Soirée diapos, épisode 1 : Berlin
[Tu sais quoi ? Ca fait presque du bien de retrouver Paname, le travail et les marches nocturnes en revenant d'icelui. Et tu sais quoi d'autre ? Une Duvel bien fraîche après la marche, c'est carrément le bonheur aussi]
Me voilà rentré, donc. Et, chose promise, chose due, te voilà bien dans la mouise.
Tu sais, ces soirées auxquelles tu as tout fait pour échapper, mais pas moyen. T’as eu beau te débattre, tenter mille excuses différentes, tu finis quand même un verre de kir tiède à la main, le cul posé délicatement au bord du canapé, en essayant de garder un sourire pas trop fabriqué tandis que ton hôte met en route le projecteur et enquille les premières diapositives et que tu plonge dans les affres de ses souvenirs de vacances ?
Et bien tu vas y avoir droit. Puisque je vais te montrer Berlin.
Tu te sers en cahuètes et en olives, hein, t’hésites pas. C’est parti.
Je te passe le voyage avec départ au milieu de la nuit, trajet pittoresque jusqu’à Orly avec les paumés des Noctambus, ma soeurette toute excitée de prendre l’avion pour la 2e fois, Easyjet et sa désacralisation absolue du voyage aérien, l’arrivée à l’aérogare minuscule de Shonenfeld, les retrouvailles avec le pote LuK qui arrivait de Lyon, etc. Passons directement au vif du sujet : Berlin.
A Berlin, il y a de l’espace. Plein. Ca fait six fois la superficie de Paris et ça se sent. Tu passes d’un quartier à un autre sans te rendre compte de la transition, les rues sont larges, la ville est infinissable, il y a des parcs partout et dix fois moins de monde au mètre carré qu’à Paname et c’est presque reposant, tout ces vides.
Même si il faut les arpenter. Ce qu’on a fait, à bouffer du trottoir en grandes enjambées goulues, et à en réveiller le spectre de ma vieille entorse finalement pas si guérie que ça.
A Berlin, aussi, il y a une architecture à part. T’as l’impression qu’on a piqué des rues dans une vingtaine de villes du monde entier et qu’on a shaké le tout avant de répandre ça au hasard. Ca va du nazi plein ceintre au postmoderne vitré en passant par le soviétoïde 60’s orthodoxe, le tout parfois dans la même rue.
Et le pire c’est que ça devrait pourtant pas, mais que ça en est carrément beau.
A Berlin, tout est en travaux, tout le temps. La photo, à gauche, c’est à deux pas de PostdamerPlatz, le gros business-center, le quartier des affaires et des centres commerciaux. Tu fais cent mètres et tu tombes sur un buste de Shumann ou Mendelson, je sais plus, paumé au milieu d’un genre de chantier en friche à moitié envahi par les herbes.
En face du Bundesrat, le Sénat allemand, il y a un terrain vague avec trois tags et peut-être un squat. Rien n’est figé, mis sous cloche pour servir d’écomusée à touristes comme à Paris, tout bouge, ou presque. La ville vit sa vie de ville, grandit, change, pousse, pour le meilleur ou le pire. Berlin, c’est une grande bringue dégingandée qui aurait subi une série d’opérations de chirurgie reconstructive après un grave accident de bagnole.
A Berlin, c’est l’ex-zone est qui concentre le centre historique ou ce qu’il en reste et la plupart des quartiers branchouilles et arty. A Berlin, tout le monde a l’air d’être artiste, y a plus de galeries d’art que de magasins de fringues.
Et puis y a des squatts partout, aussi. Avec des artistes dedans, évidemment.Celui-là, c’est Tacheles, le plus connu, le plus touristique aussi. Mais boire une bière dans un décor destroy en plein milieu du quartier historique, c’est cool quand même.
A Berlin, y a de l’histoire contemporaine à tous les carrefours, ou presque.
Comme cette stèle érigée à la mémoire de Karl Liebknecht, le compagnon de Rosa Luxemburg, par l’ex-RDA, et laissée là, à deux pas du quartier ultra-moderne de PostdamerPlatz, le long de l’ex-tracé du mur, qu’on ne devine que parce qu’il est indiqué au sol. La coupure architecturale s’est fondue dans la ville, invisible ou presque.
Y a des musées aussi, tout plein partout. Et des expos d’art contemporain bien, comme la rétrospective Wolfgang Tillmans qu’on a vu au Hamburger Banhof un jour de canicule.
