De l’anonymat et de ses joies
[Edit : ce post est relativement long, et moyennement intéressant. On va dire qu'il fallait que j'écrive ça un jour, quelque part sur ce blog, parce que ça fait partie du chemin de croix du bon blogueur. Te voilà prévenu.]
Fini à 22 heures, ce soir. En plus, j’ai fait des infidélités à mes carottes quotidiennes en cédant à l’amicale pression de mes collègues confrères qui voulaient bouffer japonais, et en me tapant un énorme shirashi. L’erreur tragique : j’ai fini vautré dans mon fauteuil, en catatonie postprandiale, avec l’impression d’avoir une bétonnière de riz dans l’estomac. Ce qui était plus ou moins le cas. Il m’a bien fallu la demi-heure de rentrage à pied qui va bien pour me remettre. Mais là, ça va mieux, merci de demander.
Fin de l’interlude alimentaire.
ca va, toi ?
Tu sais quoi ? Je m’interrogeais, ce matin sous la douche, sur la gestion de mes identités numériques. Là, tu vas me dire que, décidément, je me pose de bien étranges questions, surtout sous la douche. Ce en quoi tu n’auras pas tort. Mais attends : je vais t’expliquer tout ça. Ca va être un peu long, par contre, je te préviens : je suis en phase montante de graphomanie compulsive.
1. Google est ton ami
En fait, je t’explique : déjà, ben je travaille sur Internet. Donc j’y suis toute la journée, ou pas loin [quand j'y suis pas, je suis a) dans une réunion quelconque, b) quelque part dans Paris avec une caméra et un reportage à torcher pour avant-hier, coco et c) devant le poste de montage à me dire que décidément, je ne suis pas monteur, mais c'est pas grave, coco, on s'en fout, l'image qui tremble et les séquences coupées à la tronçonneuse, c'est super web, comme disait Hubert Beuve-Méry].
Ensuite, sur le web, j’y écris de bien beaux articles, signés de mon vrai nom. Ce qui me fait une première identité numérique. Sur Google (qui est ton ami), tu me cherches, tu me trouves. En connaissant mon patronyme. Ou même pas, d’ailleurs. Je viens de faire le test, c’est pas bien difficile.
Cette identité, comme je suis un geek du type 2.0., c’est à dire social [un jour, promis, je t'expliquerai ce qu'est un geek. Mais dans un livre.], je la décline en : mail pro, mail perso “officiel”, profils Viadeo, Facebook, Deezer… Bref, pas mal de moyens de connaître pas mal de choses de ton serviteur.
Et tout cela se gère. Un jour, j’ai écrit une énorme connerie dans un papier sur le piratage d’iTunes. Un type a détruit, à raison, mon article sur un forum.Le problume, c’est qu’il s’est fait plaisir, en ne manquant pas de citer mon nom plein de fois. C’est resté en tête des requêtes Google pendant 3 mois, et c’était pas la classe.
Mais ce “vrai” moi numérique n’est qu’une des facettes de ma présence webbeuse. Comme tout le monde, j’ai, par exemple, un junk mail qui me sert à m’inscrire à divers trucs à la con, dont je n’ai pas la moindre envie qu’ils obtiennent des renseignements sur moi. Ca me fait une seconde identité, avec un nom et un prénom tout bidons, mais qui existent, et qu’on peut tracer sur Google (qui est le plus fidèle compagnon de l’homme, ne l’oublie jamais).
Ca fait déjà deux noms, et trois adresses mail. Mais c’est pas fini : il y a notre bon vieux Meetic, sur lequel j’ai également un profil, pour ce qu’il me sert. Et un mail dédié qui va bien, aussi. Bon, là, Google ne peut rien pour toi. Heureusement, en même temps.
Et puis il y a ici, surtout. Une autre vie, un peu. Avec un pseudo [pitoyable, j'en conviens, mais historique : je bloguais déjà en 2003, moi, monsieur, bien avant Juppé et Raffarin.Avec un modem 56k, même. J'ai connu Versac à ses débuts, c'est dire...]. Et des lecteurs. Toi, déjà. Et puis quelques autres. Et donc une présence . Ténue, récente, mais qui commence à se faire sentir [Je truste la catégorie Meetic sur wikio, moi, monsieur. Alors un peu de respect, je te prie].
2. Outing, or not outing ?
Et on en arrive à mon problème du moment [enfin, j'en ai d'autres, comme tu n'es pas sans le savoir si tu as lu le reste, mais bon], et qui m’a déjà bien gonflé il y a quelques années de ça l’ anonymat, or not anonymat.
D’un côté, la tendance du moment, c’est d’assumer. D’avoir son vrai nom quelque part sur son blog. Parce qu’un blog, coco, c’est de la valeur ajoutée. C’est du contenu, du texte, du lien. Ta petite contribution à ce gros tas de données qui bougent qu’on appelle le ouaibe. Donc, sur un CV, ça le fait. Enfin, moins qu’avant, mais chez des gens peu aware (genre + de 45 ans), ça marche encore. Surtout si tu ne fais pas comme moi, et que tu écris autre chose que des lamentos sur le célibat, Ikéa et Monoprix.
