Princesses (J’ai testé pour vous : Meetic, épisode III)
Suite et fin des aventures de Sam au pays où les règles du jeu ont changé. Je vais, cette fois, vous entretenir de la Meetic-girl, en tentant le hardi parallèle entre son comportement moyen et celui qu’on observait chez les aristocrates russes d’avant 1917.
C’est donc un petit 6.
6. Le monde merveilleux des meetic-girls
Un chiffre éclaire tout ce qui va suivre : même si Meetic© annonce fiérement être à parité, le ratio, en vrai, est facilement de 60/40 en faveur des poilus, voire d’une femme pour deux hommes dans certaines classes d’âge. Du coup, être une femme sur Meetic© est bon pour l’égo : à peine votre fiche créée, vous êtes assaillie de visites et de “flash” (l’équivalent du poke facebook, un genre de petit “coucou” pour dire qu’on vous aime bien).
Si je prends, au hasard dans les derniers inscrits, la fiche d’une
jeune fille plutôt mignonne de 26 ans au décicieux pseudo de hello_world_a_409, elle en
est à 1.304 visites et 381 flashs. Et elle s’est inscrite dans la journée !
Pour un mec, c’est pas tout à fait la même.
Je n’ai pas la prétention d’être Brad Pitt, mais ça va quand même pas trop mal pour moi, merci de demander [Disons que sur une échelle allant de Brice Hortefeux à Johnny Depp, je me situerait généralement, de ce qu'on m'a dit au fil des ans, au niveau du qualificatif "plutôt mignon". Enfin, ça dépend des jours, des filles qui le disent, de leur goût et de leur éventuel intérêt (financier, amical, voire sexuel, encore que là, je ne sais plus trop) à le dire. Ceci était un message à destination de mon égo éprouvé]. En plus, j’ai forcément mis la photo la plus classieuse que j’avais en stock. Et bien j’en suis à un total faramineux de 18 visites et 1 flash en quatre jours.
Tu vois les documentaires du National Geographic sur la savane africaine ? En gros, être un Meetic-boy, c’est se lancer dans un struggle for life qui n’est pas sans rappeler la période de sécheresse autour du lac de brousse. Et du coup, c’est vrai, les règles du jeu ont changé : la meetic-girl, telle la femelle gnou moyenne, n’a pas tellement besoin de faire autre chose que mettre sa fiche et attendre l’afflux de propositions de jeunes meetic-boys aux abois. Ensuite, il suffit juste de sélectionner le plus apte…
Adam Smith serait heureux en voyant Meetic© : la courbe offre-demande joue à plein. Et la meetic-girl peut donc se permettre de faire monter les enchères. Petit florilèges de ce qu’on trouve sur leurs annonces :
- “Si vous n avez rien d’un prince charmant,merci de passer a la suivante.”
- “Si vous êtes pas trop prise de tête, pas trop coincé, pas trop
“intello”, pas trop “neuneu” (même pas du tout neuneu en fait), pas
trop moche et avec pas mal d’humour, y’a moyen qu’on s’entende bien.” - “Je cherche un homme poilu, vrai, nature, spontané, pas maigre, pas
métrosexuel, pas les cheveux longs, pas d’appartenance à un style
extrème (gothiques, punk, …).”
Je précise que j’ai chopé ces extraits sur des profils de filles “normales” (voire pas terribles), pas de mannequins millionnaires… Des filles sur qui tu ne te retournerais pas forcément dans la rue (ou que tu ne haïrais pas furtivement, ô lectrice, je ne m’adresse pas assez à toi, je sais), mais que l’inflation de visites rend peut-être un peu trop… Quoi ? Je cherche mes mots. Sélectives ?
7. Etre un excellent produit
Tu l’auras donc compris, il vaut mieux être bien sous tous rapports pour songer à envisager la phase suivante. Mais c’est quoi, bien sous tous rapports ? Ca, seule la meetic-girl le sait. Elle reçoit une bonne trentaine de contacts par jour, ensuite elle trie suivant une alchimie mystérieuse. C’est la partie “sentiments” du truc, qui ressemble un peu à du tri de CV par un DRH. Mais bon.
Toi, meetic-boy lambda, ton boulot c’est de cibler ta lovestory. Tu peux choisir la fille que tu veux, comme tu veux, préciser si tu veux des cheveux courts ou longs, la couleur de ses yeux, son âge, son métier. Comme quand tu cherches du boulot, en fait. Tu postules dans ce qui te plaît le plus.
Après, faut être embauché. Et il y a beaucoup d’appelés pour peu d’élus. Tu passes donc plusieurs entretiens de sélection : mail, puis chat, puis “date”…. Avec, à la clé, peut-être, quelque chose.
Pour ma part, je n’ai pas encore passé le cap du mail de candidature [comment ça, tu t'en doutais ?]. Un peu effaré par ce que je découvrais au fil des jours, j’avoue. Un peu trop habitué aussi à me laisser gentiment draguer, ce qui m’est plus souvent arrivé que l’inverse.
Faudra pourtant bien que je m’y lance. Que je flashe. Que je tente les mails originaux, drôles, charmants et tendres. Que je sorte la tenue classe pour un afterwork dans un bar fashion choisi avec soin.
Le pire, c’est qu’en écrivant ça, je me dis que je ne suis pas un si mauvais produit. J’ai un job qui tape un peu la classe en général, je suis doté d’un humour certes souvent pauvre, mais assez constant, je sais écrire à peu près correctement (vu qu’on me paye mal pour ça, ce serait dommage) et je pratique assez couramment l’art de la conversation avec des tas de gens que je ne connais pas, ce pourquoi on me rémunère mal également.
Mais voilà : pas moyen. Ca me déprime, en fait, ce listing de photos minuscules et d’annonces plus ou moins explicites comme seul horizon sentimental. Ca me rend claustro, ces petites cases à cocher ou pas. Ca m’énerve d’avance, d’être son 35e mail de la journée, de le savoir et de devoir rédiger en fonction, comme lorsque j’envoyais des lettres de motiv pour un stage. Quand je séduis, j’aime pas avoir l’impression d’être au boulot.
Ce qui est, tu en conviendras, très con, vu ce que ça coûte, cette histoire.









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