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[Chiens écrasés]

TheSamProject,saison 5 /

Geekitude, sentiments et journalisme en mileu urbain

Calcaire

Encore des mousquetons et des dégaines

Déjà, il y l’odeur. Celle de la terre du bas du rocher et des buis qui poussent contre, sèche, poussiéreuse, minérale. Celle, surtout, du caillou. Unique, métallique, âpre, indéfinissable, surtout lorsqu’elle se mêle au fragrances de sueur et de magnésie dans tes mains.

Après, il y a les sons. Ceux du métal de la quincaillerie que tu trimballes autour de la taille, les descendeurs, dégaines et autres mousquetons qui s’entrechoquent en tintant. Et puis les sifflements et autres chuchotis sourds de la corde qui glisse. Et les craquements du baudrier quand il est en tension.

Il y l’avant. Le café, le trajet en bagnole, la fraîcheur de la matinée. La marche vers la caillasse le long de sentiers approximatifs et escarpés. Le poids du sac à dos rempli de barda que tu trimballes. La légère douleur quand tu serres les chaussons trop petits sur tes pieds

Il y a les préparatifs. La corde que tu vérifies. Le baudrier que tu enfiles, en équilibrant les dégaines de chaque côté. Le noeud de huit que tu fais pour t’accrocher. La magnésie que tu puises dans le petit sac accroché lui aussi à ta taille pour t’en coller dans les mains.

Et puis tu te retrouves face au ce monument de caillasse et de verticalité. Tu regardes en haut, tu inspires un coup, tu attrapes la première prise. Et c’est parti.

Après, il y a les sensations. La joie enfantine de grimper sur un truc. Les tiraillements dans les doigts, dans le dos, quand tu fais ton premier mouvement et que tu t’arraches du sol. Les muscles qui se tendent et se relâchent quand tu as trouvé un appui. Tes doigts qui se raidissent sur la prise. Tes pieds qui glissent jusqu’à trouver le bon endroit où s’insérer. La pesanteur qui te pousse dessus lorsque tu te retrouves de travers, agrippé à une main, l’autre cherchant en aveugle à décrocher une dégaine de ton baudrier pour la coller sur le premier spit. Les phases où tu avances tout seul et celles où tu ne sais plus par où passer.

Et les pointes d’adrénaline quand tu ne trouve pas et que tes avant-bras fatiguent, quand tu ne tiens que sur deux appuis pas terribles et qu’il te faut mousquetonner tout de même, quand tu dois te jeter d’un mètre, pousser sur tes pieds et aller attraper la fissure tout là-haut, quand ton cerveau se remet en marche et te dit que là, tu pourrais te faire très mal, parce que si tu tombes, le temps que la corde te stoppe, tu vas dévaler cinq bons mètres et que tu commence à paniquer un poil et à te demander pourquoi tu fais ce truc aussi peu naturel.

Et puis les victoires, quand tu finis par comprendre comment passer. Et puis le triomphe quand tu arrives en haut, que tu touche la chaîne de rappel et que tu regarde celui qui t’assure en bas, tout en bas. Ce moment de plénitude quand tu es campé sur le rocher, jambes tendues, tenu par la sangle que tu as posé le temps de faire la manipulation pour assurer ton rappel.

Et, enfin, le fun de la descente. Quant tu laisses aller tes bras et que tu joues à te repousser de la paroi à l’aide de tes jambes, pour planer un instant dans le vide au bout de ta corde.

Et puis tu arrives en bas. Tu retires ton descendeur que le frottement a rendu brûlant, tu sors à moitié tes pieds endoloris de tes chaussons trop petits et tu regardes en haut en te disant que tu en viens. Et c’est juste la plus belle sensation qu’un sport puisse offrir.

[En ce moment, j'ai envie de refaire de l'escalade.]

Episode 194 |Par Sam | le 5 juin 2008 @ 1:19 | dans Pensées parasites
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Police, ouvrez

La vue la nuit en noir et blanc

Je me lève tôt demain et j’ai encore du boulot ce soir. C’est ça, de faire un métier-passion. Comme disait Hubert, oui, le revoilà, “Coco, si tu voulais bosser 35 heures, fallait entrer dans les postes”.