D’un autre côté… Pour tout te dire, il y a un an, tout faraud, je m’étais acheté un joli nom de domaine pour y mettre dessus mon blog à moi, avec ma trombine et tout. Je voulais causer politique, web social, débattre par posts interposés avec les stars du blogo-système. Bref, conquérir le monde.
J’ai jamais été foutu de rien y écrire [sans parler des aspects techniques inhérents à la mise en place d'un blog de grand avec Wordpress, qui m'amusaient beaucoup plus quand j'étais étudiant et n'avais rien d'autre à foutre, mais nettement moins maintenant, je sais, je m'embourgeoise].
3. Scandaleuse pornographie (conclusion)
Pourquoi ? Parce que je cause déjà de tout ça à longueur de journée, quand je fais le journaleux.
Et le soir, j’ai envie de te causer d’autre chose.
De ce que je veux, déjà. Sans me demander ce que tel ou tel assistant parlementaire branché web, telle ou tel attaché(e) de presse, tel ou tel blogueur influent, sans parler de mon père, va penser de ma dernière note
Ici, j’ai envie de me lâcher. D’écrire tout ce qui me passe par la tronche. De te raconter ma journée, de gloser sur Paris, les supermarchés, Rilke ou mes insomnies.
D’où : retour au bon vieux TheSamProject des débuts. Et donc impossibilité de te parler de mon boulot mon sacerdoce au service de la démocratie d’opinion autrement que par de vagues allusions. Impossibilité de te faire profiter de ma page Facebook et de ses applications débiles, mais qui occupent tes longues heures de bureau, avoue. Impossibilité aussi de te montrer mon profil d’aigle et mes yeux de biche en émoi, sans même te parler de mes lobes d’oreille.
Bon allez, d’accord. Voilà mon lobe d’oreille.
[Parents, éloignez les enfants de l'écran, cette image d'un érotisme insoutenable pourrait leur causer une sexuation prématurée potentiellement nuisible à leur intégration en école primaire].
Episode 113 |Par Sam | le 24 jan 2008 @ 0:49 | dans Geek Story
• commentaires »
Chronos et Beuve-Méry
Un bain plus tard.
[Rappelle-moi d''arrêter avec les plans bain à dix heures du soir. A chaque fois, avant, je me dis "super, tu vas pouvoir te détendre en méditant des choses profondes et belles", et pendant, je me fais chier comme un rat noyé en bloquant sur le rideau de douche à pois qu'elle aimait tant, et qui me paraît désormais super moche, si tant est qu'un rideau de douche puisse être autre chose.]
Tu sais quoi ? En marinant dans l’eau chaude, et lorsque je ne bloquais pas sur le rideau de douche, je me faisais cette réflexion : en fait, je me fais relativement super chier, les soirs de semaine.
Je ne sais si Rilke a écrit un truc sur l’ennnui qui accompagne la solitude difficile, mais il aurait dû. Parce que c’est pas simple, non plus, l’ennui. T’inquiète, hein : je meuble. Je bouquine, j’avale de la série, du film et du documentaire par teraoctets, je blogouille, je scanne mon Netvibes en boucle, et il m’arrive même d’aller tabasser de la harpie à grands coups de clic.
Mais tout cela reste assez pauvre en intensité dramatique. Etudiant, je vivais mieux le célibat, parce qu’il se passait en groupe de potes et en soirées diverses et variées. Jeune actif dynamique parisien, ben c’est moins drôle. Déjà, tes potes sont soit macqués, soit ils habitent à l’autre bout de la France, soit ils se lèvent tôt le lendemain. Les trois en même temps, d’ailleurs, souvent. En plus, t’as plus la santé et un job un peu trop exigeant pour aller faire pump it up dès le mardi soir.
Du coup, ben tu restes comme un con devant ton écran à faire ta petite vie numérique brouillonne, mais ça je t’en cause plus tard.
Et pendant ce temps, une petite horloge dans mon crâne fait tictac et me rappelle que dans 683 jours d’ici, je serai trentenaire. Chronos, salopard mangeur d’enfants, va.
Et que d’ici là, il va peut-être falloir mettre un coup de collier, si je veux enfin accomplir tous ces trucs dont je me disais, gamin, qu’ils seraient faits avant 30 ans. Genre écrire un livre, parce que ça, c’est inévitable. Genre faire un voyage de six mois au Japon, en Chine ou au Bhoutan, enfin là-bas, loin. Genre devenir 5e dan d’aïkido, pour pouvoir me la péter, un peu. Genre arrêter de fumer, parce que c’est mal. Genre faire un gamin, aussi, pour pouvoir lui raconter des conneries et lui dire tu vois mon fils, tu vois ma fille, la vie, c’est comme ça. Genre avoir trouvé la femme de ma vie avec qui faire tout ça, surtout.
[Et que c'est pas en prenant des bains que ça va avancer. [Ni en racontant des conneries sur un blog, tu me diras. Quoique...]
