Voir Grenoble et mourir
Je l’appréhendais un peu, ce séjour. Même s’il était calé depuis un moment.
J’avais fait l’autruche, le vieux baroudeur blasé. Alors que je savais que ce serait pas si simple.
Il y a des villes qui te parlent, des villes qui t’interpellent, des villes avec une énergie, une atmosphère particulière.
Il y a des villes que tu détestes presque physiquement, qui ne te filent qu’une seule envie, celle d’en partir le plus rapidement possible.
Et puis il y a des villes qui sont à toi, pour toi. Des villes où tu es chez toi.
Moi, c’est Grenoble.
Depuis tout petit, alors que je n’y habitais pas encore. Et toujours maintenant. Faut dire que j’y ai passé quelque chose comme sept années, essentiellement estudiantines. Et que j’y ai donc vécu tout un tas de premières fois, d’expériences, de triomphes, de revers, de rencontres, de découvertes, de magie, tout ça. Avec des montagnes en décor.
C’est pas pour rien que j’y étais pas retourné depuis que je l’ai quitté il y a deux ans pour les joies de la capitale. Dans le TGV, j’avais des remords, de l’appréhension qui montaient. Comme si je partais revoir une vieille ex.
A peine sorti de la gare, dimanche soir, ça n’a pas loupé : j’ai eu l’impression de rentrer chez moi. En marchant vers le centre-ville, c’était tout juste si je cherchais pas la clé de mon dernier appartement de l’époque.
J’ai quand même fini par lever la tête vers les ombres des montagnes,qu’on devinait partout autour, silencieuses et monumentales. Et, comme un boomerang en fonte massive qui arriverait avec deux ans de vélocité, tout un passif m’est revenu dans la tronche.
Arrivé sur le cours Jean Jaurès, l’émotion devenait presque palpable. Au moins autant que la chaleur moite qui envahit cette putain de cuvette chaque été.
Il n’y aurait pas eu cette voiture pleine de supporters espagnols en pleine célébration de victoire qui a manqué de m’écraser, je suis certain que j’en aurais eu les yeux qui piquaient. Chaque rue, chaque carrefour, chaque bout de trottoir, c’était un souvenir qui me sautait à la gueule comme un diablotin à ressort.
Heureusement, j’ai retrouvé les vieux potes. Les derniers Mohicans de nos années estudiantines à n’être pas encore partis pour d’autres cieux [Pour quelques mois, puisque tous deux se sont débrouillés pour devenir fonctionnaires en même temps et vont s'en aller vers leurs affectations respectives glander avec nos impôts, je ne vous félicite pas, messieurs].
Là non plus, ça n’a pas loupé : cinq minutes et une bière ont suffi pour qu’on se remette à causer comme si on c’était vus la veille. Ce qu’on a fait, jusqu’à point d’heure, dans un coin un peu magique où j’allais parfois, au bord de l’Isère. [Qui, ce soir-là, était saupoudrée de brume, regarde donc en haut à gauche du post la jolie photo que j'ai fait].
On a refait le monde au houblon, cette nuit et les trois qui ont suivi. Et pendant qu’on discutait, moi je me collais de la montagne et du paysage urbain en forme de madeleine plein les mirettes Autant te dire que j’ai pas dormi des masses.
Pour ajouter au côté Fréquenstar de la chose, je me suis également retrouve dans mon ancienne école de journalimsme, mais cette fois en position de héros glorieux, revenu de la capitale auréolé d’une carte de presse et d’un poste plutôt classe. Inversion des rôles, limite conte initiatique.
C’est peut-être là que ça c’est joué. Que la parenthèse s’est refermée. Que j’ai dit au revoir à Grenoble, aux montagnes et à ces années, et rebonjour à Paris, à mon job, à ma vie. Ma vie ici. Ma vie maintenant.
Une bien belle vie, tout bien considéré.Presque celle à laquelle je rêvais alors, au pied des montagnes. Il a fallu que j’y retourne pour m’en rendre compte.
