Police, ouvrez
Je me lève tôt demain et j’ai encore du boulot ce soir. C’est ça, de faire un métier-passion. Comme disait Hubert, oui, le revoilà, “Coco, si tu voulais bosser 35 heures, fallait entrer dans les postes”.
Mais faut quand même que je te raconte mon réveil. Parce que bon.
Couché tard hier soir, je profitais d’une grasse matinée assez méritée tout de même. Tu sais, ces fois où tu te réveilles vers huit heures avant de te dire avec délice que tu as le droit de te recoller la tronche dans l’oreiller encore un bon moment.
Même que je faisais de beaux rêves, figure-toi. Plus précisément, j’étais sur une sorte d’île paradisiaque, dans un décor de sable blanc, de cocotiers verts et de ciel bleu indigo [oui, j'ai besoin de vacances]. Avec une jeune fille indéfinie, sorte de condensé idéal de toutes [oui, le printemps c'est pas facile tous les jours pour un célibataire].
A un moment, je gratouillais un chat sous le menton, aussi [là je sais pas quel manque ça traduit. Enfin, vu que le chat se mettait à me parler pour m'expliquer à quel point c'était bon, je crois que je devine. Et que c'est vraiment pas facile, le printemps tout ça].
Quand soudain.
[Hhhhh, fais-tu. Si, si, vas-y. Participe, un peu.]
On frappa à ma porte.
Attention, quand je dis “on frappa”, je veux pas dire le petit toc-toc guilleret que quand tu ouvres, tu as un mec qui te demande si tu es au courant des miracles que pourrait faire le Câble© chez toi.
Je veux plutôt parler d’un gros “boum, boum, boum”, genre voisin excédé par le bruit sur le coup de trois heures du mat’. Enfin, pas tout à fait. Plutôt une série de coups assurés, en fait.
Le voisin passe sa rage sur ta porte. Là, on sentait une certaine maîtrise de l’art de réveiller le dormeur. Genre agent EDF. Mais il était 11 heures et il est bien connu que le releveur de compteur assermenté© de chez EDF ne sévit qu’entre cinq et huit heures du matin, sinon c’est pas drôle, les gens sont levés.
L’île paradisiaque, la fille et le tit chat nymphomane ont disparu aussitôt et j’ai fait un bond de trois centimètres et demi au-dessus de mon matelas (Furudal, je crois).
Ensuite, j’ai envisagé brièvement de faire genre “je suis pas là, y a personne, la la la”. Mais comme entretemps j’avais déjà sauté de mon lit, j’ai fini par enfiler un truc et aller ouvrir la porte. En me passant une vague main dans les cheveux pour dire.
C’était la police.
Quatre agents, en uniforme et tout. Qui remplissaient le couloir. Et qui ont tous pivoté en même temps la tête dans ma direction quand j’ai ouvert, genre droïdes de Star Wars.
Je suis un bon citoyen. Je paye mes impôts [enfin faudrait vraiment que je le fasse], mon casier est immaculé comme les cîmes du K2, je n’ai jamais été arrêté ni rien du genre. J’ai même pas fait ma journée d’appel et de préparation à la Défense, c’est te dire.
Mon seul rapport avec des flics, à part une plainte pour cambriolage, est professionnel. J’ai notamment suivi des inspecteurs une journée. Dont je me souviens surtout l’avoir passée à me dire “c’est pas possible, ils causent comme dans les série parce que les scénaristes sont bons ou parce que c’est eux qui veulent faire comme à la télé?”Je suis pas anti-flics non plus. J’ai aperçu leur boulot, et c’est un sale boulot. Que j’aimerais pas faire. Donc autant qu’il y ait des gens pour.
N’empêche que j’ai gardé d’une jeunesse quelque peu aventureuse ce vieux réflexe, qui doit être celui de 90% des gens : avoir des flics qui tapent à ta porte, ben c’est plutôt flippant.