Mais faut quand même que je te raconte mon réveil. Parce que bon.

Couché tard hier soir, je profitais d’une grasse matinée assez méritée tout de même. Tu sais, ces fois où tu te réveilles vers huit heures avant de te dire avec délice que tu as le droit de te recoller la tronche dans l’oreiller encore un bon moment.

Même que je faisais de beaux rêves, figure-toi. Plus précisément, j’étais sur une sorte d’île paradisiaque, dans un décor de sable blanc, de cocotiers verts et de ciel bleu indigo [oui, j'ai besoin de vacances]. Avec une jeune fille indéfinie, sorte de condensé idéal de toutes [oui, le printemps c'est pas facile tous les jours pour un célibataire].

A un moment, je gratouillais un chat sous le menton, aussi [là je sais pas quel manque ça traduit. Enfin, vu que le chat se mettait à me parler pour m'expliquer à quel point c'était bon, je crois que je devine. Et que c'est vraiment pas facile, le printemps tout ça].

Quand soudain.

[Hhhhh, fais-tu. Si, si, vas-y. Participe, un peu.]

On frappa à ma porte.

Attention, quand je dis “on frappa”, je veux pas dire le petit toc-toc guilleret que quand tu ouvres, tu as un mec qui te demande si tu es au courant des miracles que pourrait faire le Câble© chez toi.

Je veux plutôt parler d’un gros “boum, boum, boum”, genre voisin excédé par le bruit sur le coup de trois heures du mat’. Enfin, pas tout à fait. Plutôt une série de coups assurés, en fait.

Le voisin passe sa rage sur ta porte. Là, on sentait une certaine maîtrise de l’art de réveiller le dormeur. Genre agent EDF. Mais il était 11 heures et il est bien connu que le releveur de compteur assermenté© de chez EDF ne sévit qu’entre cinq et huit heures du matin, sinon c’est pas drôle, les gens sont levés.

L’île paradisiaque, la fille et le tit chat nymphomane ont disparu aussitôt et j’ai fait un bond de trois centimètres et demi au-dessus de mon matelas (Furudal, je crois).

Ensuite, j’ai envisagé brièvement de faire genre “je suis pas là, y a personne, la la la”. Mais comme entretemps j’avais déjà sauté de mon lit, j’ai fini par enfiler un truc et aller ouvrir la porte. En me passant une vague main dans les cheveux pour dire.

C’était la police.

Quatre agents, en uniforme et tout. Qui remplissaient le couloir. Et qui ont tous pivoté en même temps la tête dans ma direction quand j’ai ouvert, genre droïdes de Star Wars.

Je suis un bon citoyen. Je paye mes impôts [enfin faudrait vraiment que je le fasse], mon casier est immaculé comme les cîmes du K2, je n’ai jamais été arrêté ni rien du genre. J’ai même pas fait ma journée d’appel et de préparation à la Défense, c’est te dire.

Mon seul rapport avec des flics, à part une plainte pour cambriolage, est professionnel. J’ai notamment suivi des inspecteurs une journée. Dont je me souviens surtout l’avoir passée à me dire “c’est pas possible, ils causent comme dans les série parce que les scénaristes sont bons ou parce que c’est eux qui veulent faire comme à la télé?”Je suis pas anti-flics non plus. J’ai aperçu leur boulot, et c’est un sale boulot. Que j’aimerais pas faire. Donc autant qu’il y ait des gens pour.

N’empêche que j’ai gardé d’une jeunesse quelque peu aventureuse ce vieux réflexe, qui doit être celui de 90% des gens : avoir des flics qui tapent à ta porte, ben c’est plutôt flippant.

A peine je les avais aperçu, entassés dans mon petit couloir, que j’ai jeté un coup d’oeil rapide derrière moi, genre “merde, est-ce que j’ai planqué la coke”. Sauf qu’il y avait pas de coke, vu que j’en prends pas ["le métier se perd, coco, regrettait Hubert à la fin de sa vie"]. Il y avait bien un cadavre de bouteille de vodka en attente de container, mais c’eût pu être bien pire.

Une fois le premier vent de panique passé, j’ai réalisé qu’ils n’étaient plus devant ma porte,mais devant celle du voisin.

