A nos lecteurs
Bien.
Effectivement, j’admets que j’en fais un peu trop. Et que visiblement, ça t’inquiète un tantinet. Alors qu’il n’y a pas de quoi.
Il est donc temps de nous rappeler tout ensemble que ce que je bave ici reste essentiellement de la littérature. Certes documentaire, certes autobiographique, mais pas non plus aussi implacablement réaliste que ça. Je crois que le terme correct est “autofiction“. En gros, ce que j’écris, c’est un instant et une impression glosées en 4.000 signes de défoulement parfois nécessaire. Un genre de crise de graphomanie soudaine et purgative.
Je t’accorde que, depuis quelques temps, instants comme impressions se concentrent sur du glauque. Ce qui pourrait laisser penser que je suis au bout du bout, on the verge, voire limite nervous breakdown. Or, non.
Rassérène-toi.
Dans la vraie vie, je ne passe pas mon temps à errer au vent mauvais d’une mélancolie trop grande pour moi qui m’étouffe et me tue, écharpe et cheveux pris dans la bise glaciale d’un éternel novembre romantique, rythmé par les grincements du vélib’ rouillé sur lequel je tangue, exsangue, avec une chanson glauque dans le casque et un gouffre béant à la place du coeur, ô Béatrix ma Béatrix, pourquoi cette dévastation tout ça.
Dans la vraie vie, j’aime plutôt bien mon job, et ma vie, et la vie. Je rigole avec mes collègues, fais la fête avec mes amis, cherche où partir en vacances, trouve les filles jolies, tout pareil comme toi (pour les filles tu fais comme tu veux). Dans la vraie vie, je suis plutôt un garçon sympathique, voire jovial. Et même porté sur la blagounette et la gaudriole, imagine-toi. Je sais profiter des bons moments, peut-être même mieux qu’un autre, parce que plus intensément.
Certes, j’ai connu des jours meilleurs. J’en ai aussi connu des pires. J’en connais régulièrement des très, très bons et c’est ça qui compte. Je ne te les raconte pas tous. Ou pas dans leur globalité.
En nalisme, on apprend à choisir un angle. A expliquer un événement sous une facette, parce qu’on a pas la place ni la connaissance pour tout dire [Comme disait Hubert Beuve-Méry, "coco, plus tu élargis, plus tu prends le risque qu'on s'aperçoive que tu es un gros imposteur qui ne connait rien au sujet sur lequel il écrit"]. Ici, c’est un peu pareil. Mais j’admets choisir des angles bien glauques, ces temps-ci.
Après, je suis d’accord : si je glauque, c’est aussi car tout cela n’avance guère. Voire tendrait à stagner un brin. J’admets que ça manque de dynamique. Que les aventures de notre héros mériteraient un bon vieux rebondissement.
Le truc, vois-tu, c’est que j’ai tendance à délayer. A faire durer le plaisir en attendant l’impulsion. L’instant décisif. Le coup de théâtre soudain du Destin farceur. Ce qu’on nomme, en termes techniques, le bon vieux deus ex machina des familles.
Jusqu’ici, ça fonctionnait pas mal. Là, il commence à être un peu sévèrement à la bourre, le con.
En fait, il fait pire : il pointe le bout de son nez sans se montrer plus avant. Il est là, pas loin, je le sais, je le sens. Tapi dans la broussaille. Par nuit dégagée, à la pleine lune, tu peux voir ses yeux chafouins refléter la lumière des étoiles. Mais il se fait désirer.
Du coup, pour l’attendre, je procrastine à longs jets continus. Je te fais pas la triviale checklist des bidules en attente d’un bougeage de fondement de ma part, elle est trop longue.
Et dans l’intervalle, je meuble ce bloug à coups de posts tristounets comme celui qui figure ci-dessous. Parce que j’étais dans ce mood là en rentrant et que j’ai eu envie de l’écrire pour m’en débarasser. Ce qui a fonctionné, au demeurant.
Et là, accroche-toi, car je vais te citer Shakespeare.
Carrément.
Je suis un fou, j’ai peur de rien.
Le brave William écrivait, donc [Comme il vous plaira, acte II, scène 7, la traduction est de ton serviteur qui ne la trouve pas sur Google]
All the world’s a stage,
And all the men and women merely players;
They have their exits and their entrances,
And one man in his time plays many parts,
Ce qu’on pourrait traduire par quelque chose comme :
Le monde entier est une scène de théâtre,
Et homme et femmes n’en sont que les acteurs
Qui entrent et sortent
Et notre vie durant, nous y jouons plusieurs rôles
Et là, tu es mort de rire. Et tu n’as pas tort.
Mais il faut bien comprendre que depuis des années, je rêvais de citer Shakespeare dans une note.
Grâce à toi, c’est chose faite.
Tu vois, les choses avancent…








7 commentaires »
#176: comments RSS | trackBack URI
• # 46: commentaire
• posté par: Fran
• Le: 28 mai 2008 @ 8:31
Je vais me répéter un peu, bcp. Aussi.
JE T’ADORE !!
Et je te lirai tant que tu écriras !!
Et même, peut-être soyons fou, on arrêtera de tourner nos sphères respectivement pour se croiser autour d’un verre. Mmmm Je rêve un peu là c’est ça ^^??
Bises Mon Sam !! Tu m’as surprise là !!
• # 47: commentaire
• posté par: lola
• Le: 28 mai 2008 @ 11:14
Je ne suis pas d’accord! Je ne trouve pas que tu en fais trop. J’laime bien moi le ptit côté glauque et tristoune. Et en plus y’a toujours un moment où l’on se marre dans tes posts.
Et puis, si on est pas neuneus, on se doute bien que tu pousses un peu le truc…
• # 49: commentaire
• posté par: Trèsrougecarmin
• Le: 28 mai 2008 @ 14:31
Au risque de me répéter … Et pour répondre à l’echo “jexpire-rien” … “Chaque cerveau est comme un cirque, On y trouve éternellement un cheval égaré. Guy de Maupassant.
• # 51: commentaire
• posté par: Sam
• Le: 29 mai 2008 @ 0:56
@Lola : merci, ça me rassure un poil, tout de même
@Trèsrougecarmin : le souci, c’est que je tiens plus de la horde, tout de même…. Mais tant qu’à faire dans la citation, je dirais : “Tout humour un peu élevé commence par cesser de prendre au sérieux sa propre personne”. Herman Hesse, donc. Mais tu auras deviné toute seule, te connaissant….
• # 52: commentaire
• posté par: kmille
• Le: 29 mai 2008 @ 0:59
Et dans la vraie vie tu fais caca ? Hein dis Sam ? Non.. Un homme bien comme toi ne peut pas faire caca.
• # 53: commentaire
• posté par: Sam
• Le: 29 mai 2008 @ 1:25
• # 55: commentaire
• posté par: Fran
• Le: 29 mai 2008 @ 8:07
Elle te connait bien la Kmille. Grace à elle, on en sait toujours un peu plus sur toi ^^