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[Chiens écrasés]

TheSamProject,saison 5 /

Geekitude, sentiments et journalisme en mileu urbain

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Kundera versus Predator (J’ai testé pour vous : Pointscommuns)

pointscommuns[Alors, tu vois coco, comme visuel pour le site, il nous faut un truc un peu intello, donc pas des pétasses et des gosbos. Mets-nous donc une petite brunette genre étudiante qui mate un barbu un peu rouquin, c'est classe. Et pour le lieu, ben on va pas coller une ambiance plage, c'est pas le public. Non, il nous faut du quotidien, un peu tristoune et un peu magique, genre Jarmush. Une laverie ? Ouais, ça c'est bon, coco]

Chose promise, chose due. Voici donc la suite des aventures de Sam au pays joli de la rencontre virtuelle. Ce soir, nous évoquerons le site pointscommuns.com, qui propose un concept révolutionnaire : la rencontre par affinités culturelles.

1. Chassons l’intello

Imagine : deux types qui discutent autour d’un verre, un soir. “J’ai une idée pour se faire des couilles en or, dit le premier : il faut faire un truc qui soit à la fois meetic et amazon”. “T’as trop raison, mon con, lui répond le second Meetic, c’est bien, mais ça touche pas tous les profils. Les intellos n’y vont pas. Donc faut les attirer avec de la culture. Et puis si en plus on peut leur vendre des bouquins, bah on va s’en foutre encore plus jusqu’aux naseaux”.

Pointscommuns était né.

A la base, on dirait Meetic (dont c’est d’ailleurs une filiale, me souffle-t-on dans l’oreillette en fait pas du tout, d’après un spécialiste. Merci Julien) : une fiche, avec des photos, une annonce, des cases à cocher… Mais là où ça devient original, c’est qu’au lieu de rentrer tes goûts, tu fais comme si tu étais à la Fnac avec un budget illimité : tu prends ton petit panier, et tu choisis ce que tu aimes, dans quatre catégories : musique, films, livres et médias.

Le choix est assez colossal. Tu m’étonnes : je pense qu’ils se sont tout simplement macqués avec alapage.com. Donc tu peux allégrement indiquer tes groupes les plus underground, tes films les plus sous-culture…. Mais, on va le voir, c’est une erreur.

Tous ces choix (outre permettre aux gentils gestionnaires de pointscommuns de se constituer une alléchante base marketing bien détaillée) vont servir à alimenter le “Matching”. Un “puissant moteur”, selon la description du bidule, qui va en gros regarder chez les autres ce qu’ils aiment. Et te sélectionner les profils les plus proches de tes goûts.

2. Ca alors, toi aussi, tu aimes Radiohead ?

Car chez pointscommuns, c’est l’amour intello. Sartre et Beauvoir, au moins. Si tu aimes Kundera et elle aussi, il paraît évident que vous êtes faits pour vous marier et faire des enfants ensemble. En leur donnant des prénoms issus de “L’insoutenable légèreté de l’être”, si possible.

Tu l’auras compris, tu es rapidement confronté à un choix :

1/ Tu te la joues underground lettré : tu lis Cioran et Murakami, tu regardes La chasse du compte Zaroff et Twin Peaks (la série, bien entendu, pas le film), tu écoutes Of Montreal et Camille Verluca, bref tu es classe, tu es in.

[Si en plus tu lis Technikart, que tu porte des Van's au pied, un t-shirt avec un logo détourné, des lunettes rectangulaires cerclées de plastique noir et des vestes 70's, bravo, tu es un clone.]

Du moins le crois-tu. Car afficher ainsi ton snobisme culturel est une mauvaise solution, jeune padawan. Pourquoi ? Ben parce que personne d’autre ne connaît tout ça. Ou du moins très peu de monde. Donc, en croyant naïvement impressionner l’étudiante en section littéraire comme sur la photo avec ta grosse culture, tu réduis d’autant ton territoire de chasse.

2/ Donc, tu arrêtes de te la raconter (ou tu fais semblant), et tu pars plus sur du Amélie Nothomb/Bernard Werber, Lost in Translation/Casablanca et Radiohead/Bénabar. Là, tu scores.

3.  Tu le sens, mon gros Sartre ?

Grâce à pointscommuns, je peux crier au monde entier que moi aussi,
j’aime bien The Velvet Underground, comme 951 autres congénères, dont
je peux voir la photo, et avec qui je vais pouvoir discuter
passionnément des heures entières de la Factory, de Niko et de l’influence d’Andy Warhol sur la fin de la contre-culture des 70’s. Par exemple.

Mais d’un point de vue optimisation de la drague, je ferais mieux d’aimer Amélie Poulain.

Car, grâce à pointscommuns, je sais qu’American Beauty (sélectionné 6.342 fois par les membres) est un film beaucoup plus populaire qu’American Splendor (27 sélections), par exemple. Et que Radiohead (4.450 sélections) est définitivement le groupe de ma génération, même si il est plus écouté par les hommes que par les femmes, qui lui préfèrent Nirvana (oui, je sais, moi aussi ça m’étonne).

Et c’est pas fini : Si je vois une fille qui me plaît, je peux savoir ses goûts. Et donc relire Stupeurs et tremblements avant d’aller lui causer. Et si par malheur je ne l’ai pas, aucun problème : il me suffit de deux clics pour l’acheter sur alapage.com, “notre partenaire”.

Que demande le peuple ?

Qu’on arrête de le réduire à une catégorie marketing, déjà.

[Edit : ce blog n'a pas pour but de faire du benchmarking de sites de rencontre. Je n'ai d'ailleurs pas pour but de passer ma vie dessus, je crois que c'est définitivement pas mon truc. Donc si vous voulez des vrais articles fouillés sur le sujet, je vous suggère datingwatch.com, qui joue un rôle de vigie de ce secteur]

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Episode 106 |Par Sam | le 29 jan 2008 @ 2:14 | dans J'ai testé pour vous
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