Douze jours (II). From the field
Je traverse une crise de couple, en ce moment, avec mon boulot. Du moins tel que je le pratique.
La passion s’est enfuie, un peu. La politique me sort par les yeux, j’ai passé le stade où les ors de la République m’impressionnaient et où je trouvais ça classe, d’avoir une centaine de portables d’élus dans mon répertoire. Pourtant, ces temps-ci, je fais dans le faste et le classieux, genre interviews prestigieuses dont j’aurais même pas osé rêver au temps lointain où c’était l’école de journaleux. Mais ça m’amuse moins.
J’en viens à préferer mes journées collées dans le bon vieil open space où je bosse à écrire des papiers à la chaîne et à surfer le Net tel un rider la wave, tu vois ? Même si ça me surgonfle aussi.
Tout ça manque cruellement d’exotisme. Même mon nouveau téléphone encore plus mieux que le Palm me gonfle.
Je crois que je vais aller élever des chèvres en Aubrac, monter un petit bed and breakfeast bio à 250 € la piaule, un truc comme ça. Ou écrire un livre, par exemple.
Episode 80 |Par Sam | le 29 fév 2008 @ 21:31 | dans Quotidiennes
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Douze jours (I). Réseaux
Paris, c’est minuscule, en fait.
C’est tellement la quintessence du parigot, cette réflexion, que j’aurais jamais pensé écrire ça un jour. Mais là, j’en ai eu plusieurs fois la preuve formelle, et c’est flippant.
Ces gens que tu rencontres et qui s’avèrent connaître tel ou tel collègue, ami ou contact que tu possèdes dans un tout autre contexte. L’impression d’appartenir à une petite communauté de jeunes diplômés parisiens, tous blancs, tous cadres, tous avec un métier-passion (coco).
Et moi, avec mes cinq ans de fac, ma maîtrise à deux balles, mes deux ans d’emploi-jeune et de chômage et mon école de journalisme au rabais, je me sentirais presque exclu, du coup, entre tous ces réseaux croisés de prépas, de Sciences-Po et autres. Ca doit être ça qu’on appelle l’ascension sociale. J’en parlerai à mon grand-père.
L’autre découverte, c’est que je commence à avoir ce qu’on appelle un “réseau”. Je sais qui appeler pour tel ou tel truc. Et ça aussi, c’est un apprentissage de ce qu’est le pouvoir tel qu’on le pratique à Paris.
Je n’en suis pas encore aux fameux dîners en ville, mais toucher du doigt ce système, comprendre son fonctionnement… en fait, ça me déprime.
Episode 82 |Par Sam | le 29 fév 2008 @ 21:30 | dans Quotidiennes
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Les posts auxquels vous avez échappé
J’ai posé ma journée, au fait. Tu t’en tamponnes, je le sais bien, mais c’est quand même pas mal.
Je me suis réveillé à midi, collé devant West Wing, rendormi jusqu’à trois heures de l’aprèm’, et c’était bon. Après j’ai vaguement bu un café avec un pote.
Et là, je redécouvre les joies de la misanthropie du vendredi soir. Tranquille, tout seul, à me remettre un peu de ces douze jours.Les pieds sur le bureau, affalé dans ma chaise en skaï, en écoutant du Noir Désir et en dégustant une 1664 blanche (what else ? Me demandait Georges hier au Monop’), parce que désormais, j’assume mon côté poète maudit alcoolique.
Ce qui pourrait m’inspirer des phrases profondes. Mais c’est pas gagné. Par contre, ça faisait douze jours que j’avais pas écrit, et ça m’avait manqué, en fait.
Du coup, comme je suis un grand malade, mais ça tu le savais déjà, je me suis dit que j’allais te faire douze posts, un par jour d’absence.
Episode 83 |Par Sam | le 29 fév 2008 @ 20:57 | dans Messages à caractère informatif
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Douze jours
[Hey, tu sais quoi ? Je suis pas mort. C'est pas la peine de te faire monter la tension comme ça. Bon, sérieusement, merci, pour tous ces commentaires, ces mails, ces appels, ces fax, sans parler de celui qui m'a envoyé un pigeon voyageur qui chie partout chez moi, c'était pas la peine, hein...]
