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[Chiens écrasés]

TheSamProject,saison 5 /

Geekitude, sentiments et journalisme en mileu urbain

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J’ai testé pour pour vous : mourir (ou pas loin)

[Histoire de changer un peu de registre]

Tu es en train de lire des mots écrits par un homme qui a vu l’Autre côté et qui en est revenu. La lumière blanche, ma vie qui défile devant mes yeux… tout ça, je l’ai vécu.

Tel que tu me vois, je suis un survivant.

[Là, normalement, j'ai capté ton attention, que je sais parfois vacillante. "L'accroche, coco, disait Hubert Beuve-Méry, si c'est bien fait, c'est comme une fille qui te montre un bout de culotte : tu peux pas faire autrement que de chercher à en savoir plus". Il était parfois vulgaire, à ses heures, Hubert, je sais ]

Ca c’est passé ce matin, vers 6h45, du côté de la Gare du Nord. Car oui, à l’heure où certains paressaient encore au fond de leurs couches douillettes et parfois même réchauffées encore de la présence d’un autre corps endormi à leur côté [ce qui, je viens de le redécouvrir, est tout de même du bonheur], d’autres étaient déjà dehors.

D’autres s’étaient levés à 6 heures, dans la nuit noire, fatigués, mais résolus. Ils avaient avalé un expresso [de bourgeois, tu connais maintenant] au doux son de la revue de presse de France Info, puis filé sous la douche tenter de se réveiller un poil.

Ceux-là, l’oeil (et les cernes) déjà tourné vers la journée qui commençait, avaient enfilé un pull chaud, une veste, leur musette de journaleux, ne poussant qu’un inaudible soupir lorsque, sortant de l’immeuble, ils découvraient qu’en plus d’être noir, le ciel était chargé d’une sourde menace, tandis que des rafales d’une bise glacée venaient tourbillonner dans la rue sombre.

[Il n'y a plus de lumière dans ma rue depuis ce weekend, c'est légèrement flippant]

Ces héros muets, sentinelles anonymes de l’information, j’en étais ce matin alors que j’enfourchais mon fidèle destrier gris grâcieusement prêté par la mairie de Paris (Delanoë for president) et JC Decaux (euh…), prêt à bondir vers des sommets de gloire et d’éthique journalistique.

C’était compter sans l’Adversité au nez morveux qui, toujours, attend le héros au tournant.

Filant tel le renard du désert, malgré le crachin et un vent contraire qui me donnait l’impression de reculer au lieu d’avancer parfois (alors, comment veux-tu… Disait le poète), j’arrivai rapidement devant la gare du Nord déjà remplie à cette heure de banlieusards tristounets débarqués par pelletées de leurs pavillons lointains.

Esquivant, comme à mon habitude, piétons et taxis à l’aide de magistraux coups de reins qui ont valu ma réputation [pardon, j'arrête là], je me frayais un chemin dans ce chaos, et arrivai au début de la rue de Dunkerque, me préparant déjà à une longue et salutaire descente.

C’est là qu’eut lieu le drame.

Devant moi, un bus. Le bus est au vélib ce que l’éléphant est au guépard : plus gros, plus laid, moins agile, mais bien plus puissant en fin de compte. Avec cette différence toute parisienne que le bus est en outre souvent conduit par un chauffeur qui nourrit à l’égard des vélib et de leurs pilotes les sentiments qu’avait la Diète polonaise du XVIe siècle pour les cosaques zaporogues du Dniepr.

[Cet intermède culturel t'était offert gratuitement, profite]

En gros, ils n’aiment pas les vélib. Ils n’aiment personne, de toute façon. Or, le vélibeur avisé et respectueux des lois (dont je suis) doit souvent, à son corps défendant, emprunter la même voie carossable que celle du bus RATP tout venant. Ce que je faisais, justement, ce matin-là.

Hélas, trois fois hélas, j’avais sous-estimé la cruauté de ce chauffeur. Qui, non content de me doubler en passant le plus près possible de moi, s’amusa ensuite à piler à son arrêt, me laissant un espace manoeuvrable minimal.

Vélibeur depuis les débuts, je suis moi-même un vieux briscard de la chose. Un magistral coup de rein eut tôt fait de faire accomplir à mon fidèle destrier un virage sur l’aile destiné à esquiver le bus et le doubler fiérement.

Mais c’était sans compter l’autre prédateur naturel du vélib : le taxi. Qui est la hyène de cette jungle urbaine. En l’occurence, un spécimen, un blanc (les pires), c’était sournoisement glissé dans mon dos, décidant opportunément de déboîter au même moment que moi.

- “Bloods and gut’s !”, m’exclamai-je, réalisant en une fraction de seconde qu’il ne me restait qu’un seul choix : celui de freiner tristement, sous peine de finir en carpaccio entre les deux véhicules.

C’est là qu’intervint l’Adversité à l’oeil torve.

[J'avais eu une trop bonne semaine, aussi, j'aurais dû me méfier]

Sous la forme de cette saloperie de revêtement qui compose les passages piétons, que la pluie avait rendu aussi glissant qu’une cote de popularité présidentielle.

J’ai donc été victime de ce qu’on nomme un aquaplanning. Je suis parti en diagonale, droit vers la roue arrière-gauche du bus, avant que la gravité ne se rappelle à mon bon souvenir, m’explosant la jambe droite contre le bitume, tandis que j’encaissais le poids de mon corps [certes plus léger qu'avant, mais tout de même] et du vélib sur le poignet droit, qui n’avait rien demandé.

Bref, je me suis vautré, là, comme un con, au milieu de la route.

En me relevant piteusement, j’ai eu le temps d’apercevoir le sourire mauvais du chauffeur du taxi blanc, visiblement très content de son coup, avant qu’il ne s’enfuie en ricanant. Quant à moi, j’ai repris le chemin du travail, le pantalon humide, le poignet douloureux. Et l’égo, mon égo superbe de vélibeur, mortellement blessé.

Mais je suis tenace. Dès demain, j’enfourcherai à nouveau mon destrier pour braver la bise de manière écologique. Et cette fois, oh oui, cette fois, je triompherai.

Sur ce, je te laisse, j’ai des pneus de taxis à aller crever.

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Episode 93 |Par Sam | le 5 fév 2008 @ 19:44 | dans J'ai testé pour vous
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