- “Bonjour”, j’ai tenté, un peu timidement.
- “Vous savez qui habite là ?” M’a rétorqué une blonde fliquette (elles sont souvent blondes, d’ailleurs. Ou c’est moi qui fais dans l’analogie gauchisante ?).

- “Euh, non”, j’ai répondu. (Je vis à Paris, chérie, tu croyais quoi ? Que c’était la fête des voisins tous les jours?) “Enfin, je crois que c’est un jeune couple qui vient de s’installer, mais je ne suis pas certain que ce soit à cette porte”.

Depuis quelques mois, mon immeuble est infesté de jeunes couples, pire que des blattes. Du coup, entre les teufs et les séances de jambes en l’air, mon plafond prend cher et mes murs aussi. Je suis pas aigri, juste envieux.

- “Et vous, vous n’avez rien entendu, dans la nuit ou ce matin ?”
- “Euh… C’est à dire que je suis rentré tard, mais après je me suis couché tard, et… non, rien”.

En même temps, j’avais suffisamment bu pour que me réveiller nécessite un truc genre dix-tonnes klaxonnant dans la cour, mais ça j’allais pas lui raconter, faut pas déconner.

Là, la fliquette s’est rapprochée. Elle avait l’air de trouver ça louche, mon histoire. Rentré tard, couché tard, ça sentait le pas très net. Mine de rien, elle a jeté un oeil derrière moi pour voir si je cachais pas un atelier clandestin de Chinois ou un corps dans mon salon.

Y en avait bien un, de cadavre, mais c’était la bouteille de vodka. Et la pièce était même à peu près rangée. J’ai failli lui dire qu’elle s’imaginait pas la chance qu’elle avait, mais je me suis abstenu.

La fliquette s’est plantée à environ 30 cm de mon visage. Soit elle voulait tester mon haleine [ce qui eut été une fort mauvaise idée], soit elle s’apprêtait à m’asséner du lourd.

Je m’attendais à un truc un peu classe, genre crime mystérieux, terroriste ou trafiquant de drogue enfin repéré après des mois d’enquête. Limite j’allais partir chercher mon calepin.

Sur un ton semi-confidentiel, elle m’a lâché : “Apparemment la porte aurait été fracturée”.

- “Ah”. C’est tout ? J’ai pensé, presque déçu.

Ses trois collègues étaient effectivement agglutinés au chevet de la lourde du voisin.

- “Bon, et bien merci monsieur”, a-t-elle conclu. Non sans un regard appuyé à mes cheveux, qui oscillaient entre David Bowie période 80’s glam et n’importe quoi. Et en me signifiant implicitement par son langage corporel qu’il serait grand temps que je retourne vaquer à mes occupations. Et que je prenne une douche et que j’aille travailler comme un honnête citoyen au lieu de glander, aussi.

Ce que j’ai fait, d’ailleurs.

En ne grillant pas un seul feu en vélib’, pour une fois.  Comme quoi, la police sait se montrer efficace et dissuasive.

[Edit à ce truc interminable : le voisin vient de frapper à son tour à ma porte pour me dire qu'ils avaient été cambriolés. En fait il vient de rentrer. Je lui ai dit que j'étais vaguement au courant]

Episode 193 |Par Sam | le 4 juin 2008 @ 23:49 | dans Quotidiennes
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Jours tranquilles à Paris

J’étais lancé sur un photoreportage sur ma soirée à Belleville, mais les photos sont floues, je suis naze et ça va être tout pourri. Alors à la place, je te propose un petit interlude musical. Qu’on vient de me faire découvrir [Musicalement, je suis une quiche, je sais]. Et qui tabasse relativement, je trouve.

Ecoute, juste. Tu me diras.

[Oui, je suis une grosse midinette. Tu avais compris, depuis le temps]

Episode 192 |Par Sam | le 4 juin 2008 @ 1:45 | dans musique
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Aliquid Stat Pro Aliquo

Des poubelles et un vieux

[Une chose qui tient pour une autre chose, soit la définition du signe, du moins avant qu'elle soit défoncée par Peirce et autres dieux sacrés de la sémiologie, faudrait voir à pas oublier que j'ai appris un tas de conneries à la fac]

Excuse, hein. Faut que ça sorte. Que je me défoule. Que j’épanche ma graphomanie. J’étais parti pour te faire du récit de soirée, mais là, j’ai juste besoin d’agiter mes mains sur le clavier sans trop chercher où elles vont, où je vais, avec mes phrases approximatives et mes idées sorties de nulle part.

