MP3, Quai de Jemmapes
[La fameuse note sur divertissonsnous.com demain, là j'ai plus la force. Sinon, ami provincial, clique donc sur la carte pour comprendre ce que je raconte. Et pour écouter les chansons en même temps que tu lis, ben tu fais un clic droit si tu es sous Windows et un pomme-clic si tu es sous Mac (si tu es sous Linux, normalement, tu sais faire). Et après tu mets : ouvrir le lien dans un nouvel onglet/une nouvelle fenêtre, suivant ton navigateur.]
Hésitant à prendre un vélib, j’ai finalement choisi la voie du piéton.
C’est ainsi que, parti de Bastille, j’ai remonté le canal Saint-Martin, les yeux dans les reflets des lumières dans l’eau noire, souriant bêtement de ces retrouvailles même plus bloguées [merci madame], un peu comme j’aurais remonté le fil de ma vie parisienne.
Rue Faubourg du Temple, j’écoutais Pyramid Song en croisant jeunes ados à jeans slim et appareils dentaires, couples enlacés et zonards à canettes. Mon ancien quartier, dans une autre vie, il y a longtemps. Finalement plus triste que celle-ci.
Avenue Richerand, je passais pour un con en chantonnant mes crimes : le châtiment devant des étudiants posés sur un banc , et je n’en avais rien à foutre. Les yeux au ciel, je me rappelais le petit appartement qu’occupait, dans une autre vie, plus adolescente et plus lointaine encore, ma meilleure amie du lycée, dont j’étais évidemment amoureux, sans jamais lui avoir avoué.
Rue Bichat, deux gamins se bécotaient, et une voiture de SOS Médecins avait allumé son gyrophare. J’ai eu le temps de voir le conducteur s’avaler une grande goulée de bière à la bouteille avant qu’il ne disparaisse au loin, vers un patient certainement. Paris, la ville ou même les médecins sont alcooliques. En son honneur, je me suis passé Exit Music (for a film), la chanson la plus glauque du monde.
Les yeux au ciel, les oreilles aussi, j’écoutais Hallelujah, version John Cale, en arrivant rue de la Grange aux Belles, où skataient mollement quelques skateux en plein âge ingrat. On s’était perdus par là, en arrivant avec Elle, le camion bourré raz-la-gueule de meubles ikéa et de cartons, dans une autre vie, plus récente et finalement moins riche que celle-ci.
Devant la rue de l’hôpital Saint-Louis, une madame fort jolie tenait fiérement un pack de six rouleaux de papier toilette monoprix, saveur pêche je crois. Moi, j’étais passé à Knocked up.
Au niveau des Ecluses Saint-Martin, j’ai ôté mon casque, le temps de filer du feu à un black souriant qui tenait absolument à me faire tirer sur son cigarillo. J’aime pas les cigarillos, même offerts. J’aimais pas la chanson qui tournait à ce moment-là, non plus.
Arrivé rue Louis-Blanc en écoutant The city, the airport, je commençais à avoir faim, et à m’inquiéter des regards un peu trop chaleureux des mamans à poussettes rentrant leur progéniture après un après-midi au parc.
Quai de Valmy, en face, le camp de clodos, devant lequel on passait dans cette autre vie, lors de nos promenades doménicales, devisant de la misère du monde, a disparu. J’y pensais en me faisant mal au son de What’s a girl to do, définitivement hymne officiel de cette rupture.
J’ai fini par tomber sur le métro aérien de Jaurès. Chez moi.
Dans une autre vie, c’était chez nous. Dans une autre vie, plus conformiste que celle-ci. Plus fermée que celle-ci.
Dans une autre vie, que je ne regrette pas. Que je ne regrette plus.









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