Hier, je suis remonté dans le TGV pour repartir vers Paris [où il flottait, évidemment, et où il faisait facile 15°C de moins], sans regrets. Ni tristesse, ni nostalgie.
Deux ans après, j’avais dit au revoir.
Il était temps.









8 commentaires »
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• # 154: commentaire
• posté par: grinding hamster
• Le: 4 juillet 2008 @ 8:32
Je n’aurais pas dit mieux.
Moi aussi, c’est Grenoble.
• # 155: commentaire
• posté par: en plein reve
• Le: 4 juillet 2008 @ 10:10
Et pourquoi pas Voir Grenoble et vivre ? Ok, c’est moins accrocheur mais…
Toujours un plaisir de te lire.
• # 156: commentaire
• posté par: Tresrougecarmin
• Le: 4 juillet 2008 @ 10:20
“J’oubliai les catastrophes dont je venais d’être le témoin, et, transporté subitement dans le passé, je revis ces campagnes où j’entendis si
souvent siffler la grive. Quand je l’écoutais alors, j’étais triste de même qu’aujourd’hui. Mais cette première tristesse était celle qui naît d’un désir vague de bonheur, lorsqu’on est sans expérience ; la tristesse que j’éprouve actuellement vient de la connaissance des choses appréciées et jugées. Le chant de l’oiseau dans les bois de Combourg m’entretenait d’une félicité que je croyais atteindre ; le même chant dans le parc de
Montboissier me rappelait des jours perdus à la poursuite de cette félicité insaisissable. Je n’ai plus rien à apprendre, j’ai marché plus vite qu’un autre, et j’ai fait le tour de la vie. Les heures fuient et m’entraînent ; je n’ai pas même la certitude de pouvoir achever ces Mémoires. Dans combien de lieux ai?je déjà commencé à les écrire, et dans quel lieu les finirai?je ? Combien de temps me promènerai?je au bord des bois ? Mettons à profit le peu d’instants qui me restent ; hâtons?nous de peindre ma jeunesse, tandis que j’y touche encore :
le navigateur, abandonnant pour jamais un rivage enchanté, écrit son journal à la vue de la terre qui s’éloigne et qui va bientôt disparaître.”
Mémoire d’Outre-Tombe
Chateaubriand
• # 157: commentaire
• posté par: Fran
• Le: 4 juillet 2008 @ 12:49
Tu m’avais manqué ^^
Bon Week-End Sam !!
• # 158: commentaire
• posté par: Colon
• Le: 4 juillet 2008 @ 20:24
On est tous d’accord. Moi aussi c’est Grenoble. Le coup des clés, je l’ai eu il y a 1 mois…
• # 159: commentaire
• posté par: Niko
• Le: 4 juillet 2008 @ 21:20
Ca m’a fait la même chose y’a 8 mois….merci de mettre des mots sur ce que je n’arrivais pas à décrire.
• # 160: commentaire
• posté par: Sam
• Le: 5 juillet 2008 @ 17:39
@En Plein Rêve : parce que l’allusion eut été plus compliquée à saisir…
@TrèsRougeCarmin : et là, je me demande si tu te fous de moi ou pas, en fait.
@Fran : bon WE à toi aussi
@Niko : de rien
• # 161: commentaire
• posté par: ShE
• Le: 5 juillet 2008 @ 21:39
Wahoo …
Je n’aurais rien de plus à dire … Si ce n’est que comme toi, ça me donne bien envie de retourner faire un petit pèlerinage, comme tous les 6 mois, vers mes rues glauques de banlieues parisiennes. Ces rues qui m’ont vu grandir au moment où ça compte le plus, quand les parents sont loin, quand on égrène ses premières fois, quand on rencontre les amis qui compteront pour le restant de nos jours… Sans compter tout ce dont on a pas envie de se rappeler, toutes ces choses qui ont laissé un goût amer, auxquelles on retourne pourtant se frotter, pour se rappeler que tout ça est derrière, et que tout ça nous a rendu tellement fort …
Merci pour ce joli moment passé à te lire qui fait remonter ces jolis, et moins jolis, souvenirs …