Je sais, ça fait douze jours que j’ai rien écrit ici. Par manque de temps, d’envie, pas mal. D’inspiration, surtout.
J’aurais pu intituler ce post “j’ai testé pour vous : la vraie vie”, en fait. Parce que depuis douze jours, c’est un peu ce que je fais. Et c’est vachement bien, aussi, la vraie vie.
En douze jours, donc, j’ai vécu un tas de choses, tu n’imagines même pas.
J’ai cuisiné un risotto même pas raté, pour une fois. J’ai découvert le XIVe arrondissement. J’ai interviewé des politiques en vidéo dans des endroits où j’aurais jamais pensé aller un jour. J’ai changé de téléphone. J’ai acheté un jean chez Gap et deux t-shirts sur lafraise.com, histoire d’être un peu hype. J’ai sauté sur une fille qui me plaisait, juste parce que ça me semblait naturel de le faire. J’ai commencé à regarder Twin Peaks, sans trouver le temps de finir. J’ai commencé un bouquin de Romain Gary, sans trouver le temps non plus. J’ai fini Battlestar Galactica, en revanche. J’ai lu des tas de magazines. J’ai pas assez dormi, mais passé des nuits assez merveilleuses dans l’ensemble. J’ai écrit des tas d’articles traitant de droit constitutionnel. J’ai été augmenté. J’ai reçu la visite de ma maman.
Et puis aussi j’ai redécouvert les joies de la conquête, de la rupture, de la reconquête, des élans et des transports (en commun, oui, aussi), des frustrations, des moments uniques et des moments juste bons, des rebuffades, des sentiments, et bien entendu du seske (parents, éloignez vos enfants de l’écran, parce que oh mon Dieu, pour une redécouverte, ce fut une redécouverte… ).
J’ai fait le coach, un peu, le malin, un peu aussi, enchaîné les restos, écrit des textos. Trop. J’ai tenté, sans toujours y parvenir, de freiner mes tendances naturelles au romantisme transi, ambiance “allons au vent mauvais de novembre crever de pleurésie en nous sussurant des serments d’amour sur une barque de bois noir perdue au milieu d’un lac brumeux”. Compris que le trop tuait le bien, souvent.
Et que l’important, c’était quand même essentiellement de s’amuser un peu, sans se sentir obligé de rejouer 37,2 le matin ou la Chartreuse de Parme.
Et c’est plutôt carrément cool, dans l’ensemble.
Et puis, enfin, j’ai découvert que mon idée de bouquin que je trimballe depuis six mois était une bonne idée, et que je savais quoi écrire, comment l’écrire, et avec qui. Et même comment le faire éditer. Et qu’il serait temps de m’y mettre avant que quelqu’un d’autre n’y pense aussi.
Autant te dire que tout cela m’a ôté tout loisir de t’écrire des conneries.
Episode 84 |Par Sam | le 29 fév 2008 @ 17:08 | dans Quotidiennes
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Six trucs (j’ai testé pour vous : la chaîne de de blogueurs)
Bien ma veine : me voilà taggé.
[Pour toi, lecteur néophyte en blogueries diverses et variées, quand on tagge quelqu'un, c'est pour lui passer un truc à faire sur son bloug]
En l’occurrence, je suis donc censé te raconter 6 trucs inintéressants sur moi, genre mes manies et mes tics. En même temps, ce bloug est déjà un dépôt à trucs inintéressants sur moi, mais bon.
Normalement, ma déontologie [qui est au journaliste ce que l'acné est à l'adolescent, disait Hubert Beuve-Méry, décidément toujours aussi spirituel] m’interdit de répondre aux chaînes de blougs, mais je vais faire une exception, parce que c’est Meiry qui demande. Et que bon.
[Alors, si j'ai tout compris, je suis en plus censé te coller la règle du bidule. Mais faut quand même pas pousser. Elle est disponible ici, si vraiment tu y tiens]
Voici donc, roulements de tambour, six trucs inintéressants que tu ne savais pas sur moi, et qu’il ne te serait jamais venu à l’idée de demander, d’ailleurs [attends de lire, tu vas comprendre pourquoi] :
1/ Déjà, j’ai les yeux marrons. Juste marron. Pas noisette, ou bordés de vert, ou je sais pas quoi, non : une beau marron caca de berger allemand bien nourri. Couleur totalement banale s’il en est, portée par les trois quarts des gens qui peuplent cette bien belle planète. Ca te calme, ou pas ? Allez, je te rajoute un bonus : j’ai des cheveux qui font n’importe quoi. Genre ils frisent, mais juste au niveau des tempes, pas ailleurs. J’ai déjà provoqué des dépressions chez des coiffeurs, avec ça.
