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[Chiens écrasés]

TheSamProject,saison 5 /

Geekitude, sentiments et journalisme en mileu urbain

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Bricol’boyz

J’ai vu le soleil, aujourd’hui.

Si.

Ca faisait tellement longtemps que je savais plus bien à quoi ça ressemblait, un ciel autre que gris. Pas que le ciel, d’ailleurs. Soudain, cette ville se mettait à avoir des couleurs. Un truc de ouf. Et je suis en weekend, en plus. Que demande le peuple ? Du cul [Pardon. Le peuple, c'est vulgaire].

Du coup, j’ai mis le nez dehors. Un autre truc de malade mental. En tombant la veste, même. J’ai traîné un peu au hasard en haut de Belleville, dans ce quartier entre le parc et Ménilmontant où j’habiterai un jour, oh oui, un jour. Et j’étais content, juste. Et c’était cool, parce que ça changeait un peu.

Et soudain, j’ai eu une nouvelle crise de métrosexualité. Brutale. Un genre de pulsion, une rechute soudaine d’ikéïte. J’ai eu envie de poser un acte, de marquer l’instant, en faisant un truc positif, du moins ça m’a paru une bonne idée sur le moment : changer la déco de mon appartement. Notamment en installant enfin ces étagères murales que depuis trois mois je me dis que ce serait mieux avec. Une sorte d’appel aux travaux manuels. En clair, j’ai eu soudain une énorme envie de bricoler.

[Cesse de rire bêtement]

Et là, on est confrontés genre en pleine face avec la puissance de la génétique et des déterminismes sexuels et culturels. En l’occurrence : je suis un homme (enfin j’essaye), hétérosexuel jusqu’ici, j’approche de la trentaine. Donc j’ai une perceuse. Et une furieuse envie de m’en servir.

J’ai pas de télé, pas le permis donc pas de bagnole, plus de four, mon matériel électroménager se résume à une machine à laver, un frigo, quatre plaques halogènes, un grille-pain, une machine à expresso de bourgeois et un batteur électrique. Plus, évidemment, mon meilleur ami un ordinateur. Mais j’ai une putain de perceuse-visseuse électrique [électrique et sans fil, donc, merci aux amis de chez Black & Decker pour cette précision]. Dans une valise en plastique noir. Avec les mêches rangées par ordre croissant, et tout.

J’ai aussi un marteau. Et une scie. Et des tournevis. Et tout le bordel qui va avec. Et le pire, c’est que j’aime m’en servir. Oui, je suis pervers, je sais. J’adore sortir la grosse caisse pleine de ce bordel. Et planter des clous, et visser des vis, et rendre les voisins dingues en faisant des trous dans les murs.

C’est de famille, un peu. Mon papa est dans la partie, à la base. Donc quand je tiens une perceuse, je dois vivre un truc freudien super puissant.

Le problème, c’est que je suis nettement moins expérimenté que lui. Je me débrouille pas trop mal, hein. C’est les finitions qui pêchent. Et l’expérience, évidemment.

Par exemple, là, je suis rentré du Mr. Bricolage les bras chargés de planches et de trucs divers Et le compte en banque salement amoché aussi, mais ça je te raconte après. Toujours est-il que j’étais à fond. Super enthousiaste. Demain, j’allais acheter plein des trucs à foutre aux murs. Et ce soir, on allait voir ça : au poil de cul que j’allais te les poser, ces étagères murales.

A peine rentré, je me suis rué sur ma caisse à bricolage en plastique jaune et bleu. J’ai fait tout bien : calculer la hauteur, mettre l’étagère au niveau, tracer des repères pour trouver où percer, tout comme mon papa m’a appris.

Puis vint le moment d’ouvrir la boîte de la perceuse. Ce que je fis, avec la solennité du samurai dégainant son katana. Et de lever l’instrument tel James Bond son Walter PPK à silencieux. Et d’appuyer sur la gâchette de la bête dans une montée frénétique de testostérone, histoire d’éprouver un peu la puissance de l’engin.

Qui émit un vague vrrr peu convaincu, avant de s’arrêter au bout de quelque chose comme 15 tours de forêt.

Et là, j’ai entendu la voix de mon vieux père : “une perceuse électrique [sans fil], il faut la recharger, fils, sinon elle marche pas”.

Les étagères sont par terre. La perceuse charge. Et tel que tu me vois, je suis hyper frustré.

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Episode 33 |Par Sam | le 10 avr 2008 @ 19:23 | dans Quotidiennes
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