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[Chiens écrasés]

TheSamProject,saison 5 /

Geekitude, sentiments et journalisme en mileu urbain

C’est quand, qu’il fait beau ?

Un resto près des Champs-Elysées, ce midi.

- “En fait, tes meilleures notes, tu les écris quand tu es malheureux. Le reste, ça se lit, mais sans plus”, qu’elle me dit. Gentiment.
- “Tu as raison”, que j’ai répondu. Parce qu’elle avait raison.

Parce que j’ai une telle capacité à trouver de la beauté dans le triste que je dois finir par le chercher. Syndrome du Caliméro, pancarte “consolez-moi” pendue au cou. En plus, désormais et pour trois longues semaines, je boîte. A se demander si c’est pas fait exprès.

A midi, j’avais un t-shirt avec un chat noir dessus, une gueule de déterré et une attelle à la cheville gauche. Et j’ai nettement senti que j’atteignais une sorte de point bas dans la spirale de la loose, de paroxysme dans le pathétique. Et pour tout te dire, ça m’a gonflé.

Et pour tout te dire, j’en ai un peu ma claque de visiter le fond boueux de la piscine. Pour tout te dire, j’en peux plus des deuils amoureux, des actes manqués et des procrastinations érigées en mode de vie. Pour tout te dire, je voudrais arrêter, passer à autre chose. Infiniment plus facile à taper qu’à faire, tu dis ? Tu as raison, tu ne sais même pas comment.

Ca fait huit mois que j’essaye. Avec des fortunes diverses. Des impulsions opportunes, des moments de grâce absolue ou tout est simple, où tout est facile. Ou tout est bien, juste. Et des plantages en flamme. Et tous ces moments où rien ne l’est, où tout se complique, où y a plus de grâce juste une angoisse froide et collante qui coule et s’instille partout.

Putain d’amplitude sentimentale, putain de montagnes russes. Un jour, quelqu’un m’a dit : “tu as une autoroute devant toi, pourquoi tu t’obstines à avancer dans le fossé, en te prenant dans tous les buissons qui passent ?” Putain de métaphore à deux balles. Comme celle du miroir réciproque, ciment de la couplitude dont je me suis tellement foutu, alors que j’en ai jamais autant eu besoin.

Aux urgences, hier, on m’a demandé s’il y avait une personne à prévenir au cas où je revienne un jour avec trois balles dans le corps ou encastré dans pare-brise. Et à part ma soeur, sur Paris, il n’y avait personne.

Et je crois juste que je suis pas guéri de ça. Toujours pas.

Et ça fait chier.

Episode 28 |Par Sam | le 14 avr 2008 @ 21:22 | dans Journal d'une rupture
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Long John Silver

J’ai une nouvelle copine. Si. Elle est sympa, mais elle a un nom un peu étrange : elle s’appelle Gibortho. Je crois que c’est roumain, quelque chose comme ça. Sinon, elle est vachement belle : blanche, avec de la mousse bleue. Et ses scratchs font un bruit réjouissant quand on les serre.

Gibortho est une jeune et sémillante orthèse, ce qu’on appelait avant une attelle. Elle et moi, on va rester ensemble jour et nuit pendant trois formidables semaines d’enchantement. Car je me suis bien fait une entorse, vois-tu. Une bien jolie, même, selon la madame docteur des urgences.

Au moins, j’aurai découvert ce que c’était en vrai, les urgences. Avant Gibortho, j’étais un genre de super-héros : j’avais été à l’hôpital en tout trois fois dans ma vie, dont une pour y travailler. Je me suis jamais rien cassé, j’ai jamais eu d’ennui de santé majeur, rien. Donc aucune raison de visiter le services des urgences, jusqu’ici.

Je t’en fais pas des tonnes : les urgences, c’est surtout long. Tu attends qu’on te regarde une première fois, puis tu vas attendre ailleurs qu’on t’inscrive, puis pour changer tu vas patienter en attendant qu’on t’appelle. Après, on te met dans un petit box sans fenêtre, et tu attends. Puis un médecin regarde, et te dit d’attendre pour la radio. Après on vient te chercher, tu attends en radiologie. Tu fais la radio, tu reviens avec les clichés et tu attends le diagnostic. Puis tu attends l’infirmière pour le joli bandage souvenir, et tu peux enfin partir.