Le problème, c’est que je me sens comme un lapin dans les phares d’une bagnole conduite par cette vieille salope de Chronos. Fasciné par la lumière et incapable de remuer une oreille. Paralysé dans un quotidien déjà bien rempli, il faut dire. Et pas si désagréable [même si je ne cracherais pas sur un peu de seske, parce que là ça fait tellement longtemps que je suis plus certain de me souvenir comment on fait].
Après tout, j’ai déjà accompli un truc ou deux, dans ma cheklist de quand j’avais 14 ans. Je fais le boulot dont je rêvais petit. Menteur journaliste. Même si c’est pas franchement comme ça que je m’imaginais la chose à l’époque.
On est con, à 14 ans, aussi.
Le pire, c’est que j’aime ça, le nalisme. Bosser sur deux écrans à la fois, enquiller des papiers à réactualiser en continu, courir après des cons de politiques pour des interviews langue de bois, se faire raccrocher au nez par des chargés de com’ de ministères hystériques, me lever à 6 heures pour aller traîner gare du Nord, caméscope au poing, à microtrotter de l’usager mécontent, glander tout seul au taf les samedis soir de permanence en ratant la soirée de l’année, enquêter toute la journée pour m’apercevoir à la fin qu’il n’y a rien à raconter, me faire insulter par des blogueurs branchés et des citizens reporters de mes deux dans des débats, me battre avec mon chef pour ne pas écrire un dixième papier Carla Bruni, parce que j’en peux plus, le tout avec des horaires merdiques et un salaire horaire de femme de ménage… J’adore. C’est mon côté pervers.
Donc, la vie professionnelle, c’est fait, c’est calé. Ca roule.
Mais ça freine un peu tout le reste, fatalement.
Episode 114 |Par Sam | le 23 jan 2008 @ 0:50 | dans Pensées parasites
• commentaires »
J’ai testé pour vous : EDF
[Une note de douze kilomètres de long (au moins), même pas triste. T'inquiète, je t'en fais une autre après]
Je vais te décevoir (ou pas), mais je suis désormais totalement acquis, voire fermement militant, de la privatisation totale d’EDF. Surtout si elle s’accompagne du licenciement sans indemnités des mecs chargés de relever les compteurs. C’est assez frais, comme ralliement, je t’avouerais : ça date de ce matin tout juste.
Je te la fais Jack Bauer :
7:45:00. Là, tu imagines un écran splitté, avec le timecode jaune au milieu. Coin supérieur gauche, l’extérieur d’un immeuble typique du nord-est parisien, c’est à dire un peu pourrave.
Coin inférieur gauche,les chaussures d’un type qui monte un escalier, que tu devines aussitôt, abreuvé de séries depuis ta jeunesse comme je te sais, comme étant celui de l’immeuble. Il parvient bientôt en haut des marches, enfile un couloir également typique (et donc pourrave) et se retrouve devant une porte qui n’a rien à envier à celles qu’on trouvait dans le Bronx avant Giuliani.
Coin supérieur droit. Un lit (Ikéa), sur lequel on devine une forme cachée sous une couette (Ikéa). C’est ton héros favori, ça aussi, tu l’as deviné. Il a l’air de bien dormir. Ce que je confirme. Je rêvais de trucs débiles, comme d’hab, mais ça je te raconterai une autre fois.
Coin inférieur droit, le pied du lit, un tapis. Rouge. Sur lequel se trouve un verre rempli d’eau, placé là de manière à ce que le pied tâtonnant de l’éveillé ne manque surtout pas de buter dedans, renversant son contenu sur le tapis rouge (suédois, lui aussi).
Jingle.
7:46:23. Dring fait la sonnette. J’ouvre un oeil, constate qu’il fait manifestement beaucoup trop nuit pour que ce soit mon réveil. Envisage de me rendormir. Re-dring, fait encore la sonnette, m’extirpant sans ménagement des bras de Morphée où je m’étais déjà blotti le temps d’y penser.
Bon, pense-je. Je sais pas qui c’est, mais il est manifestement décidé à me rencontrer. Me voilà donc sautant du lit pour enfiler un jean, un t-shirt, et parcourir les trois bons mètres qui séparent ma couche de la porte d’entrée de mon loft parisien de 35m². En n’oubliant surtout pas de renverser le verre de flotte au passage, car une journée qui ne commence pas serpillère à la main en pestant contre le matin, la forme liquide en général, Dieu et la Suède n’est pas, de mon point de vue, une journée.
7:49:32. J’ouvre la porte d’un geste encore mal assuré. La nuit fut courte, mais intense. Et tombe sur le terroriste releveur de compteur assermenté.
Avant, le releveur de compteurs assermenté de chez Electricité de France avait une moustache, du bide, un air tout jovial et saluait d’un grand “bonjour” quelque peu moqueur l’usager lambda qui avait l’idée saugrenue de rester couché passé six heures du matin alors qu’il fait si bon, à l’aube, à Paris, surtout en janvier. C’était déjà pas agréable, mais il y avait l’aspect moustache rassurant.
