Darth Bisounours
Ca y est.
J’ai compris.
Il en aura fallu, du temps et des tartes, mais j’ai compris.
Et comme toutes les grandes découvertes, celle-ci tient en partie à un heureux hasard.
En l’occurence, hier soir, j’ai avancé l’horloge de mon téléphone, qui me sert de réveil, histoire d’anticiper le changement d’heure. Ce que je n’avais pas prévu, c’est que ce cher téléphone allait anticiper aussi. Et avancer tout seul d’une heure.
Résultat : à 6 plombes du mat, heure d’été, tililit. Moi, dans ces cas-là, je cherche pas à comprendre, j’obéis juste à mon cerveau reptilien. Tililit = se lever, aller douche.
Ce n’est qu’une fois sous l’eau que j’ai eu un doute, en voyant qu’à ma montre, que j’avais aussi avancé la veille, il était 6h20 et non 7h20 comme je le pensais. Comme je suis un bon professionnel, j’ai recoupé mes sources avec France Info et deux sites internet, avant de me rendre à la cruelle évidence : ce con de téléphone venait de me voler une heure de sommeil.
Moins de vingt secondes après cette découverte, j’étais de nouveau sous ma couette. Mais voilà : c’est pas si simple, de se rendormir. J’ai donc mis un moment à retrouver Morphée.
Et c’est là, entre sommeil et réveil, que la lumière fut dans mes synapses.
Ca donnait un truc genre “mais bordel, en fait, ça suffit, toutes ces conneries”.
Dans les dix conseils pour se faire dégager que j’ai censurés hier, y en avait un qui s’intitulait “être une serpillère”. C’est exactement ce que j’ai fait, ces derniers temps. La serpillère, le paillasson, ce que tu veux comme métaphore pour le gentil boulet qui attend en gémissant “aimez-moi”, les yeux remplis de larmes, qu’on vienne le prendre par la main. Et qui se roule en boule en glapissant lorsque d’aventure quelqu’un est assez con pour le faire.
Le problème, c’est qu’il y a pas beaucoup de trucs moins glamour qu’une serpillère. Et que quand tu veux à tout prix y ressembler, ben faut pas t’étonner qu’on se serve de toi pour essuyer par terre avant de t’essorer et de te foutre dans un placard où tu pourras souffrir, en silence, évidemment.
Sauf qu’en vrai, je suis pas une serpillère. Ni une putain de victime.
Donc, j’arrête.
J’arrête de me lamenter dans mon placard. J’arrête d’offrir mon coeur tartare sur un plateau d’argent et de m’étonner que ça n’excite personne, cette bidoche saignante. J’arrête d’être “tellement gentil”, “tellement compréhensif”,
“tellement patient” et tellement sans intérêt. J’arrête de tendre la joue aux claques et de venir chouiner après. J’arrête d’attendre un truc qui viendra jamais si je vais pas le chercher tout seul comme un grand.
La vie est trop courte pour continuer à gémir sur le cruel destin qui s’acharne en espérant un
miracle. Y a pas de destin, y a que des choix. Conscients ou pas. Comme
celui d’incarner systématiquement le pauvre con gentil et mignon avec
qui on reste un temps parce qu’il console et que ça repose, avant de le
dégager quand il commence à devenir pénible. Ca me gonfle. Je suis pas
la croix-rouge, ni Bob l’Eponge.
J’ai envie de tester le côté obscur de la Force, un peu.
- “Darth Bisounours ?”
- “Yes, master ?”
- “Rise.”
[T'imagines même pas comme je me sens mieux, là]








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