Du coup, t’as le temps de regarder tes camarades de misère. Les clodos en plus ou moins sale état, la petite vieille perfusée de partout que son vieux suit à la trace en babillant des gentillesses aux infirmières, les jeunes skateux qui accompagnent leur pote skateux qui s’est fait mal au poignet en skatant, la maman inquiète pour sa fille migraineuse. Les arrivées de pompiers, de flics, de gars de la Croix-Rouge. Et une très jolie jeune fille avec un nom russe et un énorme bandage sanguinolent sur toute la tête. Et, au milieu de tout ce petit monde, des infirmières en vert qui glissent le long de couloirs interminables aux linos usés par d’innombrables passages de brancards.

Bref. En moins de trois heures, j’étais dehors. Et c’est là où j’ai fait une autre découverte : une cheville, en fait, ça sert tout le temps. Et t’as beau en avoir deux, quand il n’y en a qu’une qui fonctionne, ben tu paume pas mal en mobilité. Sans même te parler des escaliers, que c’est un bonheur.

Je me languis du métro demain matin, ça va être top.

Episode 29 |Par Sam | le 13 avr 2008 @ 17:29 | dans Quotidiennes
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NFS, chimie/iono et les gaz du sang

J’aurais jamais dû écrire “monde de merde”. Ou du moins j’aurais dû deviner qu’en le faisant, je m’exposais à une vengeance.

C’est fait.

Hier soir, en rentrant d’une chouette soirée pleine de lesbiennes hyper mignonnes et très sympathiques, Dieu, le Destin, El gran jefe, qui tu voudras, m’a puni.

[Note en passant: quand tu sens que tu as trop bu pour rentrer en Vélib, ne rentre pas en Vélib. Même si c'est loin]

Ma punition a pris la forme d’une flaque d’eau. Je pédalais tranquille, un peu en zigzag tout de même, quand j’ai voulu prendre un virage bien trop serré et un peu trop vite. Et un peu trop dans la flaque d’eau qui traînait là.

Le vélo est parti sur le côté, et mon pied gauche s’est retrouvé à faire un mouvement très inhabituel pour lui, un genre de 180° nose grab. Il s’est arrêté à 90, heureusement.

Et j’ai eu mal.

Et ce matin, en tentant de me mettre debout, j’ai aussi eu mal. Voire beaucoup mal. A l’heure où je t’écris, j’évite de bouger le pied, sinon ça fait mal aussi.

Ce qu’on appelle une entorse, en langage technique. Enfin, j’espère que c’est que ça. Mais vu que mon pied n’est pas bleu et que je ne vois pas de bout d’os sortir de ma cheville, ça doit être ça.

Bref, me voilà mur pour un dimanche sympathiques aux urgences de l’hôpital Lariboisière. Et une béquille pendant 15 jours. Moi qui envisageais justement de me mettre au jogging… Non, c’est pas vrai. Mais j’aurais pu. Plus maintenant.

Morale de l’histoire : ne pourris pas trop les forces de l’esprit, sinon elles te foutent des flaques sous tes pneus.

Episode 30 |Par Sam | le 13 avr 2008 @ 12:55 | dans Quotidiennes
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Bricol-boyz, suite

Vends rein, état moyen, pour cause visite dans magasin de bricolage.

Ca y est : les étagères sont posées. Et bien posées. En fait, elles sont tellement bien posées que si l’immeuble s’effondrait, il y resterait un pan de mur avec mes étagères dessus.

Ceci étant, cette petite fantaisie m’aura coûté un mois de salaire de ministre tanzanien. Facile. Du coup, j’envisage de créer un mouvement terroriste dévolu uniquement à la pose de bombes incendiaires dans les M. Bricolage de Paris. Parce que merde, combien de temps va-t-on rester sans réagir ?

Et là, je vais te causer bricolage. Alors accroche-toi bien.

En fait, j’ai voulu poser ce qu’on nomme des tablettes murales. J’ai donc déniché, au M. Bricolage du coin, quelque chose d’approchant. Genre planches en pin, arrondies aux angles. D’à peu près 70 cm sur 15 de profondeur. Prix à l’unité du bidule : pas loin de 25 euros. Bon, je me suis dit, c’est pas grave, ça doit certainement être des planches issues d’un pin millénaire vénéré comme un Dieu par les peuplades primitives de Laponie, acheminé en bateau à voile à travers les fjords, un truc du genre.