Aliquid stat pro aliquo. J’adore la replacer dans les conversations, celle là. Ca me console de n’avoir jamais fait de latin. Une chose qui tient pour une autre chose. Le signe et ce qu’on met derrière. Les signes et leur interprétation, qui pourraient bien caractériser le statut d’humain, au bout du compte. J’interprète, donc je suis.

Tu connais peut-être ces journées magiques où tout te sourit, où tout se teinte d’une luminescence, d’un merveilleux proprement cinématographiques. Tu sais, ces journées presque trop intenses pour être vraies,  où tu fais des rencontres incroyables au coin de ta rue, où tu assistes à des scènes tout droit sorties d’un film, où la magie est partout, où tout est beau. Ou presque. Et où même ce qui ne l’est pas reste nimbé d’une exceptionnalité certaine et remarquable. Où tu regarde le ciel en faisant des clins d’oeil au destin farçeur qui a décidé de t’offrir ces petits moments qui font que la vie reste l’amour de ta vie.

Ca me fait ça, depuis quelques jours.

Et ce qui est fun, c’est que je l’attribue à un démiurge bienveillant, à une force extérieure et immanente, qui se serait enfin décidée à se pencher sur mon cas. Alors que non. Queudalle. Nib de nib.

Alors que c’est juste de moi que ça procède. Alors que c’est juste - merci à elle, qui se reconnaitra - que je vois les choses un peu différemment. Sous un autre angle. Un meilleur angle.

Que ces choses qui tiennent pour d’autres choses, ces signes, je les interprète autrement. Ce sont les mêmes, pourtant. Il suffirait que je sois un poil plus fatigué, un poil plus triste, et les mêmes réalités deviendraient glauques. Et je ne verrais pas les signes pareil. Et ils ne m’indiqueraient pas la même chose.  Et je me laisserais gentiment bouffer par le gris en attendant qu’un énième coup de flipper me renvoie vers un autre bumper, pour faire dans la métaphore de bistrot. Same player, shoot again. Multiball.

Ce qui a de fortes chances de finir par arriver, au demeurant.

Toujours est-il qu’en attendant, je profite. Je me gave. J’emmagasine pour les jours difficiles à venir. Je me constitue un capital petits bonheurs en attendant la crise. Qui finira par arriver. Ou pas.

Episode 189 |Par Sam | le 4 juin 2008 @ 0:50 | dans Pensées parasites
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Tout en images

Parce qu’il faut bien rentabiliser l’appareil photo. Et qu’aujourd’hui, c’était jour de repos, donc glandouille et commissions. Voici donc une bien belle illustration de la problématique d’une partie de la matinée : mince, j’ai plus de tabac, faut que je sorte - mais j’ai la rame.

Fumer, c’est mal, hein, les enfants. Surtout en gros plan. Beurk.

Ecrit-il en s’en roulant une.

Nuit gravement à la santé

Episode 188 |Par Sam | le 2 juin 2008 @ 21:54 | dans Photos
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Transport amoureux numéro 13

C'est beau, le Sud

[Trois fois que je le retente, celui-ci. Soit j'ai épuisé le genre, soit il me reste des séquelles. Il faut dire que c'est le premier un peu sérieux]

Nous étions en 1995, en première. On était dans la même classe, et surtout dans les mêmes cercles.

Dans mon lycée existait une ségrégation socio-spatiale immplicite entre les “baba-cools” et les “normaux”. Un distinguo vestimentaire, certes, mais pas que.

En gros, d’un côté on avait les “de souche”, jogging, baskets, football et boîtes de nuit. Et de l’autre les “fils de hippies venus s’installer là dans les joyeuses années 70″, pétards, concerts, fringues approximatives et marginalisme.

Evidemment, j’étais chez les seconds. Elle aussi.