C’est fini, ce temps-là. Désormais, EDF recourt à de jeunes sous-traitants (j’imagine). Qui, déjà ne prennent plus la peine de te prévenir qu’ils vont passer. A toi de deviner. Et puis de toute façon, qui est encore en train de pioncer à 7h45 ? Franchement, ce n’est pas sain.
Ensuite, je pense qu’ils les forment spécialement à être désagréables. Ou alors ils ne les paient pas, ou très mal. En tous cas, ils ne sont pas contents. En l’occurence, au lieu du “bonjour” jovial, j’ai eu droit à un long borgorythme inarticulé, qui donnait : “cesteudéhefrelevéducompteur”.
7:51:03. Le temps de me gratter la tête en essayant de trouver une réponse adéquate, le jeune sous-traitant à casquette (oui, parce qu’il avait une casquette, en plus) avait déjà violé mon domicile, repété le compteur (pourtant habilement camouflé dans un coffrage de bois peint en blanc du plus bel effet), sorti son appareil à relevage de compteur électronique et assermenté, pianoté dessus et franchi à nouveau la porte, non sans me saluer au passage d’un “bonnejounrée” d’une cruauté parfaitement assumée.
7:52:23. Ton héros est à quatre pattes au pied de son lit, serpillère à la main, en train d’éponger en maudissant tout un tas de trucs. Mais ça, c’est plutôt classique.
Fin de la séquence Jack Bauer.
Après, évidemment, pas moyen de me recoucher. J’ai donc passé les deux heures suivantes à lire la presse en écoutant France Info et en enchaînant clopes et expressos de bourgeois, parce que j’emmerde la cardiologie. Du coup, une fois au boulot, j’avais l’impression d’être soumis à des chocs électriques réguliers, ce qui m’arrangeait pas mal car dormir la tronche sur son bureau, même dans un métier privilégié comme le mien, c’est pas super bien vu par le top management.
Et du coup, alors que demain, je n’attaque qu’en début d’après-midi (pour finir tard le soir, rassure-toi), me voilà complètement explosé à 21h30.
Tu me diras, avec une vie d’une intensité telle que la mienne, pourquoi perdre une occasion de me reposer avant de nouvelles aventures qui s’annoncent tout aussi palpitantes ?
Ce à quoi je te répondrais que merde. Là.
Excuse-moi, je suis de mauvaise humeur.
Episode 115 |Par Sam | le 22 jan 2008 @ 22:32 | dans J'ai testé pour vous
• 1 commentaire »
Montagnes
[T'alarmes pas outre mesure de ce qui suit, c'est juste un pauvre moment de nostalgie paysagère, genre je me cherchais un fond d'écran. ]
Lundi soir (suite)
Pas envie de me coucher.
Pas grand chose à faire, en même temps.
Vautré dans mon fauteuil, squatté devant mon PC, je flotte. Je dérive. Je lis du blog, j’écoute de la musique. Je m’enfourne des tomates cerises dans le gosier, l’air distrait.
Ailleurs.
Mais où ?
Tel que tu me vois, je me rêve posé sur l’herbe en pente d’une prairie de montagne, n’importe où dans le monde pour peu que le ciel soit un peu nuageux, la vue un peu dégagée, le soir un peu tiède et le vent un peu coulis.
‘Tain, ça me manque, des fois, la montagne. C’est les gènes.
Grenoble [Où j'ai vécu avant, du temps où c'était le temps où j'étais jeune, tu n'as pas lu ma super présentation ?], je sais pas si tu situes, mais ça donne ça (que tu peux même cliquer pour voir en grand) :
Et lorsque tu aperçois, comme disait la gloire locale, Stendhal, qui ne supportait pas cette ville, mais passons, “au bout de chaque rue, une montagne”, ben ça te fait du bien.
Enfin, à moi, ça faisait du bien. Un bien fou.
Paris… C’est autre chose, c’est beau aussi (que tu peux cliquer pour avoir les crédits) :
Une poésie à base de carrières et d’ambitions, parce que c’est pour ça qu’on y vient.
Et de gris.
Et de gens, et d’Histoire. Et d’histoires, même quand ça se passe bien [enfin, il paraît].
Mais il manque un truc.
Il manque ça :
Et, l’air de rien, pour un grand nostalgique comme moi, qui continue à passer ses weekends en pompes de trekking même sur les quais de Seine, ben c’est beaucoup.
Episode 116 |Par Sam | le 22 jan 2008 @ 0:08 | dans Pensées parasites
• commentaires »
Fruits, légumes et blogs
[Parce qu'on ne change pas une équipe qui gagne, ce post sera propulsé au Buzet-Marquis de Prada 2003 à 4,99€ chez ton Monop© (where else ? Me demandait George l'autre jour). Une valeur sure que je ne saurais trop vous recommander pour agrémenter vos soirées bloguage. Ou vos viandes rouges.]
Allez, on enchaîne.
Le problème de la magie, c’est que ça repose avant tout sur la croyance.