J’en ai acheté deux voilà quelques mois. Avant de me rendre compte que ça le faisait pas. J’ai donc, avec l’accord de mon banquier, que j’ai préalablement saoulé à la vodka, investi dans deux de plus.

sauf que… J’avais déjà eu l’occasion de m’en rendre compte avant, c’est une vaste arnaque. Car le prix scandaleux des machins est également justifié par leur système d’accroche “révolutionnaire”. En gros, chaque planche est munie de deux trous placés sur l’une de ses longueurs. Chacun est là pour accueillir un dispositif constitué d’un gros kiki métallique (je n’ai pas vérifié, j’imagine que c’est de l’or massif, comme métal) auquel on a ajouté à l’une des extrêmités une plaquette munie de deux petits trous destinés à y poser des vis.

Le principe est donc le suivant : tu fais quatre trous dans ton mur. De préférence à la bonne hauteur tout ça. Tu mets des chevilles dans les trous. Ensuite, tu accroches tes deux bites en or. Et tu y enfile la planche. Et si tu t’es bien débrouillé, ça rentre comme papa dans maman, dirait mon paternel, qui vient du bâtiment. Et si en plus tu as fait un peu gaffe, c’est même à peu près droit et ça le fait.

Le souci, c’est qu’ensuite, il ne faut pas vouloir poser autre chose qu’une feuille de papier sur la tablette. Sous peine de la voir s’affaisser de cinq bons centimètres. Ce qui est logique, puisqu’elle ne tient que par la partie collée au mur et empalée sur les kikis dorés.

Avisé de la question, j’ai, après une mure réflexion, trouvé une solution: placer ce qu’on nomme une équerre, en l’occurence un morceau de bois de forme coudée, chargé de soutenir la tablette.

Me voilà donc, jeudi soir, au M. Bricolage, à la recherche d’équerres pas trop moches. Oh, rassure-toi : j’en ai trouvé. Mais à un prix que j’hésite à taper tellement il est ridicule : 8 euros le bidule. Là encore, on doit avoir à faire à un assemblage de bois rares, passé par le Vatican pour être béni par sa Sainteté avant d’être acheminée à dos de moines trappistes muets en une procession solennelle jusqu’au M. Bricolage du coin.

Bref, je suis donc passé à la caisse avec mes deux tablettes, mes quatre équerres, et un sous-verre même pas en verre pour accrocher une affiche. Et j’ai frôlé la tachycardie en voyant s’afficher le prix : 120 euros.Je suis rentré chez moi en pleurant toutes les larmes de mon corps.

Avant de m’apercevoir que je n’avais plus de chevilles béton en stock. Et de retourner, ce matin, en acheter. En compagnie d’une équipe de psychiatres du Samu, spécialisés dans le traitement à chaud des chocs traumatiques.

Quelques heures, coups de marteau, galères et autres luxations de poignet à force de coups de tournevis rageurs, parce ma perceuse est une daube avec dix minutes d’autonomie, j’admire mon superbe dispositif. C’est beau. En plus, c’est moi qui l’ai fait tout seul.

Et je me dis qu’en comptant les quatre tablettes, les équerres, les chevilles et les vis, j’aurais aussi pu m’acheter une maison en Ukraine. Ou au moins trois étagères déjà montées.

Monde de merde.

Episode 31 |Par Sam | le 12 avr 2008 @ 16:21 | dans J'ai testé pour vous
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Darth Bisounours rising

Quelques chafouins et autres esprits étroits, totalement insensibles à la beauté zen du dépouillement, déploraient un certain vide dans mon superbe nouveau layout template habillage [Restons simples, c'est juste Canalblog]. Précisément en haut et à gauche de la page.

Soi-disant que ça déséquilibrait l’ensemble. Ce qui était le but, mais va donc faire entrer la notion de rupture dans leurs épais crânes de gauchistes.

Soit.

Comme je suis un vrai démocrate, j’ai entendu leurs critiques. Et comblé le haut à gauche, puisqu’il faut parfois sacrifier à la loi du nombre pour mieux poursuivre son oeuvre. Galilée lui-même n’a-t-il pas nié la rotation de la Terre pour continuer ses travaux ?

Et du coup, tu as le droit de dire bonjour à la nouvelle mascotte du blog : Darth Bisounours [qui est aussi le montage le plus mal détouré du mois, mais merde, je suis journaliste, pas saltimbanque]. Il trônera dorénavant au-dessus des futilités déversées ici.

Et peut-être même qu’un jour, j’ajouterai une sentence définitive dans le grand blanc du milieu. Si je la trouve.

[Edit post-déménagement : du coup, ça n'a plus grand intérêt, comme note]

Episode 32 |Par Sam | le 11 avr 2008 @ 1:43 | dans Messages à caractère informatif
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Bricol’boyz

J’ai vu le soleil, aujourd’hui.

