La falaise
Panne de réveil. Ca faisait longtemps.
Arrivé à la bourre au boulot, pas lavé, pas coiffé, pas réveillé et pas de bonne humeur, me voilà parti pour une longue journée de veille et de présence. Ou de semblant de présence.
Je ne suis pas vraiment là. Pas vraiment ailleurs non plus. Je flotte un tantinet. Je m’éthérise un poil. Je plane en plein milieu d’une turbulence. J’attends, sans vraiment l’attendre, un truc indéfinissable. Un événement, un rebondissement, un coup de tonnerre, quelque chose. N’importe quoi.
Je vois des signes, des indices. J’essaye de ne pas leur accorder d’attention. Trop pris de gamelles déjà, à suivre des pistes qui ne menaient qu’à mes propres frustrations. J’ai des nouveaux mantras : La vie, c’est pas un film. Le pays des Bisounours, il n’existe que dans ma tête.
Sauf qu’évidemment, ça tient pas deux secondes.
Parce que le gène du Bisounours, je l’ai là, chevillé au corps, comme disait l’autre. Et qu’il me titille la sinistrose sans discontinuer. Et m’empêche de tomber de la falaise et de m’écraser en bas une bonne fois pour toutes pour mieux me relever ensuite. Du coup, je suis coinçé au bord, à moitié dans le vide, avec ma petite papatte agrippée fermement à trois petits signes ténus et une interrogation.
Posture inconfortable, s’il en est. Mais c’est en partie de ma faute, aussi. Je me freine. Je m’empêche de remonter sur ma vieille carne pour un ultime assaut glorieux, sabre au clair, poitrine ouverte et ventricules en avant sous la mitraille de l’indifférence ennemie. A tort, peut-être.
Trop fier ? Même pas. Trop peu confiant, surtout. Ou trop fataliste. Ou trop couturé de cicatrices pour continuer à en faire collection. Et pas assez téméraire pour aller au bout de l’honnêteté, quitte à confiner au ridicule.
Du coup je me condamne à cette attente un peu vaine. A cette boule dans la gorge, cette arythmie cardiaque et ces réminiscences, ces regrets en volutes, qui montent et affleurent dans ma tête avant de disparaître à chaque fois que je fais un effort pour tenter de dédramatiser et déromantiser [j'invente des mots si je veux] un tantinet tout cela.
Effort vain, évidemment. J’ai beau tenter de me persuader que c’était juste une histoire comme ça, juste cinq semaines sympathiques pour en finir avec ce putain d’hiver parisien interminable, j’y arrive pas. Parce que c’est pas vrai. Suffit de voir mon état (senti)mental. Et j’ai beau tenter de passer à autre chose, j’y arrive pas non plus. Et pourtant, j’essaye.
Ce qui, tu t’en doutes, ne fait rien pour améliorer ma couverture de l’info, ce matin. Coco.
En même temps, y a rien à couvrir. Ca aide.








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