Et il y a des lundis soir de janvier où j’ai beau essayer mes vieux trucs spinozistes, où j’ai beau rentrer à pied en regardant le ciel mauve de ce Paris by Night que les provinciaux nous envient, les cons (j’adore faire mon vieux parigot-tête de veau alors que ça fait même pas 2 ans que j’y vis, c’est la classe, je trouve), où j’ai beau avoir sélectionné dans ma playlist les meilleurs morceaux du moment, où j’ai beau tenter de sourire aux inconnu(e)s dans la rue, je ne la trouve pas.
La magie. La poésie de l’instant, la minute satori, ce que tu voudras.
Il y a des lundis soir de janvier qui sont juste des lundis soir de janvier. Même si je rêverais qu’ils deviennent autre chose. Même si, pour retarder l’inévitable, je fais un maximum traîner la cérémonie du rentrage maison. Genre en faisant mes courses.
Il y a des lundis soirs de janvier où j’y mets du mien, pourtant : 60 euros de légumes et autres conneries acessoires métrosexuels chez Monop’ [dont 7,99 de lames de rasoir Wilkinson, certainement fabriquées à la main en acier de Tolède bio par des maîtres armuriers clonés à partir des restes de leurs cellules épitéliales trouvés sur des manches de rapières du XVIIe siècle, vu le prix, mais c'est ça aussi, la trentaine approchante].
Là, j’ai un frigo bourré ras la gueule de carottes, courgettes, salades, pamplemousses et autres pommes vertes, une vraie symphonie pastorale. Et pour accompagner ma prose, je carbure [outre le Buzet, qu'il est bon] à la tomate cerise. Parce que c’est pas régime, mais pas loin non plus.
Pour faire simple, j’ai environ cinq trois (comme quoi, ça marche) kilos à perdre pour retrouver la ligne svelte d’avant le couple. Kilos qui se trouvent situés pile poil au niveau de mes hanches, sous la forme de deux petites protubérances très pratiques pour le transport, mais qui jurent un peu au milieu des lignes raphaélites de ma silhouette. [oui, bon, ça va, je me soutiens moralement comme je peux]. D’où : légumes. Pas encore cinq par jour, mais on s’approche.
Mais il y a des lundis soir de janvier où même mes bonnes résolutions calvino-métrosexuelles ne suffisent pas à enflammer une âme qui ne demande pourtant que ça, la pauvrette. Des lundis soir où je finis par rentrer chez moi, pour me retrouver un soir de plus tout con, à me demander quoi faire.
Il y a des lundis soir de janvier où je me dis que, décidement, il est temps d’agir. De bouger. De poser un acte.
Il y a des lundis soir de janvier où je n’arrive pas à me résoudre à ouvrir cette saloperie de Meetic© , parce que c’est définitivement pas mon truc d’être séduit par trois chiffres et deux critères de sélection.
Il y a des lundis soir de janvier comme ça.
Et puis il y a ici. Ces gens qui viennent me lire. Et qui laissent des commentaires gentils. Et qui, pour ne rien gâcher, écrivent des choses très très bien sur leurs blogs à eux (à elle).
Merci, Camille. Tu as sauvé ma soirée.
B.O., quand même.
Episode 117 |Par Sam | le 21 jan 2008 @ 22:43 | dans Pensées parasites
• commentaires »
Et maintenant, un peu de vidéo
[Tu l'as vue, cette vidéo ? Alors regarde. Quand je la passe dans les soirées, ça pète l'ambiance, du coup j'ai arrêté. Mais là, je peux te la fourguer sans complexe. Je te préviens, c'est déprimant. Ou pas.]
J’ai vomi dans mes cornflakes.avi
envoyé par Th3-Warlords
Episode 118 |Par Sam | le 20 jan 2008 @ 4:57 | dans Geek Story
• commentaires »
Regarder ensemble dans la même direction
[Eh oui, c'est ça aussi, le célibat 2.0. Quand le mâle rentre bredouille de soirée, il te le raconte en direct sur son blog.]
[Tiens, c'est samedi, je te mets de la musique un peu tendance.]
J’ai tendance, et ça va en s’amplifiant, à ne plus pouvoir encadrer les couples épanouis. Ca m’énerve, un truc de fou.
Le problème, c’est que l’âge traçant son sillon inexorable, saloperie, ben dans mon entourage, j’ai un peu que ça, ou presque. [le "presque", c'est mon pote Djay le no-life total, scotché sur World of Warcraft, qui de toute façon n'a jamais eu ni la maturité, ni l'envie de se macquer un tant soit peu]
Prends ce week-end, par exemple. Hier soir, j’ai passé la soirée chez mon cousin et sa copine, que j’adore tous les deux. Ils sont jeunes, plus que moi, et tout heureux d’apprendre à vivre ensemble, que s’en est tout mignon kawaï. Du coup je me suis mis une race, comme on dit chez les marins-pêcheurs de Boulogne-sur-mer. A en rater totalement la copine célibataire venue en fin de soirée, tant j’avais du mal à aligner trois pensées cohérentes.
