Calcaire
Déjà, il y l’odeur. Celle de la terre du bas du rocher et des buis qui poussent contre, sèche, poussiéreuse, minérale. Celle, surtout, du caillou. Unique, métallique, âpre, indéfinissable, surtout lorsqu’elle se mêle au fragrances de sueur et de magnésie dans tes mains.
Après, il y a les sons. Ceux du métal de la quincaillerie que tu trimballes autour de la taille, les descendeurs, dégaines et autres mousquetons qui s’entrechoquent en tintant. Et puis les sifflements et autres chuchotis sourds de la corde qui glisse. Et les craquements du baudrier quand il est en tension.
Il y l’avant. Le café, le trajet en bagnole, la fraîcheur de la matinée. La marche vers la caillasse le long de sentiers approximatifs et escarpés. Le poids du sac à dos rempli de barda que tu trimballes. La légère douleur quand tu serres les chaussons trop petits sur tes pieds
Il y a les préparatifs. La corde que tu vérifies. Le baudrier que tu enfiles, en équilibrant les dégaines de chaque côté. Le noeud de huit que tu fais pour t’accrocher. La magnésie que tu puises dans le petit sac accroché lui aussi à ta taille pour t’en coller dans les mains.
Et puis tu te retrouves face au ce monument de caillasse et de verticalité. Tu regardes en haut, tu inspires un coup, tu attrapes la première prise. Et c’est parti.
Après, il y a les sensations. La joie enfantine de grimper sur un truc. Les tiraillements dans les doigts, dans le dos, quand tu fais ton premier mouvement et que tu t’arraches du sol. Les muscles qui se tendent et se relâchent quand tu as trouvé un appui. Tes doigts qui se raidissent sur la prise. Tes pieds qui glissent jusqu’à trouver le bon endroit où s’insérer. La pesanteur qui te pousse dessus lorsque tu te retrouves de travers, agrippé à une main, l’autre cherchant en aveugle à décrocher une dégaine de ton baudrier pour la coller sur le premier spit. Les phases où tu avances tout seul et celles où tu ne sais plus par où passer.
Et les pointes d’adrénaline quand tu ne trouve pas et que tes avant-bras fatiguent, quand tu ne tiens que sur deux appuis pas terribles et qu’il te faut mousquetonner tout de même, quand tu dois te jeter d’un mètre, pousser sur tes pieds et aller attraper la fissure tout là-haut, quand ton cerveau se remet en marche et te dit que là, tu pourrais te faire très mal, parce que si tu tombes, le temps que la corde te stoppe, tu vas dévaler cinq bons mètres et que tu commence à paniquer un poil et à te demander pourquoi tu fais ce truc aussi peu naturel.
Et puis les victoires, quand tu finis par comprendre comment passer. Et puis le triomphe quand tu arrives en haut, que tu touche la chaîne de rappel et que tu regarde celui qui t’assure en bas, tout en bas. Ce moment de plénitude quand tu es campé sur le rocher, jambes tendues, tenu par la sangle que tu as posé le temps de faire la manipulation pour assurer ton rappel.
Et, enfin, le fun de la descente. Quant tu laisses aller tes bras et que tu joues à te repousser de la paroi à l’aide de tes jambes, pour planer un instant dans le vide au bout de ta corde.
Et puis tu arrives en bas. Tu retires ton descendeur que le frottement a rendu brûlant, tu sors à moitié tes pieds endoloris de tes chaussons trop petits et tu regardes en haut en te disant que tu en viens. Et c’est juste la plus belle sensation qu’un sport puisse offrir.
[En ce moment, j'ai envie de refaire de l'escalade.]









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• posté par: Grève sauvage | [Chiens écrasés]
• Le: 26 juin 2008 @ 2:33
[...] coup, je vais bien. Sur la plupart des fronts au moins. Pour tout te dire, j’ai même été grimper. Deux fois. Ca faisait deux ans que j’avais pas enfilé un baudrier, et même en salle, ce [...]