Noël Suédois
[Parce que, au-delà des hommes et des femmes qui font se métier et risquent leur vie chaque jour pour accomplir cette belle mission démocratique et sacrée d'informer,le journalisme est avant tout une discipline de soi et une rigueur, je t'informe, ami lecteur, que cette note est honteusement antidatée, puisque rédigée un dimanche soir de janvier. Mais tu sais, coco, un sujet réchauffé, pour peu qu'il soit bien racoleur, c'est pas un souci. Juge plutôt. ]
Joyeux Noël à toi.
Déjà, ça, c’est fait.
Ensuite, l’indispensable B.O. :
Ca va bien, sinon, depuis la dernière fois ? Comment va la famille ? C’est l’occasion d’en parler, non ? Enfin je sais pas pour toi, moi, c”est l’occasion de la voir. Depuis que je vis à la capitale et que je remplis ma mission sacrée d’informer, notamment un week-end sur trois, je ne m’amuse plus à raquer 150 € de TGV tous les mois pour aller faire la bise à ma maman (ce que je regrette, hein, maman ? En même temps, elle ne lit certainement pas ce blog). J’ai donc été faire un tour à Lyon, capitale des Gaulles, c’était follement exotique.
Mais pas trop, hein : deux jours. Le journalisme, c’est comme le tir à la catapulte : quand on pratique pas régulièrement, on se rouille. Du coup, j’étais sur le pont jusqu’à 23h le dimanche 23, et de retour aux affaires le 26 à 14h. J’ai fait des trucs vachement drôles, ceci dit, genre galérer avec des codecs pour faire un montage de vidéos Dailymotion, je te raconterai un jour.
Mais rassure-toi : revenir sur Paris le 26 ne m’a pas empêché de continuer à baffrer et à picoler jusqu’à plus soif et plus faim. Notamment du mollusque. Car ce Noël 2007 était résolument placé sous le signe du fruit de mer. J’en ai littéralement ingurgité des kilos. Dont une araignée de mer qui ressemblait au visage du Predator.
[En lisant le récit de la constante trépidation qu'est mon existence, normalement, tu es en train de a) reprendre ton souffle, c'est pour ça que je fais cette apparté, et b) te dire que 24 heures chrono, point de vue suspense, c'est de la daube.]
Sinon, pour continuer dans le palpitant, j’ai fait un autre truc de malade mental : retourner à Ikéa.
[Là, si tout va bien, tu t'es déjà fait pipi dessus.]
Avec ma soeur qui s’était fait offrir des meubles et qui avait besoin d’aide, et puis fallait acheter le cadeau pour papa
Tu parles. Un traquenard, ouais.
Ambiance revival : rappelle-toi, c’était il y a un peu plus d’un an, tu enchaînais les sessions Ikéâ avec Elle. A scruter le catalogue, un mètre en main, en calculant ce qu’il vous fallait par rapport au petit métrage carré de cet appartement.
Autant dire qu’une rupture plus tard, l’innoncent visite dans la Suède qui travaille plus pour gagner plus se transforme vite en putain de piège à cons, avec ce paysage de jeunes couples chosissant main dans la main le coloris de leur étagère Billy qui fera bien avec le tapis Helsingör en pure laine Woolmark à 79€ seulement, c’est quand même pas cher, hein, chérie ? Heureusement qu’ils finissent tous par s’engueuler avant le parking, ça soulage un peu.
Mais pas assez. Du coup, il fallait que je compense. Alors j’ai fait mon métrosexuel, et j’ai acheté des meubles.
Là, tel que tu me vois, j’ai le cul solidement calé sur un une chaise de bureau Moses à 39,95€, en ska,ï que j’ai monté moi-même. Et ben, je ne sais pas si c’est le 2e effet 28 ans ou pas, mais c’est quand même un pur instant de bonheur fessier, après des années de chaise pliante Jeff à 4,90 €
[Et ce même si je réalise à l'instant que, si le paquet plat Ikea passait la porte de ma chambre, ce n'est plus le cas de la chaisen une fois assemblée. Du coup, je vais être obligé de le laisser quand je déménage. ]
Et quand je tourne la tête vers la gauche, je peux apercevoir, dans mon superble salon-cuisine américaine de facilement 13 m², un magnifique fauteuil Solsta Olarp à 29 € en mousse garnie de tissu blanc non lavable.
Je l’ai placé à côté de l’étagère Expedit à 59 €, et face au canapé-futon Grankulla (des heures de rire) à 99€, avec entre les deux une table basse Lack à 8,99€. Ce qui me permet d’épater mes amis avec un genre de séjour cossu, pour seulement 264,99€, sans compter les deux tapis qui excusent le pouf rouge et le tas de coussins destinés à porter l’assise à six places.
A chaque fois que je regarde l’ensemble, à chaque fois que je vois dans la même pièce la table de cuisine Norden à 149€, le tableau mural Kludd à 20€ ou les étagères murales Ikea qui ne sont même plus sur le site et dont je ne me souviens plus du nom, je ne peux pas m’empêcher de penser à la scène de Fight Club où Edward Norton marche dans son appartement avec les prix et les noms du catalogue Ikea qui s’affichent à l’écran.
Sans compter les chances statistiques que plusieurs milliers, voire dizaine de milliers d’autres être humains aient le même salon, avec les mêmes meubles.
La Suède a inventé le totalitarisme immobilier.









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