2/ Ensuite, je déteste un certain nombre de trucs, comme ça, gratuitement, sans raison. Par exemple la sensation de mordre dans du papier. Rien que de l’écrire, ça me hérisse les poils. Brrr. Ou les parapluies. Je hais les parapluies. Quand je serai dictateur, je punirai de mort les porteurs de parapluies. La sentence sera l’empalement du contrevenant sur l’objet, avec exécution immédiate.
3/Ah oui, j’oubliais celle-là : quand je suis bien déprimé, je suis totalement capable d’avoir limite les larmes aux yeux devant la fin d’une saison de 24 ou même d’une baston bien héroïque dans One Piece. Alors que la fin d’un Lars von Trier bien glauque (Genre Dancer in the Dark, au hasard) me laisse généralement assez indifférent. Même si point de vue artistique tout ça, je trouve quand même le Lars von Trier supérieur au Jack Bauer tout venant, hein. Me prends pas non plus pour un boeuf.
4/Euh, quoi d’autre ? Ah oui : quand j’ai un peu bu, j’imite pas trop mal Sarkozy. Ca fait rire les âmes simples. Et puis de manière générale, j’aime bien l’humour à références. Le problème, c’est qu’à part deux potes dans le même cas, que à trois on te pourrit ta soirée en gueulant “Souvenez-vous de Mers-el-Kébir !”, ben personne comprend, en général.
5/J’aime pas les quenelles. Pas les Lyonnais, hein [encore que] : les machins farineux, là, que je sais même pas ce qu’on met dedans au juste. C’est de la saloperie. D’ailleurs, la gastronomie lyonnaise en général, je suis plutôt contre, en fait. Et pourtant, j’ai donné. Mais merde, faire frire du gras de cochon pané et servir ça à l’apéro, tu vas pas me dire que c’est normal, comme comportement alimentaire, si ?
6/Je fais régulièrement des rêves [étranges et pénétrants, oui, aussi] qui pourraient sortir de la tête d’un scénariste de séries américaines sous acide. Cette nuit, par exemple, j’ai passé des plombes à lutter dans un corps-à-corps féroce avec une tortue de mer. Si. Et j’ai fini par lui mettre une branlée, d’ailleurs, à cette carne. Non mais. [Tu peux contacter Greenpeace si tu veux, j'assume. C'est pas parce que c'est des espèces protégées que je vais me laisser faire, non plus].
Et puis, en vrac : je sais pas conduire les automobiles ; par contre je sais faire la cuisine et j’aime bien ; j’aime pas jouer aux cartes ; j’ai mis une cravate deux fois dans ma vie pour des mariages ; quand j’étais petit j’ai failli mourir noyé en plongeant dans une piscine sans savoir nager ; j’ai longtemps fait de l’escalade et à chaque fois, j’avais peur de mourir, mais c’était bon quand même ; sur mon bureau, j’ai une affiche électorale du général de Gaulle ; j’ai eu mon premier ordinateur à sept ans ; j’ai inteviewé Jack Lang en vidéo avec un téléphone portable…
J’arrête là. Si tu en reveux, tu le dis.
Normalement, si j’ai tout compris, je suis censé refiler le bébé à d’autres blogueurs infortunés. Et comme je suis un rebelle, ce que tu as déjà bien compris, ben je le passe à Kmille, François Fillon, Mahmoud Ahmadinejad, Jean Michel Apathie et le père Xavier Cormary.
[Je sais pas toi, mais en fait, j'aime autant quand je raconte n'importe quoi, finalement].
Episode 85 |Par Sam | le 16 fév 2008 @ 20:58 | dans J'ai testé pour vous
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Mise au point
[Bon, on va quand même écrire un truc, finalement. Je sens que ça finit par t'angoisser, ce silence].
