Ordre de mission
[Un autre, un autre, réclamait la foule en délire.
Soit.]
Je me plains, je me plains. Mais j’ai quand même de la chance.
Déjà, je fais le plus 1)vieux 1)beau métier du monde. Disons un sacerdoce grandiose au service de la démocratie d’opinion et du débat. Qui permet en plus de lever les serveuses en sortant ta carte de presse l’air de rien, comme disait Hubert Beuve-Méry, ça faisait longtemps que je l’avais plus cité.
Et en plus, comme on gagne des sous, on nous offre même le droit de quitter Paris. Pour aller en reportage. Loin et tout.
Et là, tu comprends pourquoi Hubert avait raison.
Parce que quand tu pars en reportage, c’est la classe.
Déjà, tu signe un ordre de mission.
Un ordre de mission. Rien que le nom, tu peux sentir l’odeur chaude, iodée et moite du Lointain, le souffle de l’Aventure. Quand on m’a dit ça, j’ai failli filer m’acheter une paire de Ray-Ban et un gilet sans manches, tu sais, le kaki, avec plein de poches, qu’arborent fiérement les mecs en duplex de loin à la télé.
Et donc, tu dis où tu vas, combien de temps, comment tu veux t’y rendre, si tu veux une voiture, un hôtel, une call-girl, de la coke, tout ça.
Après, tu file ton truc, et dans les deux heures, y a un mec qui te rappelle pour un ou deux détails, genre la couleur de la pute de la Ferrari, tout ça.
Entretemps, tu t’es calé les pieds sur le bureau avec un énorme cigare pour lire l‘International Herald Tribune, en buvant du whisky d’un air blasé.
Après, tu es bourré, vu qu’il est 10h du mat. Mais c’est classe aussi, ça fait Hemingway.
Et là, tu as qu’à attendre de recevoir un récapitulatif avec tes codes pour le billet, le palace, la ferrari et le reste. Et à filer, les mains dans les poches, vers le sud de la France et l’aventure.
Genre.
Prochaine étape : la note de frais.








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