Et là, on a un problème : j’ai beau me creuser la tête dans tous les sens, j’avoue ne pas avoir souvenance de la rencontre. Ni du premier bisou. Une vague réminiscence de patins d’après-classe, mais pas plus. Ce moment a disparu de ma mémoire. Étrangement.

Toujours est-il qu’à un moment, à la fin de l’automne, on était ensemble. Et comme on était en première, ça devenait soudain du sérieux. Du lourd. Du violent.

On s’attendait à l’entrée du lycée, tout pareil qu’avant, mais pas pareil non plus. Pas mal d’autres éléments avaient surgi. Déjà, on se parlait et tout. On se racontait les immenses sagas de nos longues vies (quinze ans, à quinze ans, c’est long), on se faisait rire, bref, on communiquait. Et surtout, on avait reculé la frontière et les bisous n’étaient plus le seul truc qu’on pouvait faire avec sa copine.

Elle était interne. Fille de maire d’un bled perdu loin là-haut, sur la montagne. De maire un peu taré. Bien que soixante-huitard de pointe, il refusait mordicus que sa fille chérie passe une seule nuit hors des chastes barrières de l’internat ou du domicile familial.

Autant te dire que ça ne nous a pas simplifié la vie.

Pour compenser, je poursuivais mon exploration de la puissance du texte, à coups de lettres enflammées bi ou tri-hebdomadaires, que je lui remettais solennellement, de préférence au début d’un cours.

Car non, nous n’étions pas non plus assis à côté. On avait réfléchi très sérieusement à la question avant d’en conclure que ce n’était peut-être pas le meilleur moyen d’équilibrer notre couple.

Car, à 15 ans, au-delà de trois mois, tu es déjà dans la couplitude. Et ça te fait grave kiffer.

Un truc dont je me rappelle, en revanche, c’est le “je t’aime” que j’ai fini par lui coasser piteusement à l’oreille, un vendredi soir, au moment où elle montait dans son car et repartait vers son papa.

Première fois que je prononçais ces mots sacrés. Petit con overdosé de romans, j’attribuais à ces huit signes un pouvoir kabbalistique. Les lâcher me paraissait à la limite de l’acte religieux.

Elle a répondu “je t’aime aussi”.

C’était bon. Dans tous les sens du terme.

Soudain, j’aimais. L’intensité du propos de mes missives s’en est trouvé tout dopé. D’autant que j’atteignais une sorte de climax total en matière de glauque domestique, qui m’incitait encore plus à m’accrocher à cette histoire comme une moule à un gisant.

Je l’ai littéralement agonie de serments, descriptions et autres baromètres de ma torride passion. En prose, mais tout de même. Et elle n’y était pas indifférente, pour le moins.

Mais il nous restait à transformer l’essai. Ce qui eusse pu s’avérer simple, si elle avait pu sortir les weekends. Mais l’oukaze paternel régnait.

De fait, on était bloqués dans l’amour courtois. Que je ne concevais que comme intense, noble, au-dessus des contingences matérielles et raffiné. En clair, pas moyen d’aller batifoler dans les toilettes des filles, c’eut été trahir London, Cavanna, Anhouilh, Djian, Tolkien, Duras, Herbert et tous ces auteurs dont je révérais l’esthétique.

Un soir, elle a pu négocier une permission de minuit pour une soirée. Alcool aidant, on s’est un tantinet pelotés. Voire un peu plus. Avant qu’Über-papa ne vienne la ramener au donjon. J’en ai conservé une érection durant 48 bonnes heures.

Et, au bout de six mois, soit une éternité, notre union restait chaste, hélas.

Et, même semi-people du bled à force de faire le con sur la radio locale, j’étais trop timide pour taxer quelques heures l’appartement d’un pote et profiter d’un cours annulé.

Ce qui, tu t’en doutes, a fini par déboucher sur un drame.

En l’occurence, je suis parti quinze jours. Faire - grâce à ma grand-mère prof d’anglais, que je ne remercierai jamais assez, de ça et d’un tas d’autres choses - un voyage dans la pure tradition de l’initiatique. Chez les indiens navajos, au fin fond du Nouveau-Mexique. Je pourrais t’en parler des chapitres entiers, tellement ce fut énorme. Ce sera pour un autre post.