Hey ! Je t’ai manqué ?
J’espère bien, en même temps…
Donc non, je ne suis pas mort. Je n’ai pas non plus quitté ce monde de compétition, de violence et de vices pour me retirer chez les fransiscains. [En même temps, j'aime trop le vice pour ça].
En fait, je n’écris plus dans ce blog, parce qu’il en vient à m’inquiéter quelque peu. J’ai l’impression qu’il possède un genre de vie propre, qui me dépasse. C’est un peu la boîte de Pandore. A peine je l’ouvre, il m’arrive plein de trucs.
Plutôt cools, dans l’ensemble, voire plus que ça. Mais ça fait beaucoup d’un coup. Surtout quand je dois encore te les raconter par la suite. Surtout quand ce que j’écris influe sur les choses en question. Et que je n’ose plus écrire, parce que je me sais non seulement lu, mais aussi par qui.
***
En clair, je fais une overdose d’autofiction. Il m’arrive des choses que j’ai envie de vivre, juste. Sans me sentir le besoin de te les narrer en en faisant des tonnes dans tous les sens.
C’est dangereux, l’écrit. Je le sais, en plus. C’est un peu mon métier, à la base. Mais j’avais quelque peu oublié.
Une discussion, et même un discours, ça se corrige, ça se décline en intonations, en regards, en sourires ou en grimaces. Une phrase, par contre, une fois que je l’ai écrite et posée là, sous tes yeux, elle reste. Livrée toute nue à ton interprétation. Sans que je puisse en contrôler grand-chose. Elle vit sa vie, elle fait son chemin dans ta tête, et tu fais ta petite cuisine avec.
Bref, j’écris, et tu interprètes. Si on ne se connaît pas, ça va. Mais lorsque je commence à devoir réfléchir à ce que
j’écris, et à comment je l’écris, ça perd son côté amusant.
***
J’ai longtemps écrit pour moi tout seul, donc sans vraiment de frein, mais en y mettant un peu de style (même si c’est - toujours pas ça) pour l’amour de l’art. Après, j’ai blogué longtemps dans la même veine, en me foutant un peu des conséquences. Parce qu’elles n’ont jamais été dramatiques, que mon blog n’était lu que de quelques potes.
Puis j’ai arrêté, par manque de temps, mais aussi d’envie. Parce que je vivais trop de choses pour prendre le temps de les consigner quotidiennement dans un carnet de bord.
Depuis quelques mois, j’ai repris. Pour faire le point, pour me faire du bien, pour me retrouver une existence, un peu. Ou lui donner sens. Je te raconte ma vie, en la tournant, évidemment, de manière plaisante. Pour la rendre plus agréable et plus exceptionnelle à tes yeux, mais surtout aux miens. Je me soigne l’égo en me la jouant aventurier du quotidien, sans lever le cul de ma chaise. Ou alors juste assez pour avoir de quoi te faire une note.
***
Mais cette semaine, il m’est arrivé un truc qui m’a pas mal ouvert les yeux. Et fermé le robinet à verbiages. Parce que j’ai juste envie de le vivre. Et pas de tenter brillamment de te le résumer en trois paragraphes cynico-romantiques. Ni encore moins de me servir de ce blog, à qui il doit pourtant pas mal, pour le mettre en scène à coups de petites allusions, genre mauvais roman à clés to the happy few. Stendhal, ça m’a toujours gonflé.
Rassure-toi (ou pas, d’ailleurs) : je ne vais pas partir. Mais je vais revenir au but premier de l’exercice : satisfaire ma graphomanie en te racontant n’importe quoi dans l’espoir de t’arracher un sourire.
Mais plus ma vie. Ou plus cette partie-là.
Appelle ça une crise de pudeur tardive, une prise de conscience de la notion de lectorat, une leçon tirée d’expériences récentes, ce que tu voudras.
Personnellement, j’ai mon hypothèse. Mais je ne la partagerai pas avec toi. Désolé.
L’aspect positif de tout ça, c’est que je me suis rendu compte d’un truc : je me limite pas à être ce que j’écris. La meilleure partie est ailleurs, en vrai. Ce qui est quand même plutôt cool, non ?
