Vous avez une paille ? J’ai la poutre
Avoue que tu ne t’y attendais pas, hein ? Deux posts en deux jours, c’est un peu un truc de fou. Je m’épate moi-même. Mais il y a une raison à ça. Tu vas voir.]
Des fois, enfin je sais pas pour toi, mais moi ça m’arrive, des fois c’est lundi matin, et je me réveille avant mon réveil. Même pas fatigué. Ou alors pas trop. Et de bonne humeur. En plus, dehors, il fait beau. Alors, je revêts mon beau peignoir en serviette éponge orange tout propre de la lessive d’hier, et je me sers un expresso dans la super machine à expresso de bourgeois que ma maman m’a offert à Noël (oui, je suis bonne à marier, je sais), et je le déguste tranquille, calé dans mon Solsta Olarp, en écoutant les infos d’une oreille distraite, mais attentive, parce que merde, être journaliste, c’est aussi rester un professionnel en toutes circonstances.
C’était lundi matin, lecteur, et j’avais le pêchon. Et presque le sourire.
C’est là où tu mesure l’infinie précarité de l’existence et la fragilité diaphane d’un état mental. Car tu te doutes bien que ça n’allait pas durer, tout ce bonheur Simple et Vrai comme une saucisse Herta grillée au feu de bois dans une clairière forestière à l’automne.
Ben non.
T’as jamais lu Homère ? Jamais pigé le coup du destin cruel qui s’acharne sur le héros qui n’a rien demandé, lui, juste de boire son café tranquille ?
Dring, fit le Palm Treo 650, de bourgeois aussi (la base du métier de journaliste, disait Hubert Beuve-Méry, c’est de savoir péter plus haut que son cul).
Le temps de jeter un oeil sur l’écran pour savoir qui c’était, j’ai fait un bond de facile 8 points sur l’échelle ouverte de la Loose.
Car, et tu l’as déjà deviné, je le vois à tes petits yeux qui brillent, c’était Elle.
L’Ex.
Je te passe la conversation, courte et relativement inepte. Elle veut des sous pour la caution de l’appartement qu’elle a avancée. Sous que je n’avais pas jusqu’ici. Mais je suis désormais riche : je ne te l’avais pas conté, mais l’Etat français vient de me donner 1.500 euros de prime de mobilité (avec tes impôts à toi, je sais. C’est énervant, hein ?). Merci Thierry, merci Dominique. Je peux donc apurer ma dette, et tenter de passer à autre chose ce qui, tu le sais, n’a pas été très concluant jusqu’ici.
Pour tout te dire, je m’attendais à son coup de fil. J’avais opportunément glissé cette histoire de thune tombée du ciel à une amie commune, en sachant qu’elle lui transmettrait le message. Ca n’a pas loupé.
Mais je ne pensais pas que l’effet “grosse quiche dans ta tête” puisse être encore aussi viril au bout de tous ces mois.
Les dieux (et toi, puisque tu t’en doutais, malin comme tu es) savent que je me trompais.
Je n’ai jamais fait l’expérience, mais j’imagine que se prendre une poutre sur le sommet du crâne doit avoir à peu près le même effet. Mais attention, hein : pas la poutrelle en pin genre maison Philippe Stark à ossature bois, non. Je parle de la poutre rustique de nos fermes, tu vois. En chataîgner massif, durci par les ans et les incendies.
Après, forcément, t’as les yeux qui piquent un peu.
Tel que tu me vois, j’ai été au taf à pied sans vraiment m’en rendre compte, de station vélib’ (mon ami) en station vélib’ (Delanoë en force). En regardant le ciel, qui restait insolemment bleu, ce connard. Et en adjurant mentalement mes facétieux anges gardiens d’arrêter les frais, sur le ton “les plus courtes sont les meilleures, les gars”.
Parce que six mois, c’est un peu long, même pour une running joke.
J’oubliais : B.O.








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