Presque le printemps
Tu sais quoi ? Il paraît que c’est le printemps. Du coup, je suis rentré à pied, ce soir. Et c’est vrai qu’il faisait presque doux, et c’est vrai que les nuages teintés en rose fluo par le coucher de soleil et la pollution à l’ozone avaient un petit je-ne-sais-quoi [en français dans le texte] de guilleret. Voire taquin.
Ou alors c’est moi, remarque. Les hormones, tout ça. Et puis, disons-le, je m’ennuie un peu, aussi. Du coup je me fais des blagues à moi-même.
Je joue. Au jeune actif solitaire parisien qui fait les courses portable collé à l’oreille. J’adore voir la tête des gens quand je demande à mon pote Djay, le syndicaliste creusois hardcore-gamer, si son reroll chaman heal va bientôt atteindre le niveau 70 [tu ne comprends rien ? Rassure-toi : c'est normal. On pourrait même dire que c'est un signe de bonne santé].
Je m’amuse d’un rien. Ce petit couple gay, dans le Lidl, tous deux en costume et manteau, chaussures classe et serviette en cuir, en train de se demander s’il reste du beure, alors que juste à côté d’eux, un clodo compare avec minutie les degrés d’alcool de chaque sous-marque de bière. En leur honneur à tous les trois, j’ai acheté un paquet de douze rouleaux de PQ bleu. Oui, bleu, parfaitement. Et ça m’a fait sourire.
Tout comme le coup de fil angoissé d’une consoeur en reportage loin là-bas, qui avait réussi à faire pivoter de 90 degrés l’écran du PC portable et ne parvenait plus à le remettre en place.
Rentré chez moi, j’ai composé une ode muette à l’entropie. J’éprouve un plaisir pervers à regarder les choses se dégrader lentement. La corbeille à linge qui se remplit, le frigo qui se vide. La vaisselle qui s’empile. Ca a un côté réjouissant, je trouve.
Petites joies. Comme celle de voir des projets avancer à des trains de tortue, mais avancer tout de même. Voir les pièces se mettre en place lentement. Savourer la perspective de tout ce boulot à faire, de tous ces chapitres à écrire, ces interviews à mener. Ces idées à avoir.
C’est l’histoire du cadeau. Tant qu’il est enveloppé dans du joli papier, tant que tu n’as pas défait le ruban, que tu ne sais pas ce que c’est, on reste dans le merveilleux du spéculatif.
Et là, j’écoute Cat Power, un peu fatigué mais pas trop, en tapant cette note sans prétention. Et tout est tranquille. Juste tranquille.








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