Episode 86 |Par Sam | le 16 fév 2008 @ 1:56 | dans Messages à caractère informatif
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Périphérique extérieur
[Oui, je sais. Tu vas lire cette note, et tu vas me dire que je suis une merde. Et tu auras parfaitement raison.]
On roulait sur le périphérique au son d’Émilie Simon, sans dire grand-chose. Elle conduisait et je regardais défiler les portes, et je regardais les loupiotes dans la nuit qui faisaient des traits lorsque je plissais les yeux.
Elle conduisait, et je me sentais très très con, à me faire raccompagner comme ça jusqu’à chez moi, par cette fille vingt, cent fois trop bien pour moi.
Elle conduisait, et je me sentais très triste, de pas pouvoir lui offrir mieux que cette déclaration de forfait sentimental qui tournait à la forfaiture pure et simple.
On ne disait pas grand-chose. Qu’aurait-on pu dire de plus ? Deux heures auparavant, j’avais fini par les lâcher, ces mots qui me brûlaient le ventre et qui tournaient dans ma tête.
Deux heures auparavant, enlacés devant la télé, j’avais fini par lui expliquer. Par tenter du moins. Et elle avait eu la suprême élégance de comprendre, là où j’eusse mérité rien moins qu’une tarte dans la face.
Indisponibilité amoureuse. Blessures que je croyais cicatrisées et qui saignent encore. Elle n’était pas Elle, et c’était là sa seule faute. J’étais, je suis, un connard, c’est là la moindre des miennes.
L’autre étant d’avoir voulu croire le contraire, de m’être cru prêt à courir là où je ne peux encore que boiter.
Elle l’avait tellement bien pris. Tellement sereinement. J’en étais admiratif, et honteux, aussi. Je le suis toujours. Je vais l’être longtemps, je crois.
Merci pour tout ça, toi. Et désolé encore. Tu mérites bien mieux que moi.
Episode 87 |Par Sam | le 11 fév 2008 @ 0:38 | dans Quotidiennes
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Buttes Chaumont
[Encore un antidatage. Des fois je me dis que c'est mal, cette mise en scène. Hubert Beuve-Méry trouverait ça scandaleux. Mais tant pis. Décrédibilisé pour décrédibilisé, autant laisser libre cours à mon côté romantique pompier]
J’avais fini par suivre les conseils que je t’avais doctement dispensé la note d’avant. J’avais rajouté quelques chansons à la playlist de mon Treo, enfilé ma veste, et j’étais parti marcher.
Aux Buttes-Chaumont, à environ 500 mètres de chez moi, pour faire original.
J’adore ce parc. Notamment parce que tout y est faux. Ce bon Jean-Charles Alphand avait hérité d’un no man’s land de carrières sur la colline qui surplombait le fameux gibet de Montfaucon du Moyen-Age, et il a improvisé, à base de béton.
Dans le parc des Buttes-Chaumont, on trouve une île, fausse, au milieu d’un lac, faux. La caillasse un peu ambiance Disney, c’est un reste des carrières de gypse enrichi au béton. Idem pour la fausse cascade qui vient se jeter dans le faux lac. Et pour les rampes imitant des branches d’arbre noueuses. Et pour les marches, et pour les parcours.
Au milieu de tout ce faux qui essayait de faire vrai, je venais prendre enfin une décision, pour sortir de cette impasse qui lui faisait du mal, et à moi aussi.
J’errais donc dans les allées, regardant sans les voir les milliers d’autres Parisiens qui y passaient. Paris, la ville où il vaut mieux aimer les gens.
La veille, j’avais fait mon malin pour nous sauver du malaise, en lui expliquant qu’à Paris, on est toujours le décor de l’autre. Collés à la pointe du Vert-Galant, on servait de décor parisien aux touristes des bateaux-mouches qui nous prenaient en photo en passant.
[Ce blog est sponsorisé par l'Office du Tourisme de Paris]
Cette fois, c’étaient les joggers en fuseaux, les couples à poussettes, les amoureux tankés dans l’herbe et les clodos endormis au soleil qui composaient mon décor. Celui de ma comédie sentimentale petit budget.