Syndrome du vendredi soir, spirale de la loose, ce que tu voudras. Et mal de crâne king size le lendemain. Putain de sillon.
Ce soir, c’était soirée chez un couple d’amis un peu plus âgés que moi, genre trentaine débutante [vingtaine finissante, comme votre serviteur, ce qui est d'autant plus cruel. Merci, lectrice]. Adorables, aussi, dans un autre style. Soirée couples, évidemment. Tous sauf moi, ou presque.
C’est infernal, ces couples épanouis. Indécent, presque. Leurs appartements meublés, avec goût, évidemment, qui respirent l’harmonie des petits bonheurs partagés à deux, leurs photos affichées qui puent l’histoire commune, leurs petites anecdotes d’un quotidien forcément tendre et riche, en tous cas plus que ton café-clope-toux-caca du matin devant Netvibes, avec France Info en guise de compagnie sonore.Pour le célibataire non épanoui lambda, c’est l’équivalent d’une vitrine d’éclairs au chocolat quand tu es au régime. Tu en chopes des montées de jalousie, à en rêver qu’ils s’engueulent.
Le pire, c’est que c’était super sympa, comme soirée [de retrouvailles, entre autres, hein lectrice
?] . Notamment parce que du fait de la veille, je n’ai pas abusé outre mesure. Et quitter une soirée dans un état autre que totalement dévasté, c’est finalement tout aussi agréable, en fait. Oui, je sais, je vieillis.
J’exagère un tantinet : il y avait deux filles seules. Mignonnes, en plus. Mais tu sais maintenant que je suis de ces héros dont on fait des légendes. Et donc ça n’a pas raté : j’ai dragué [enfin... discuté avec serait plus proche de réalité] la macquée des deux. En pensant la première casée avec l’un des mecs présents. Erreur, double. Et rentrage tout seul, classique.
Et bloguage du tout, évidemment.
Avec un bonus : j’ai reçu mon premier mail de Meetic girl. Elle a 26 ans, elle trouve mon annonce rigolote, elle voudrait qu’on se cause sur MSN.
Seul souci : en fait, elle ne me plaît pas. Du tout.
J’ai l’impression qu’un destin faceur s’acharne à me signifier que je ne suis pas fait pour la rencontre virtuelle.
Mais positivons : je passe d’un coma amoureux de niveau 4 à un embryon de début de ce qui pourrait ressembler à une vague activité sentimentale.
C’est toujours ça de pris.
Episode 119 |Par Sam | le 20 jan 2008 @ 4:20 | dans Journal d'une rupture
• commentaires »
Philo à deux balles (ou pas)
Langoureux, un peu. Amusé, pas mal.
Je redécouvre un truc que j’avais oublié : m’amuser. De tout, surtout de rien. De rien du tout. Chercher l’insolite. Chercher la richesse. Chercher le détail qui fait que tout cela est finalement relativement merveilleux. Cette vie. Cette ville. Cette planète.
Vivre, c’est jouer. Médite là-dessus c’est ma découverte du vendredi soir au ciel vieux rose anglais. Si on ne joue pas, si on trouve que tout cela est trop sérieux pour s’amuser, alors on perd. Par forfait. Et à tous les coups.
En allant acheter une bouteille de Fischer pour fêter ma trouvaille, je suis tombé amoureux deux fois. Parce que j’ai cherché la magie, j’ai cherché le regard, l’étincelle. La vie.
Je ne te ressors pas le vieux Nietzsche du placard, plutôt Rainer Maria Rilke, qu’un ami me fit lire dans une autre vie avant elle qui ressemblait pas mal à celle-ci : “Il est bon d’être seul parce que la solitude est difficile. Qu’une chose soit difficile doit nous être une raison de plus de nous y tenir”. ( Lettres à un jeune poète, 1903-1908)
Etre seul. Jusqu’ici, pour moi, c’était être vide. A moitié, au moins. Et porter tout ce vide qui pesait si lourd, chaque jour, chaque nuit, chaque instant. Etre seul, c’était survivre en attendant que ça cesse. Puis survivre en comprenant que ça ne cesserait pas. Qu’elle ne reviendrait pas. Que rien de tout ce qui était nous ne reviendrait jamais.
C’est en train de changer, doucement. Tout doucement.
La nature a horreur du vide, disait ce vieux Baruch, pour continuer dans la citation. Et l’âme de même. La mienne s’est remplie, goutte par goutte, soir après soir. Jusqu’à ce que je la découvre pleine à nouveau, d’autre chose. D’une énergie qui ne vient que de moi, plus d’elle. D’une volonté qui est la mienne, rien que la mienne.
La solitude est difficile. Mais elle est salvatrice. Parce que tu n’as plus que toi pour te sauver de toi-même. Parce que tu n’as plus que toi pour être fier de toi-même. Parce que tu es obligé de t’aimer, même juste un peu.