Si.

Ca faisait tellement longtemps que je savais plus bien à quoi ça ressemblait, un ciel autre que gris. Pas que le ciel, d’ailleurs. Soudain, cette ville se mettait à avoir des couleurs. Un truc de ouf. Et je suis en weekend, en plus. Que demande le peuple ? Du cul [Pardon. Le peuple, c'est vulgaire].

Du coup, j’ai mis le nez dehors. Un autre truc de malade mental. En tombant la veste, même. J’ai traîné un peu au hasard en haut de Belleville, dans ce quartier entre le parc et Ménilmontant où j’habiterai un jour, oh oui, un jour. Et j’étais content, juste. Et c’était cool, parce que ça changeait un peu.

Et soudain, j’ai eu une nouvelle crise de métrosexualité. Brutale. Un genre de pulsion, une rechute soudaine d’ikéïte. J’ai eu envie de poser un acte, de marquer l’instant, en faisant un truc positif, du moins ça m’a paru une bonne idée sur le moment : changer la déco de mon appartement. Notamment en installant enfin ces étagères murales que depuis trois mois je me dis que ce serait mieux avec. Une sorte d’appel aux travaux manuels. En clair, j’ai eu soudain une énorme envie de bricoler.

[Cesse de rire bêtement]

Et là, on est confrontés genre en pleine face avec la puissance de la génétique et des déterminismes sexuels et culturels. En l’occurrence : je suis un homme (enfin j’essaye), hétérosexuel jusqu’ici, j’approche de la trentaine. Donc j’ai une perceuse. Et une furieuse envie de m’en servir.

J’ai pas de télé, pas le permis donc pas de bagnole, plus de four, mon matériel électroménager se résume à une machine à laver, un frigo, quatre plaques halogènes, un grille-pain, une machine à expresso de bourgeois et un batteur électrique. Plus, évidemment, mon meilleur ami un ordinateur. Mais j’ai une putain de perceuse-visseuse électrique [électrique et sans fil, donc, merci aux amis de chez Black & Decker pour cette précision]. Dans une valise en plastique noir. Avec les mêches rangées par ordre croissant, et tout.

J’ai aussi un marteau. Et une scie. Et des tournevis. Et tout le bordel qui va avec. Et le pire, c’est que j’aime m’en servir. Oui, je suis pervers, je sais. J’adore sortir la grosse caisse pleine de ce bordel. Et planter des clous, et visser des vis, et rendre les voisins dingues en faisant des trous dans les murs.

C’est de famille, un peu. Mon papa est dans la partie, à la base. Donc quand je tiens une perceuse, je dois vivre un truc freudien super puissant.

Le problème, c’est que je suis nettement moins expérimenté que lui. Je me débrouille pas trop mal, hein. C’est les finitions qui pêchent. Et l’expérience, évidemment.

Par exemple, là, je suis rentré du Mr. Bricolage les bras chargés de planches et de trucs divers Et le compte en banque salement amoché aussi, mais ça je te raconte après. Toujours est-il que j’étais à fond. Super enthousiaste. Demain, j’allais acheter plein des trucs à foutre aux murs. Et ce soir, on allait voir ça : au poil de cul que j’allais te les poser, ces étagères murales.

A peine rentré, je me suis rué sur ma caisse à bricolage en plastique jaune et bleu. J’ai fait tout bien : calculer la hauteur, mettre l’étagère au niveau, tracer des repères pour trouver où percer, tout comme mon papa m’a appris.

Puis vint le moment d’ouvrir la boîte de la perceuse. Ce que je fis, avec la solennité du samurai dégainant son katana. Et de lever l’instrument tel James Bond son Walter PPK à silencieux. Et d’appuyer sur la gâchette de la bête dans une montée frénétique de testostérone, histoire d’éprouver un peu la puissance de l’engin.

Qui émit un vague vrrr peu convaincu, avant de s’arrêter au bout de quelque chose comme 15 tours de forêt.

Et là, j’ai entendu la voix de mon vieux père : “une perceuse électrique [sans fil], il faut la recharger, fils, sinon elle marche pas”.

Les étagères sont par terre. La perceuse charge. Et tel que tu me vois, je suis hyper frustré.