Toujours est-il que même là-bas, elle demeurait ma Beatrix. Toujours est-il qu’un certain soir, alors qu’on contemplait les étoiles qui se levaient au-dessus de Monument Valley dans un silence absolu, je lui ai dédié cet instant de total émerveillement.

Sauf que.

Sauf que mes lettres ont mis quinze jours à lui parvenir.

Sauf que pendant ce temps, dans son bled, il y a eu une fête. Et qu’un mec lui a mis le grappin dessus. Avec des arguments plus charnels et immédiats que mes moiteurs toutes réthoriques.

Ce qu’elle m’a avoué le jour de mon retour.

Première rupture [ami psychologue, fais-toi plaisir]. Premiers chagrins.

J’ai passé le bac français en transe. Malheureux comme les pierres, enragé comme un diable de Tazmanie constipé.

[Pour la petite histoire et mon égo, j'ai eu 16,5 de moyenne]

Et j’ai trouvé une autre fille sur qui fixer mes transports.

Episode 187 |Par Sam | le 2 juin 2008 @ 3:12 | dans Transports amoureux
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Spéciale dédicace

[Nous étions en juin 2008. Sam, journaleux spécialisé entre autres dans la culture et les usages numériques, soit, en moins pompeux, en ouaibe, découvrait tout soudain Flickr, son logiciel d'upload, ses possiblités de retouches online, sa simplicité et sa rapidité. Et il en était tout ébaubi]

Faudrait voir à pas oublier que quand j’ai un jouet, il m’en faut peu pour m’amuser avec. Voici donc [parents, éloignez vos enfants de l'écran], ma main gauche. La seule, l’unique (enfin, j’en ai deux, hein. Mais je suis gaucher).

Oui, je sais, c’est obscène. La photographie, c’est la porte ouverte au Malin.

Une main gauche encore plus belle

Episode 186 |Par Sam | le 2 juin 2008 @ 0:58 | dans Geek Story
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Des images et un long discours

Nuages sur Belleville

Putain de bon weekend.

Tout compte fait.

Et nonobstant quelques détails. Insignifiants, vus depuis ce dimanche soir.

Déjà, je t’annonce que tu es mal. Parce que désormais, non content de t’infliger mes états d’âme et autres récits hautement picaresques, je vais en sus te faire goûter à mon sens inouï de la plastique picturale.

Car samedi, je l’ai fait. J’ai sauté le pas. Et franchi les portes vitrées de la Fnac Saint-Lazare pour aller y cramer un gros paquet de thunes.

Flouf, ça a fait.

La bête

Et me voilà donc l’heureux possesseur d’un Panasonic Lumix DMC-FS3, 185 euros de bonheur pour 118 grammes tout mouillés de technologie de pointe.

Pile ce que je voulais : simplissime d’usage, une fort belle optique, des capacités étonnantes en basses lumières, bref, du bonheur.

A en réveiller mon âme de gamin de dix ans, qui ne dort de toute façon que d’un oeil. J’ai joué avec toute la soirée d’hier au lieu d’aller me coucher.

Du coup, ce matin, j’ai fait dans la vieille panne de réveil. Un truc très étrange : en émergeant, j’étais à moitié certain que je ne travaillais pas et pourtant je sentais bien que quelque chose ne tournait pas rond. Puisque déjà, je m’étais spontanément réveillé à huit heures, ce qui ne m’arrive qu’en cas de panne de réveil.

J’ai mis cinq bonnes minutes à reprendre mes esprits pour aboutir à cet Eureka fulgurant : “putain de bordel de merde, je suis supposé bosser depuis 5 minutes maintenant”.

Angoisse.

Suivie d’un passage en mode meep-meep.

Meep-meep douche, meep-meep calbute, pantalon, t-shirt et chaussures. Et meep-meep vers le boulot.

D’où je ne suis sorti que pour mieux plonger vers de familiaux et non moins sympathiques apéritifs doménicaux.

Dont je reviens à l’instant, non sans avoir au passage créé le beau avec des pixels et des décors crépusculaires.

Presque les Buttes-Chaumont

[Cette note n'était, tu l'auras compris qu'un prétexte pour coller un maximum d'images dedans.]

Episode 181 |Par Sam | le 1 juin 2008 @ 23:34 | dans J'ai testé pour vous
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