’ai lu les billets à l’envers.
Tu as déjà déclaré cet incident à ton assureur ?? Tu as déposé une plainte ou bien tu as fait l’honnete et leur a raconté l’histoire de cette perte de clés ??
Si tu as dit la vérité, tu n’auras pas d’indemnisation mon ami.
Si cela peut t’aider, envoie moi un mail. Suis dans la partie
• # 270: commentaire
• posté par: yibus
• Le: 5 septembre 2008 @ 6:01
douleurs et regrets éternels
(sans serrure n couronnes)
• # 272: commentaire
• posté par: Sam
• Le: 5 septembre 2008 @ 22:41
@Yibus : mouais. J’avoue que là, je ris jaune, quand même.
• # 273: pingback
• posté par: Ceci n’est pas une serrure | [Chiens écrasés]
• Le: 5 septembre 2008 @ 23:14
[...] Matmut, elle assure pas un caramel mou, au [...]
• # 290: commentaire
• posté par: Joel
• Le: 14 septembre 2008 @ 2:35
A croire que tu m’as porté la poisse… Pour le coup mon cdouble de clef il est à Greeley, Colorado. Je sais, c’est stupide. Donc serrurier direct, pas cherché à comprendre. Il part de chez moi, là. Bon ça lui a pris trois minutes chrono, à lui: le bon vieux coup de la radio entre la porte et le montant, et hop, ma porte-claquée-avec-les-clefs-dedans-juste-le-temps-d’aller-à-ma-voiture ben il l’a rouverte. Trois minutes à 150 euros “euh 158 en fait parce que y’a la TVA, en plus”. Ben tiens. “Et vous avez pas un stylo, pour la facture? j’ai pas pris le mien”. Un peu plus il m’aurait facturé la radio.
Saloperie de clefs…
Ca va toi sinon? J’espère que oui (même si j’ai quelques élements de réponse sur le blog…). Je serai à Paris si tout va bien le we du 4, pour l’anniversaire de Flo, si tout va bien.
A bientôt!
• # 292: commentaire
• posté par: Maxx
• Le: 15 septembre 2008 @ 2:30
..ça me fait penser à mon ex qui avait laisser les clés à l’intérieur alors que j’étais à l’autre bout de la France. Elle aurait pu attendre chez son frère que je lui envoie par Chronopost le double dès le lendemain. Mais elle a préféré appeler le serrurier parce qu’elle avait besoin de son maquillage… Bilan: 700 euros.
Aujourd’hui je me suis séparé d’elle. Merci mon Dieu!