Au bout d’un tour de parc, j’avais choisi une direction. Pas la plus glorieuse, ni la plus agréable. Peut-être la plus honnête, en revanche. Ce qui ne changeait rien à l’affaire. Ni au fait que je me sente bien bien minable.
Episode 88 |Par Sam | le 10 fév 2008 @ 17:49 | dans Quotidiennes
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Rien
[Dimanche, déjà. Tu as vu ? Il fait beau. Perso, je m'en fous : je suis à moitié malade, une crève sournoise qui menace de se transformer en quelque chose de moins drôle si je la laisse faire. Mais il fait beau. D'ailleurs, tu ferais mieux d'aller te balader, plutôt que de traîner sur des blougs. ]
A la base, je voulais te faire un bilan, tout ça. Mais pour ça il faudrait que je sache où j’en suis. Et comme j’en ai pas la moindre idée, je me suis dit que c’était pas la peine.
Hier, on a été se balader sur les quais de Seine, et je ne savais pas quoi répondre à ses questions bien légitimes. La veille, je m’étais quelque peu bourré la gueule sans le vouloir, à force de bières et de fatigue, sans trouver dans l’ivresse quelque réponse que ce soit.
Mon samedi soir fut minimaliste. Je me suis suicidé à petit feu à l’aide de McDonald’s en regardant sans y penser des Kaamelott que je connais par coeur, en lisant sans conviction deux hebdos achetés histoire de, qui racontaient la même chose.
Je me suis couché tôt. J’ai dormi, beaucoup. Trop.
Je me suis levé, c’était dimanche. Et il faisait beau. Et j’avais mal à la gorge, et un peu de fièvre.
Et toujours pas de réponse à mes questions.
Episode 89 |Par Sam | le 10 fév 2008 @ 13:35 | dans Quotidiennes
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Rechute (je suis un connard, épisode II)
[Cette rubrique n'a jamais aussi bien porté son nom]
Ca va, toi, depuis le temps? C’est un peu poussiéreux, ici. Pardon pour le manque d’updates depuis quelques jours. C’est pas que je t’oublie, hein. C’est plutôt que je ne sais pas quoi écrire. Ou plutôt que je sais pas si je dois l’écrire. Ni comment.
Et nous voilà au vendredi soir d’une semaine qui devrait pourtant être en tête de mon top 10 des plus agréables depuis six mois. Mais non. Parce que ce serait trop simple. Et que, tu l’auras noté, simple, c’est pas vraiment mon deuxième prénom.
Plutôt que de profiter de ce bonheur inattendu, j’ai donc préféré me lancer depuis 48 heures dans une sorte de crise d’angoisse sentimentale dont j’ai le secret, subtil mélange de questionnements oiseux, de névroses plus ou moins assumées, de futurologie à deux balles et de connerie pure.
Prends tout ça, shake bien, relève d’une bonne dose de fatigue due au manque de sommeil, parfume au stress du taff, ajoute une olive, et tu obtiens une très belle crise à la Sam.
A base de popopop, comme disait le poète. Et surtout, surtout, sans raison objective. C’est essentiel à la mixture.
Disons qu’il y a une certaine ex qui m’a bien ravagé le coeur et le cerveau, plus gravement que je ne le pensais. Disons que j’en suis peut-être pas tout à fait sorti encore, ou du moins pas autant que je voulais le croire. Disons que j’ai peur de me péter la gueule une fois de plus, une fois de trop. De me tromper. De faire mal. D’avoir mal. D’être heureux, peut-être, aussi, un peu.
Et que tout ça me donne la désagréable sensation que quelqu’un fait de jolis noeuds de chaise avec mes tripes. Et que tout ça m’a pris le cerveau et ne le lâche plus, non plus.
Et que la seule chose vraiment belle, dans ce tas de conneries, ce sont les trésors de compréhension et de gentillesse que déploie une certaine jeune fille, décidément bien, trop pour moi peut-être, face à mes atermoiements ridicules et mes dilemmes pitoyables.
Du coup, tu comprendras que t’exposer tout ça me tente moyennement.
Sur ce, je vais aller boire des verres et raconter des conneries avec des potes. Ce qui ne solutionnera pas grand chose, mais devrait me soulager un poil.
Tiens, je te mets un peu de musique, ça fait longtemps
