Rythmes circadiens
[Parce que moi aussi, je suis un grand corps malade]
Fatigué. Crevé, déboîté, désquamé d’épuisement, je poste tout de même histoire de dire, histoire de voir. Ce que ça donne. Au terme d’une longue journée.
Putains d’aurores aux yeux chiasseux, de réveils spasmodiques à bondir dix centimètres au-dessus du matelas, arraché à des rêves angoissants d’escalade sans corde par la sonnerie fasciste du téléphone. Six putain d’heures du matin, trop tôt, beaucoup trop tôt.
Le matin, j’aime pas ça, je trouve que c’est de la saloperie. Mais je fais un métier-passion, coco. Du coup, j’ai pas le choix, j’en tâte une semaine sur trois. Et je te l’affirme : le matin joli, c’est de la propagande. L’avenir qui appartient à ceux qui se lèvent tôt aussi.
Le matin, chez moi, c’est le pays joyeux des zombies placides, qui allument l’ordinateur en sortant du pieu pour se ruer vers une clope qu’ils rouleront en faisant chauffer la machine à espresso (de bourgeois), avant de retourner vers le PC pour envoyer la radio, les mails et les blogsBD. Que le mort-vivant consommera pêle-mêle en savourant son café-clope, le petit-déjeuner des champions.
Généralement, il est aux alentours de 6h20 quand le zombie passe dans la salle de bains pour un courageux combo chiottes-douche-brossage de dents-habillage qui, bien exécuté, lui prend environ dix minutes. Ce qui lui en laisse cinq à sept de plus pour re-comater devant l’écran avant de devoir partir en quête d’un vélib’.
Heureusement que j’aime mon boulot. C’est ce que je me dis généralement ces semaines matinales, en pédalant dans l’aube froide, musique aux oreilles, vers ma mission sacrée. Les Français doivent savoir que Laure Manaudou nage comme une Birkenstok, bordel. Et c’est à moi de leur dire.
Après, quand je rentre m’écrouler sur ton lit vers 17 heures pour une vieille sieste même pas crapuleuse, j’essaye deux secondes de kiffer le fait d’appartenir <strike>à cette France qui se lève tôt</strike> à la communauté des riants matinaux, parce que ça console. Mais ça marche pas.
Et les apéros qui suivent, quand il y en a, finissent par s’en ressentir. A base de baillements et de rentrage pas trop tard quand même, parce que bon. Là, il est presque une heure du matin et j’ai l’impression qu’un autocar polonais m’a roulé dessus durant plusieurs heures en klaxonnant tout du long.
Du coup, j’en viendrais limite à préférer la soirée, que je vais pratiquer tous les jours d’ici lundi [donc tout le weekend] : tu commences à 14 heures, tu bouffes McDo, Chinois, Jap, pizza ou ce que tu trouves devant ton poste au bureau en avalant de la dépêche et, les bons soirs, tu es chez toi vers 22h30 et tu as toute la nuit pour glander sur le Ternet, bouquiner ou avaler du film et de la série jusqu’à l’overdose, qui survient généralement aux alentours de 4-5 heures du mat’.
Certes, tu n’as plus de vie sociale. Certes tu en viens à te lever à 13 heures et à filer direct au taf en mangeant un vague sandwich sur ton vélib’, quand tu ne choisis pas de carrément sauter le déjeuner pour pratiquer ton art dans la pureté du jeûne monastique.
Mais au moins, tu as toute la nuit. Et surtout, surtout, tu ne vois plus le matin. Et ça, c’est bon.
[Non, mais une semaine sur trois, j'attaque à 11h et je me casse vers 20, quand même]








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