De l’anonymat et de ses joies
[Edit : ce post est relativement long, et moyennement intéressant. On va dire qu'il fallait que j'écrive ça un jour, quelque part sur ce blog, parce que ça fait partie du chemin de croix du bon blogueur. Te voilà prévenu.]
Fini à 22 heures, ce soir. En plus, j’ai fait des infidélités à mes carottes quotidiennes en cédant à l’amicale pression de mes collègues confrères qui voulaient bouffer japonais, et en me tapant un énorme shirashi. L’erreur tragique : j’ai fini vautré dans mon fauteuil, en catatonie postprandiale, avec l’impression d’avoir une bétonnière de riz dans l’estomac. Ce qui était plus ou moins le cas. Il m’a bien fallu la demi-heure de rentrage à pied qui va bien pour me remettre. Mais là, ça va mieux, merci de demander.
Fin de l’interlude alimentaire.
ca va, toi ?
Tu sais quoi ? Je m’interrogeais, ce matin sous la douche, sur la gestion de mes identités numériques. Là, tu vas me dire que, décidément, je me pose de bien étranges questions, surtout sous la douche. Ce en quoi tu n’auras pas tort. Mais attends : je vais t’expliquer tout ça. Ca va être un peu long, par contre, je te préviens : je suis en phase montante de graphomanie compulsive.
1. Google est ton ami
En fait, je t’explique : déjà, ben je travaille sur Internet. Donc j’y suis toute la journée, ou pas loin [quand j'y suis pas, je suis a) dans une réunion quelconque, b) quelque part dans Paris avec une caméra et un reportage à torcher pour avant-hier, coco et c) devant le poste de montage à me dire que décidément, je ne suis pas monteur, mais c'est pas grave, coco, on s'en fout, l'image qui tremble et les séquences coupées à la tronçonneuse, c'est super web, comme disait Hubert Beuve-Méry].
Ensuite, sur le web, j’y écris de bien beaux articles, signés de mon vrai nom. Ce qui me fait une première identité numérique. Sur Google (qui est ton ami), tu me cherches, tu me trouves. En connaissant mon patronyme. Ou même pas, d’ailleurs. Je viens de faire le test, c’est pas bien difficile.
Cette identité, comme je suis un geek du type 2.0., c’est à dire social [un jour, promis, je t'expliquerai ce qu'est un geek. Mais dans un livre.], je la décline en : mail pro, mail perso “officiel”, profils Viadeo, Facebook, Deezer… Bref, pas mal de moyens de connaître pas mal de choses de ton serviteur.
Et tout cela se gère. Un jour, j’ai écrit une énorme connerie dans un papier sur le piratage d’iTunes. Un type a détruit, à raison, mon article sur un forum.Le problume, c’est qu’il s’est fait plaisir, en ne manquant pas de citer mon nom plein de fois. C’est resté en tête des requêtes Google pendant 3 mois, et c’était pas la classe.
Mais ce “vrai” moi numérique n’est qu’une des facettes de ma présence webbeuse. Comme tout le monde, j’ai, par exemple, un junk mail qui me sert à m’inscrire à divers trucs à la con, dont je n’ai pas la moindre envie qu’ils obtiennent des renseignements sur moi. Ca me fait une seconde identité, avec un nom et un prénom tout bidons, mais qui existent, et qu’on peut tracer sur Google (qui est le plus fidèle compagnon de l’homme, ne l’oublie jamais).
Ca fait déjà deux noms, et trois adresses mail. Mais c’est pas fini : il y a notre bon vieux Meetic, sur lequel j’ai également un profil, pour ce qu’il me sert. Et un mail dédié qui va bien, aussi. Bon, là, Google ne peut rien pour toi. Heureusement, en même temps.
Et puis il y a ici, surtout. Une autre vie, un peu. Avec un pseudo [pitoyable, j'en conviens, mais historique : je bloguais déjà en 2003, moi, monsieur, bien avant Juppé et Raffarin.Avec un modem 56k, même. J'ai connu Versac à ses débuts, c'est dire...]. Et des lecteurs. Toi, déjà. Et puis quelques autres. Et donc une présence . Ténue, récente, mais qui commence à se faire sentir [Je truste la catégorie Meetic sur wikio, moi, monsieur. Alors un peu de respect, je te prie].
2. Outing, or not outing ?
Et on en arrive à mon problème du moment [enfin, j'en ai d'autres, comme tu n'es pas sans le savoir si tu as lu le reste, mais bon], et qui m’a déjà bien gonflé il y a quelques années de ça l’ anonymat, or not anonymat.
D’un côté, la tendance du moment, c’est d’assumer. D’avoir son vrai nom quelque part sur son blog. Parce qu’un blog, coco, c’est de la valeur ajoutée. C’est du contenu, du texte, du lien. Ta petite contribution à ce gros tas de données qui bougent qu’on appelle le ouaibe. Donc, sur un CV, ça le fait. Enfin, moins qu’avant, mais chez des gens peu aware (genre + de 45 ans), ça marche encore. Surtout si tu ne fais pas comme moi, et que tu écris autre chose que des lamentos sur le célibat, Ikéa et Monoprix.
D’un autre côté… Pour tout te dire, il y a un an, tout faraud, je m’étais acheté un joli nom de domaine pour y mettre dessus mon blog à moi, avec ma trombine et tout. Je voulais causer politique, web social, débattre par posts interposés avec les stars du blogo-système. Bref, conquérir le monde.
J’ai jamais été foutu de rien y écrire [sans parler des aspects techniques inhérents à la mise en place d'un blog de grand avec Wordpress, qui m'amusaient beaucoup plus quand j'étais étudiant et n'avais rien d'autre à foutre, mais nettement moins maintenant, je sais, je m'embourgeoise].
3. Scandaleuse pornographie (conclusion)
Pourquoi ? Parce que je cause déjà de tout ça à longueur de journée, quand je fais le journaleux.
Et le soir, j’ai envie de te causer d’autre chose.
De ce que je veux, déjà. Sans me demander ce que tel ou tel assistant parlementaire branché web, telle ou tel attaché(e) de presse, tel ou tel blogueur influent, sans parler de mon père, va penser de ma dernière note
Ici, j’ai envie de me lâcher. D’écrire tout ce qui me passe par la tronche. De te raconter ma journée, de gloser sur Paris, les supermarchés, Rilke ou mes insomnies.
D’où : retour au bon vieux TheSamProject des débuts. Et donc impossibilité de te parler de mon boulot mon sacerdoce au service de la démocratie d’opinion autrement que par de vagues allusions. Impossibilité de te faire profiter de ma page Facebook et de ses applications débiles, mais qui occupent tes longues heures de bureau, avoue. Impossibilité aussi de te montrer mon profil d’aigle et mes yeux de biche en émoi, sans même te parler de mes lobes d’oreille.
Bon allez, d’accord. Voilà mon lobe d’oreille.
[Parents, éloignez les enfants de l'écran, cette image d'un érotisme insoutenable pourrait leur causer une sexuation prématurée potentiellement nuisible à leur intégration en école primaire].









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