J’ai testé pour vous : EDF
[Une note de douze kilomètres de long (au moins), même pas triste. T'inquiète, je t'en fais une autre après]
Je vais te décevoir (ou pas), mais je suis désormais totalement acquis, voire fermement militant, de la privatisation totale d’EDF. Surtout si elle s’accompagne du licenciement sans indemnités des mecs chargés de relever les compteurs. C’est assez frais, comme ralliement, je t’avouerais : ça date de ce matin tout juste.
Je te la fais Jack Bauer :
7:45:00. Là, tu imagines un écran splitté, avec le timecode jaune au milieu. Coin supérieur gauche, l’extérieur d’un immeuble typique du nord-est parisien, c’est à dire un peu pourrave.
Coin inférieur gauche,les chaussures d’un type qui monte un escalier, que tu devines aussitôt, abreuvé de séries depuis ta jeunesse comme je te sais, comme étant celui de l’immeuble. Il parvient bientôt en haut des marches, enfile un couloir également typique (et donc pourrave) et se retrouve devant une porte qui n’a rien à envier à celles qu’on trouvait dans le Bronx avant Giuliani.
Coin supérieur droit. Un lit (Ikéa), sur lequel on devine une forme cachée sous une couette (Ikéa). C’est ton héros favori, ça aussi, tu l’as deviné. Il a l’air de bien dormir. Ce que je confirme. Je rêvais de trucs débiles, comme d’hab, mais ça je te raconterai une autre fois.
Coin inférieur droit, le pied du lit, un tapis. Rouge. Sur lequel se trouve un verre rempli d’eau, placé là de manière à ce que le pied tâtonnant de l’éveillé ne manque surtout pas de buter dedans, renversant son contenu sur le tapis rouge (suédois, lui aussi).
Jingle.
7:46:23. Dring fait la sonnette. J’ouvre un oeil, constate qu’il fait manifestement beaucoup trop nuit pour que ce soit mon réveil. Envisage de me rendormir. Re-dring, fait encore la sonnette, m’extirpant sans ménagement des bras de Morphée où je m’étais déjà blotti le temps d’y penser.
Bon, pense-je. Je sais pas qui c’est, mais il est manifestement décidé à me rencontrer. Me voilà donc sautant du lit pour enfiler un jean, un t-shirt, et parcourir les trois bons mètres qui séparent ma couche de la porte d’entrée de mon loft parisien de 35m². En n’oubliant surtout pas de renverser le verre de flotte au passage, car une journée qui ne commence pas serpillère à la main en pestant contre le matin, la forme liquide en général, Dieu et la Suède n’est pas, de mon point de vue, une journée.
7:49:32. J’ouvre la porte d’un geste encore mal assuré. La nuit fut courte, mais intense. Et tombe sur le terroriste releveur de compteur assermenté.
Avant, le releveur de compteurs assermenté de chez Electricité de France avait une moustache, du bide, un air tout jovial et saluait d’un grand “bonjour” quelque peu moqueur l’usager lambda qui avait l’idée saugrenue de rester couché passé six heures du matin alors qu’il fait si bon, à l’aube, à Paris, surtout en janvier. C’était déjà pas agréable, mais il y avait l’aspect moustache rassurant.
C’est fini, ce temps-là. Désormais, EDF recourt à de jeunes sous-traitants (j’imagine). Qui, déjà ne prennent plus la peine de te prévenir qu’ils vont passer. A toi de deviner. Et puis de toute façon, qui est encore en train de pioncer à 7h45 ? Franchement, ce n’est pas sain.
Ensuite, je pense qu’ils les forment spécialement à être désagréables. Ou alors ils ne les paient pas, ou très mal. En tous cas, ils ne sont pas contents. En l’occurence, au lieu du “bonjour” jovial, j’ai eu droit à un long borgorythme inarticulé, qui donnait : “cesteudéhefrelevéducompteur”.
7:51:03. Le temps de me gratter la tête en essayant de trouver une réponse adéquate, le jeune sous-traitant à casquette (oui, parce qu’il avait une casquette, en plus) avait déjà violé mon domicile, repété le compteur (pourtant habilement camouflé dans un coffrage de bois peint en blanc du plus bel effet), sorti son appareil à relevage de compteur électronique et assermenté, pianoté dessus et franchi à nouveau la porte, non sans me saluer au passage d’un “bonnejounrée” d’une cruauté parfaitement assumée.
7:52:23. Ton héros est à quatre pattes au pied de son lit, serpillère à la main, en train d’éponger en maudissant tout un tas de trucs. Mais ça, c’est plutôt classique.
Fin de la séquence Jack Bauer.
Après, évidemment, pas moyen de me recoucher. J’ai donc passé les deux heures suivantes à lire la presse en écoutant France Info et en enchaînant clopes et expressos de bourgeois, parce que j’emmerde la cardiologie. Du coup, une fois au boulot, j’avais l’impression d’être soumis à des chocs électriques réguliers, ce qui m’arrangeait pas mal car dormir la tronche sur son bureau, même dans un métier privilégié comme le mien, c’est pas super bien vu par le top management.
Et du coup, alors que demain, je n’attaque qu’en début d’après-midi (pour finir tard le soir, rassure-toi), me voilà complètement explosé à 21h30.
Tu me diras, avec une vie d’une intensité telle que la mienne, pourquoi perdre une occasion de me reposer avant de nouvelles aventures qui s’annoncent tout aussi palpitantes ?
Ce à quoi je te répondrais que merde. Là.
Excuse-moi, je suis de mauvaise humeur.








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• posté par: Police, ouvrez | [Chiens écrasés]
• Le: 5 juin 2008 @ 0:03
[...] sur ta porte. Là, on sentait une certaine maîtrise de l’art de réveiller le dormeur. Genre agent EDF. Mais il était 11 heures et il est bien connu que le releveur de compteur assermenté© de chez [...]