Temps morts
[Je sais, je te délaisse un peu, en ce moment. Mais bon, je ne t'oublie pas, tu vois]
Il était rentré à pied, pour ne pas changer. [oui, ce soir ce sera "il". J'innove]. 9e, 10e, 19e by night, la route habituelle. Dans les oreilles : Beirut, Nantes.
En marchant, il s’était quelque peu introspecté les tréfonds du cerveau, profitant de ces quelques heures de silence communicationnel soudain et inattendu. Essayant aussi de ne pas céder à sa posture classique en cas de silence communicationnel soudain et inattendu.
[Celle dite du "bambi aux abois" : figé, patte métaphorique en l'air, un oeil sur le téléphone, l'autre sur le MSN, le troisième sur sa boîte mail, à guetter un signe, les flancs battants au rythme de son petit coeur, le cerveau surchauffé à force d'échafauder d'improbables scénarios catastrophe]
Tentant plutôt d’en profiter pour faire le point, si tant est qu’il y en ait un à faire. Et se disant que dans l’ensemble, la semaine avait été plutôt d’une rare intensité. Qui culminait dans de vieilles angoisses abandonniques dont il avait, célibat aidant, oublié jusqu’à l’évidence.
En un sens, et il fallait être bien bien tordu pour comprendre, c’était donc plutôt positif.
Il croisait des passants qui passaient et s’en foutaient, eux, de ses états d’âme. Il leur rendait d’ailleurs bien la pareille, tout occupé qu’il était à son cénacle intérieur.
Arrivé chez lui, après un petit arrêt-boisson à l’épicerie du bas de la rue, le débat faisait intérieur faisait toujours rage.
Pour le calmer, il fit ce qu’il faisait d’habitude dans ce genre de cas: rien. Respirer un grand coup, poser ses fesses dans le fauteuil de bureau suédois en skaï, et écrire tout ça. Pour son blog, tant qu’à faire.
Soudain, dans le silence de sa chambre, qui tendait à devenir aussi oppressant qu’une cache d’al-Qaïda au Waziristan, un son retentit.
- “Tilili”, fit le MSN.
- “Gargl”, répliquèrent muettement les organes internes de notre héros alors qu’ils encaissaient d’un coup 6 G de montagnes russes émotionnelles, passant en un dixième de seconde de l’abattement stoïque du Spartiate aux Thermopyles à l’exhaltation chrisitique de Mickey dans Mickey va en free party.
- “Mais putain, qu’est-ce que je peux être grave, moi, c’est pas possible, je devrais me faire breveter”, réussit-il à articuler, envisageant une fois de plus de s’interroger un jour en profondeur sur les causes de cette capacité proprement surhumaine à se faire des films.
Ensuite, posant ses doigts encore tremblants sur le clavier, il tenta de reprendre cet air détaché et cynique qu’il se piquait le plus souvent d’arborer pour faire glamour, avant de taper un “hey” laconique de circonstance.








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