Parce que lorsque en as marre d’avoir mal, d’avoir peur, d’avoir froid, lorsque tu finis par accepter et par rouvrir tes yeux, par rouvrir tout le reste, tu t’aperçois que tu es encore en vie.
Et que tu aimes ça, la vie.
En six mois de solitude, j’ai plus avancé qu’en trois ans avec elle. Parce que je n’avais pas le choix. Et ces changements sont plus profonds, plus vrais, que ceux que m’imposait une vie de couple. Parce que je ne les fais plus pour elle, mais pour moi.
J’ai déjà connu pire que cette rupture, tu sais. Bien pire. Et j’ai survécu. Et j’en suis sorti doué d’un don très bête : celui de savoir apprécier. Un bon vin, des potes, une chanson, un bon plat, une jolie fille… J’ai un don : je sais trouver le beau, le bon, le bien. Partout, et chez tout le monde.
J’ai une croyance, une seule : je crois en ce vieux Baruch. Je crois sincérement à ces conneries totalement hermétiques sur la construction d’une éthique du bonheur. Je crois en Emmanuel, aussi. A ses délires sur une morale universelle.
Des fois, souvent, je vais mal parce que je le veux bien, parce que je le cherche.
D’autres fois, plus rares, je vais bien sans le chercher. Juste parce que je vois le beau de ce monde. Et dans ces moments là, je suis l’homme le plus puissant de la planète.
Tu as vu American Beauty ? Tu as vu cette scène ?
Il y a neuf ans, elle m’a sorti du trou.
Aujourd’hui, je n’en ai plus besoin. J’ai compris.
Episode 120 |Par Sam | le 18 jan 2008 @ 20:39 | dans Pensées parasites
• commentaires »
Prolégomènes
[Tu as vu ? C'est vendredi. Déjà.]
Un coucher de soleil rouge sur du béton gris, pour peu que le ciel soit également gris plombé, ça te fait du vieux rose so british sur l’immeuble d’en face, on se croirait dans le buffet à vaisselle de ma grand-mère.
On dirait aussi un peu mon tapis de salle de bain à poils (Ikea, évidemment. What else?) depuis que l’ai très naïvement mis dans une machine à 60°C avec son congénère rouge. Le célibat, c’est un struggle for life permanent.
T’ais-je dit qu’elle quittait un peu ma tête, ces temps-ci ? C’est peut-être l’effet Meetic. Encore que vu le succès que j’y rencontre (21 visites en cinq jours), j’en doute. Comme je doute que ce fusse une si bonne idée. Tant pis pour mes 60 euros. Et puis j’y aurais écrit les quatre notes les plus lues du bloug jusqu’ici.
Tout cela ne change rien au fait que c’est vendredi. Je sais pas toi, moi je le sens plutôt love & cosy, ce weekend. J’ai des soirées calées avec des gens que j’aime bien, il fait doux et humide comme.. (non, mais tout de suite, toi) l’intérieur d’un petit pain chaud et je me sens juste fatigué comme il faut, juste bien.
Juste bien.
Langueur. Prends ce mot. Epelle-le lentement, en glissant un peu sur le
“l”, pour t’étendre tranquillement sur le “an”, à peine ponctué d’un
léger coup de glotte sur le “g”, et tu repars aussi tôt sur “eu”, monte
pas trop, juste le temps qu’on l’entende. Et fais rouler le “r” final,
voilà, oui, comme ça.
Normalement, tu commence à ressentir la
chose. Un genre de tiédeur, comme dans un bain. Un regard qui file
naturellement vers le haut, vers le loin. Des pensées lentes, qui
affluent et refluent au rythme des battements de ton coeur.
Tiens, pour la peine, je t’en ponds une autre, en attendant le soir. C’est un peu mon cadeau de weekend.
Episode 122 |Par Sam | le 18 jan 2008 @ 18:55 | dans Messages à caractère informatif
• commentaires »
Princesses (J’ai testé pour vous : Meetic, épisode III)
Suite et fin des aventures de Sam au pays où les règles du jeu ont changé. Je vais, cette fois, vous entretenir de la Meetic-girl, en tentant le hardi parallèle entre son comportement moyen et celui qu’on observait chez les aristocrates russes d’avant 1917.
C’est donc un petit 6.
6. Le monde merveilleux des meetic-girls
Un chiffre éclaire tout ce qui va suivre : même si Meetic© annonce fiérement être à parité, le ratio, en vrai, est facilement de 60/40 en faveur des poilus, voire d’une femme pour deux hommes dans certaines classes d’âge. Du coup, être une femme sur Meetic© est bon pour l’égo : à peine votre fiche créée, vous êtes assaillie de visites et de “flash” (l’équivalent du poke facebook, un genre de petit “coucou” pour dire qu’on vous aime bien).
Si je prends, au hasard dans les derniers inscrits, la fiche d’une
jeune fille plutôt mignonne de 26 ans au décicieux pseudo de hello_world_a_409, elle en
est à 1.304 visites et 381 flashs. Et elle s’est inscrite dans la journée !
Pour un mec, c’est pas tout à fait la même.