A Berlin, y a de la bonne bière à pas cher du tout, et des soirées à en boire des litres en refaisant le monde et la couplitude couplifante sur la petite terrasse de l’immense et magnifique appart qu’on nous avait prêté, ou dans ce rade vaguement métal de Friedrichain, qu’on avait rallié pour reposer nos jambes après quatre bornes à descendre la très soviétoïde Karl-MarxAllee, avant de faire marrer tout un wagon du U-Bahn nocturne au retour, en faisant les französiche de base.
A Berlin, y a des statues d’ours qui lèvent les bras, cachés partout dans la ville.Et forcément, à passer nos journées à déambuler en trio dans la ville, on avait rapidement développé nos délires à nous.
En l’occurence, il y eut la nouvelle gare de Berlin, que nous sacrâmes plus grande et plus magnifique de l’univers, et les ours-lol. C’était notre jeu de la semaine, notre safari-photo. L’enjeu était de les traquer impitoyablement pour les prendre tous.
A la fin, on en a déniché une bonne douzaine, ça distrayait mon mal à la jambe quand on enfilait les kilomètres comme des hamsters perles dans cette ville interminable.
A Berlin, y a aussi des Berlinoises vachement jolies et des Allemands plutôt tranquilles aux terrasses des cafés, des caissières de supermarché compréhensives envers les braves touristes que nous étions, des tas de gars une bière à la main à onze heures du matin par 30°C, des tatouages tout les cent épaules, des anciennes usines reconfigurées en complexe de loisirs avec quatre boîtes et une vingtaine de fast-foods pas chers dans des cabanes plantées entre les bâtiments, un métro sans portillons pour valider ton ticket ni contrôleurs, bref, des gens.
Dont je ne parlais pas la langue, hélas.J’ai vainement essayé d’apprendre à dire autre chose que “Eine beer bitte”, en ayant déjà du mal à prononcer correctement le nom des stra?e et des boulevards. AlexanderPlatz, Unter der Linde, ZoolozischerGarten et notre préférée toute catégorie, Alt-Moabit, au doux nom martien.
A Berlin, je regardais les petits couples de touristes avec une vieille nostalgie qui pointait le nez. Je devais y venir avec the ex, Allemande de maman, un jour. J’aurai fini par y aller tout seul. Et pourtant j’aurais aimé partager ça.
Mais c’était bien quand même. Que Berlin, ich liebe dich. Et que un jour, oh oui, un jour, j’y retournerai. Accompagné, même, qui sait ?
[Edit : j'espère que t'as une résolution d'écran potable, sinon tout ce post a dû ressembler à un amas épars de texte et de photos. Je m'en excuse, mais, vois-tu, au bout d'une heure à me battre en vain pour faire de la mise en page, j'ai fini par laisser l'entropie l'emporter en me disant que ça faisait concept]

































4 commentaires »
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• # 211: commentaire
• posté par: Fran
• Le: 12 août 2008 @ 10:55
C’est simplement excellent … ta mise en page m’a un peu surprise mais au final ça donne un certain “chic” (??).
Et puis ton écriture m’avait manqué et là c’est comme si j’étais vraiment assise dans ton canapé à manger tes cacahuètes et boire la bière que tu m’as servie … et je t’écoute, et je regarde …. la suite ??
Promis, je ne m’endormirai pas ^^
• # 212: commentaire
• posté par: frederique
• Le: 13 août 2008 @ 10:30
Tu as mangé des sushis? Nan parce que Berlin sans orgie de makis, c’est pas Berlin…
• # 213: commentaire
• posté par: Sam
• Le: 14 août 2008 @ 0:03
@Frédérique : des sushis, non… on a déjà pas réussi à bouffer une curry-wurst de la semaine, déjà.
• # 223: commentaire
• posté par: leneu
• Le: 15 août 2008 @ 8:33
Très jolie cette soirée diapo.
Je te félicite pour la composition visuelle, et de narration.
j’ai du mal, moi, à arriver à quelque chose de potable avec ma plateforme (en plus de mon impérétie)
Je réitère : les ours pour un journaliste logique, mais si tu commences à les voir en couleurs !!!
Si ils sont en train d’envahir la planète avec leur sourire béas, que vont devenir les Cioran et autres nihilistes ?! C’est une menace pour notre équilibre ces ours souriants !!! Toute blague mise à part, ca ressemble aux vaches suisses par des artistes différents et aux lions de Lyon… Je trouve que c’est une excellente initiave pour l’identité… en local.
Merci pour ce bout de voyage