Episode 33 |Par Sam | le 10 avr 2008 @ 19:23 | dans Quotidiennes
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Kärcher

[Ca faisait longtemps que je t'avais pas raconté mes incroyables aventures, dans ce quotidien merveilleux de jeune célibataire. Et, avoue-le, ça manquait]

Tu sais quoi ? Je suis M. Propre. En moins chauve et moins musclé, et sans l’anneau dans l’oreille, mais sinon, le même. Tout pareil. L’Attila de la crasse, le Gengis Khan de la poussière, c’est moi. Là où je passe, la vaisselle ne repousse plus jamais. Et les acariens tremblent en entendant mon nom.

Sérieusement, je crois que la dernière fois où ça été aussi propre ici, Chirac était encore président. Et je vivais pas tout seul, non plus. Ce qui aidait.

J’ai briqué, récuré, aspiré, balayé, brossé, lustré, poli, lavé, récuré, gratté, astiqué. J’ai grimpé sur les meubles pour enlever les kilos de poussière sous lesquels ils s’affaissaient, résisté dix fois durant à l’envie de foutre le feu une bonne fois histoire d’en finir. Déplacé des meubles qui ne l’avaient plus été depuis tellement longtemps que je te raconterai pas ce que j’ai trouvé dessous, tu es peut-être en train de manger. Dans mons salon, j’ai charrié environ 6 mètres cubes de trucs à
balancer, en provenance de tout l’appart. Dont dix bons kilos de
journaux et de magazines.

Ca m’a pris des plombes. J’en ai mal aux bras à force de frotter partout. Mes mains, mes pauvres mains d’intellectuel, jadis belles et douces, ne sont plus que deux pauvres choses fripées, tordues et blanches, tellement elles ont trempé dans les détergents divers. Et je ne suis pas certain que le parfum brise marine ne m’ait pas définitivement niqué l’odorat. Sans même te parler de mon dos que bordel, mon royaume pour une masseuse.

Mais je regrette pas.

Comment le pourrais-je ? Je n’ai rien choisi. J’ai suivi mon destin.

Ce fut comme une espèce de transe mystique. Rentré chez moi après le boulot, j’ai commencé par m’effondrer. Séquelles d’un apéro un peu violent mais salutaire, hier soir. Et d’insomnies rémanentes.

[Excuse-moi un instant, je vais admirer.

Tu sais quoi ? C'est propre. Et c'est beau.

Reprenons]

J’ai ronflé, comme d’hab. Dans ce vieux bordel un peu familier. Sans y prêter attention. Je me suis réveillé la tronche ensablée, comme d’hab aussi. Avec une seule envie : celle de retourner me coucher. J’ai résisté mollement, trucidant sans conviction quelques morts vivants dans un jeu vidéo.

Et puis, soudain, l’illumination. Come une lumière mystique tombée du plafond. Comme un appel sourd et profond, venu d’un au-delà où tout brille et sent bon. Le satori. L’instant de perfection, où tout est clair. Où il n’est plus besoin de réfléchir. Juste de suivre cet élan irréprésible qui t’habite, limpide comme une eau de source montagneuse.

Alors, j’ai empoigné Excalibur, et suis partois en Queste. [Excalibur, c'est le petit nom de mon aspirateur. En vrai, il s'appelle Bluesky, mais c'est moins classe].

Et, semblables aux Orgues de Staline, mille huit cent watts de méchanceté pure se sont déchaînés dans mes 35m² sur cour, certes, mais charmants, même s’il paraît que ça ressemble de plus en plus à un appartement de célibataire, selon mes dernières visiteuses. En même temps, comme je leur dis, C’EST un appart de célibataire.

Bref, ce fut le début d’une opération Shock and Awe dans le plus pur style des Navy Seals, mais avec moins de gros flingues et plus de serpillères.

Et, grâces en soient rendues aux Dieux, j’ai triomphé. Mission accomplished, comme je le disais à Durandal, mon balai, sur lequel je m’appuyais voici quelques instants encore, haletant, épuisé mais fier, la sueur coulant à grosses gouttes de mes pectoraux lustrés et massifs. [Oui, bon, ça va, laisse moi kiffer la vibe, un peu]

Demain, je me lance dans une audacieuse offensive. Par un ample mouvement tournant, précédé d’un intense bombardement, je vais tenter de prendre d’assaut la paperasse. Ô seigneur, laisse-moi devenir le bras Ta Divine colère. Dies Irae sur la CAF et les impôts, moi je dis.