Je n’ai pas la prétention d’être Brad Pitt, mais ça va quand même pas trop mal pour moi, merci de demander [Disons que sur une échelle allant de Brice Hortefeux à Johnny Depp, je me situerait généralement, de ce qu'on m'a dit au fil des ans, au niveau du qualificatif "plutôt mignon". Enfin, ça dépend des jours, des filles qui le disent, de leur goût et de leur éventuel intérêt (financier, amical, voire sexuel, encore que là, je ne sais plus trop) à le dire. Ceci était un message à destination de mon égo éprouvé]. En plus, j’ai forcément mis la photo la plus classieuse que j’avais en stock. Et bien j’en suis à un total faramineux de 18 visites et 1 flash en quatre jours.
Tu vois les documentaires du National Geographic sur la savane africaine ? En gros, être un Meetic-boy, c’est se lancer dans un struggle for life qui n’est pas sans rappeler la période de sécheresse autour du lac de brousse. Et du coup, c’est vrai, les règles du jeu ont changé : la meetic-girl, telle la femelle gnou moyenne, n’a pas tellement besoin de faire autre chose que mettre sa fiche et attendre l’afflux de propositions de jeunes meetic-boys aux abois. Ensuite, il suffit juste de sélectionner le plus apte…
Adam Smith serait heureux en voyant Meetic© : la courbe offre-demande joue à plein. Et la meetic-girl peut donc se permettre de faire monter les enchères. Petit florilèges de ce qu’on trouve sur leurs annonces :
- “Si vous n avez rien d’un prince charmant,merci de passer a la suivante.”
- “Si vous êtes pas trop prise de tête, pas trop coincé, pas trop
“intello”, pas trop “neuneu” (même pas du tout neuneu en fait), pas
trop moche et avec pas mal d’humour, y’a moyen qu’on s’entende bien.” - “Je cherche un homme poilu, vrai, nature, spontané, pas maigre, pas
métrosexuel, pas les cheveux longs, pas d’appartenance à un style
extrème (gothiques, punk, …).”
Je précise que j’ai chopé ces extraits sur des profils de filles “normales” (voire pas terribles), pas de mannequins millionnaires… Des filles sur qui tu ne te retournerais pas forcément dans la rue (ou que tu ne haïrais pas furtivement, ô lectrice, je ne m’adresse pas assez à toi, je sais), mais que l’inflation de visites rend peut-être un peu trop… Quoi ? Je cherche mes mots. Sélectives ?
7. Etre un excellent produit
Tu l’auras donc compris, il vaut mieux être bien sous tous rapports pour songer à envisager la phase suivante. Mais c’est quoi, bien sous tous rapports ? Ca, seule la meetic-girl le sait. Elle reçoit une bonne trentaine de contacts par jour, ensuite elle trie suivant une alchimie mystérieuse. C’est la partie “sentiments” du truc, qui ressemble un peu à du tri de CV par un DRH. Mais bon.
Toi, meetic-boy lambda, ton boulot c’est de cibler ta lovestory. Tu peux choisir la fille que tu veux, comme tu veux, préciser si tu veux des cheveux courts ou longs, la couleur de ses yeux, son âge, son métier. Comme quand tu cherches du boulot, en fait. Tu postules dans ce qui te plaît le plus.
Après, faut être embauché. Et il y a beaucoup d’appelés pour peu d’élus. Tu passes donc plusieurs entretiens de sélection : mail, puis chat, puis “date”…. Avec, à la clé, peut-être, quelque chose.
Pour ma part, je n’ai pas encore passé le cap du mail de candidature [comment ça, tu t'en doutais ?]. Un peu effaré par ce que je découvrais au fil des jours, j’avoue. Un peu trop habitué aussi à me laisser gentiment draguer, ce qui m’est plus souvent arrivé que l’inverse.
Faudra pourtant bien que je m’y lance. Que je flashe. Que je tente les mails originaux, drôles, charmants et tendres. Que je sorte la tenue classe pour un afterwork dans un bar fashion choisi avec soin.
Le pire, c’est qu’en écrivant ça, je me dis que je ne suis pas un si mauvais produit. J’ai un job qui tape un peu la classe en général, je suis doté d’un humour certes souvent pauvre, mais assez constant, je sais écrire à peu près correctement (vu qu’on me paye mal pour ça, ce serait dommage) et je pratique assez couramment l’art de la conversation avec des tas de gens que je ne connais pas, ce pourquoi on me rémunère mal également.
Mais voilà : pas moyen. Ca me déprime, en fait, ce listing de photos minuscules et d’annonces plus ou moins explicites comme seul horizon sentimental. Ca me rend claustro, ces petites cases à cocher ou pas. Ca m’énerve d’avance, d’être son 35e mail de la journée, de le savoir et de devoir rédiger en fonction, comme lorsque j’envoyais des lettres de motiv pour un stage. Quand je séduis, j’aime pas avoir l’impression d’être au boulot.
Ce qui est, tu en conviendras, très con, vu ce que ça coûte, cette histoire.