A peine je les avais aperçu, entassés dans mon petit couloir, que j’ai jeté un coup d’oeil rapide derrière moi, genre “merde, est-ce que j’ai planqué la coke”. Sauf qu’il y avait pas de coke, vu que j’en prends pas ["le métier se perd, coco, regrettait Hubert à la fin de sa vie"]. Il y avait bien un cadavre de bouteille de vodka en attente de container, mais c’eût pu être bien pire.
Une fois le premier vent de panique passé, j’ai réalisé qu’ils n’étaient plus devant ma porte,mais devant celle du voisin.
- “Bonjour”, j’ai tenté, un peu timidement.
- “Vous savez qui habite là ?” M’a rétorqué une blonde fliquette (elles sont souvent blondes, d’ailleurs. Ou c’est moi qui fais dans l’analogie gauchisante ?).
- “Euh, non”, j’ai répondu. (Je vis à Paris, chérie, tu croyais quoi ? Que c’était la fête des voisins tous les jours?) “Enfin, je crois que c’est un jeune couple qui vient de s’installer, mais je ne suis pas certain que ce soit à cette porte”.
Depuis quelques mois, mon immeuble est infesté de jeunes couples, pire que des blattes. Du coup, entre les teufs et les séances de jambes en l’air, mon plafond prend cher et mes murs aussi. Je suis pas aigri, juste envieux.
- “Et vous, vous n’avez rien entendu, dans la nuit ou ce matin ?”
- “Euh… C’est à dire que je suis rentré tard, mais après je me suis couché tard, et… non, rien”.
En même temps, j’avais suffisamment bu pour que me réveiller nécessite un truc genre dix-tonnes klaxonnant dans la cour, mais ça j’allais pas lui raconter, faut pas déconner.
Là, la fliquette s’est rapprochée. Elle avait l’air de trouver ça louche, mon histoire. Rentré tard, couché tard, ça sentait le pas très net. Mine de rien, elle a jeté un oeil derrière moi pour voir si je cachais pas un atelier clandestin de Chinois ou un corps dans mon salon.
Y en avait bien un, de cadavre, mais c’était la bouteille de vodka. Et la pièce était même à peu près rangée. J’ai failli lui dire qu’elle s’imaginait pas la chance qu’elle avait, mais je me suis abstenu.
La fliquette s’est plantée à environ 30 cm de mon visage. Soit elle voulait tester mon haleine [ce qui eut été une fort mauvaise idée], soit elle s’apprêtait à m’asséner du lourd.
Je m’attendais à un truc un peu classe, genre crime mystérieux, terroriste ou trafiquant de drogue enfin repéré après des mois d’enquête. Limite j’allais partir chercher mon calepin.
Sur un ton semi-confidentiel, elle m’a lâché : “Apparemment la porte aurait été fracturée”.
- “Ah”. C’est tout ? J’ai pensé, presque déçu.
Ses trois collègues étaient effectivement agglutinés au chevet de la lourde du voisin.
- “Bon, et bien merci monsieur”, a-t-elle conclu. Non sans un regard appuyé à mes cheveux, qui oscillaient entre David Bowie période 80’s glam et n’importe quoi. Et en me signifiant implicitement par son langage corporel qu’il serait grand temps que je retourne vaquer à mes occupations. Et que je prenne une douche et que j’aille travailler comme un honnête citoyen au lieu de glander, aussi.
Ce que j’ai fait, d’ailleurs.
En ne grillant pas un seul feu en vélib’, pour une fois. Comme quoi, la police sait se montrer efficace et dissuasive.
[Edit à ce truc interminable : le voisin vient de frapper à son tour à ma porte pour me dire qu'ils avaient été cambriolés. En fait il vient de rentrer. Je lui ai dit que j'étais vaguement au courant]









1 comment »
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• # 104: commentaire
• posté par: Casaploum
• Le: 5 juin 2008 @ 11:30
Je suis pas Freud mais l’incline à penser que le chat n’était pas de sexe masculin…