Episode 34 |Par Sam | le 8 avr 2008 @ 21:10 | dans Quotidiennes
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Soldes monstre

Je sais plus dans quelle œuvre majeure de la littérature française j’ai lu cette maxime : ” y a des fois où, pour avancer, faut savoir te mettre de grands coups de pieds au cul. Y a des fois, aussi, où ton cul ne veut plus rien savoir”.

En tous cas, c’est pas faux. Du moins est-ce ce que je me disais, cette nuit, au lieu de dormir. Et encore ce matin, en courant prendre ma douche après une bonne vieille panne de réveil, comme je les accumule en ce moment.

[Note pour moi-même : le Vélib' est certes plus rapide que le métro en cas d'urgence, mais la prochaine fois, je prendrai le temps de jeter un oeil à la température, ce qui m'évitera de perdre deux orteils en allant bosser.]

J’y arrive plus. A rien. D’autre que stagner chez moi, s’entend. Le ménage ne se fait pas, la vaisselle s’accumule, les reportages avortent, le bouquin fait du sur-place, et moi je suis fatigué de tout ce rien.

J’ai beau me traiter de toquard, m’auto-motiver à la marine ["tu vas bouger ton cul, espèce de vieille loque ?"] ou à la bisounours ["allez, Sam, tu peux y arriver, tu vaux le coup"], rien. Que dalle. Macache. Nib de nib. Un invertébré.

Ah, si : ce weekend, outre m’intoxiquer alimentairement à coups de bouffe chinoise pas fraîche, et du coup me pourrir mon samedi, j’ai refait le design ici.

Super, non ? [Au fait, tu en pense quoi ? Paraît que ça fait vide en haut à gauche. Moi j'aime bien, mais bon].

Sinon… rien. Que des conneries. Des actes manqués, des malentendus, des remords, des bourdes, ça oui. Au quintal, que j’en fais, ma bonne dame. Soldes monstres sur la bévue. Destockage massif de maladresses. Moins 20% sur le lapsus fatal. Liquidation de printemps sur les angoisses nocturnes.

On va dire que c’est saisonnier. On va dire que le mojo reviendra avec les hirondelles.

Sur ce, je te laisse, j’ai une sieste sur le feu.

Episode 35 |Par Sam | le 7 avr 2008 @ 16:06 | dans Quotidiennes
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Un peu de tendresse, bordel

Tu le sais, mon boulot consiste essentiellement à farfouiller les entrailles velues du web à la recherche de trucs et de machins.

C’est vrai que je ne t’en parle pas ici. Déjà parce que j’ai pas envie, et puis en plus parce que c’est souvent chiant.

Mais là, je ne peux pas ignorer ce lien.

Cet homme, simple et vrai, qui a souhaité faire passer un tel message d’amour, je ne peux pas t’en priver.

Clique donc ici et toi aussi, deviens amour et sensualité.

[Oui, je sais, maintenant ta libido est aussi morte qu'Ingrid Betancourt (pardon), ce pour trois mois minimum. Et tu m'en veux. Mais comprends-moi : j'ai des malheurs]

Episode 37 |Par Sam | le 4 avr 2008 @ 23:20 | dans Geek Story
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Mauvaise blague

[Je sais pas pourquoi j'ai écrit ce truc, mais bon, je te le laisse, c'est cadeau, ça me fait plaisir]

- “Chérie, je suis rentré”, je murmurais en arrivant dans mon terrier, au terme d’une longue journée. J’aime bien me faire des blagues, parfois. Surtout les vendredis soir. Surtout les vendredis soirs de printemps où il a fait beau.

Du moins c’est ce que j’ai constaté. De mon bureau, en me penchant bien en arrière, je peux parfois apercevoir un bout de ciel. Bleu, en l’occurence.

- “Ma journée? Oh, la routine, quoi. Rien d’exceptionnel. Ah, si. On a passé 15 bonnes minutes à pourrir le boss, avec les collègues. Avant qu’il nous envoie un mail en nous disant “j’entends tout”. Il était dans son bureau depuis le début, on l’avait pas vu. Tu crois qu’ils recrutent, en ce moment, dans l’armée?”

[Long silence]

- “Chérie ? Ah, oui, c’est vrai, t’existe pas, en fait. Bon, ben du coup, je vais me boire une bière, tiens”.

Ouais.

En fait, ça me fait moyennement rire, comme blague.

D’autant que je me suis toujours promis de me jeter sous un train le jour où j’ouvrirai ma porte en beuglant “chérie, je suis rentré”.

Episode 38 |Par Sam | le 4 avr 2008 @ 23:08 | dans Quotidiennes
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