Ritournelle (un lundi soir de novembre)
Je sais, je n’update pas assez ce blog.
C’est pas comme ça que mon pagerank va grimper, ni que je vais
devenir une star de la blogosphère… En même temps, il
paraît que ça devient has been, les blogs. Mais enfin
rassurez-vous, je suis sur Facebook aussi. Comme vous, non ?
Je ne vais pas me justifier (qui a dit
« pour une fois » ? OK. Je le savais. Tu sors,
maintenant. Et tu baisse les yeux TU BAISSES LES YEUX ! »
Petit con, va). Mais plutôt vous conter de nouvelles aventures
fantastiques de mon cerveau décidément fatigué.
Parce que c’est un peu à ça que ça sert, ici.
Faudrait voir à pas trop l’oublier, non plus.
***
B.O.
On était un lundi soir de
novembre. Fait exceptionnel pour Paris, il avait fait beau. Mais
notre héros n’en avait strictement rien à taper. Pour
la 13 ou 14e heure consécutive, il se trouvait sensiblement
dans la même position physique : assis sur une chaise, devant
un écran. Il avait changé de chaise au cours de la
journée. Changé d’écran, aussi. Chez lui, au
travail, de nouveau chez lui.
On était un lundi soir de
novembre. Rien n’avait changé, ou presque. Il faisait le même
job, dans la même ville. Il était toujours célibataire,
toujours focalisé sur sa rupture vieille de quatre mois,
maintenant. Toujours insatisfait, toujours incapable de faire quoi
que ce soit pour en changer.
On était un lundi soir de
novembre. Il se demandait si c’était ça, la vie. Une
question relativement récurrente, chez lui. Née
vers ses 14 ans, à force d’heures passées à fumer en cachette, à la fenêtre des Chesterfield interdites, en rêvant à
comment elle serait trop belle, sa vie à lui, après,
lorsqu’il aurait réussi à quitter ce nexus de malheurs
familiaux dans lequel il se débattait.
On était un lundi soir de
novembre, et même un mardi matin. Il se posait des questions
existentielles, comme souvent. A quoi bon tout ça ? A quoi bon
enchaîner les journées comme des perles sur un chapelet
productiviste, qui payait le loyer et la bouffe, mais pas grand’chose
de plus ?
On était un lundi soir de
novembre, et il tournait à la bière Loco, du nom d’un
bar qu’il fréquentait à Grenoble – sirop de citron,
tequila, bière, et mal de crâne le lendemain. Alcoolique
? Pas vraiment. Pas à ce point. Il était capable de
passer une semaine sans boire. Pour peu qu’il puisse fumer des
pétards. Ou bosser 18 heures sur 24 en tournant au café
et aux clopes. Pas dépendant : multi-addict. Syndrome de
fuite. Tout plutôt que le réel, tout plutôt que
d’affronter ce vide lancinant dans son ventre, ce vide qu’il avait
su, un moment, combler à grandes plâtrées d’amour
et de projets de couple, et qui faisait son grand retour.
On était un lundi soir de
novembre, et il ne ressentait rien, rien d’autre qu’un vague
serrement au niveau de la poitrine. Rien d’autre qu’un gouffre de
vide noir et froid, planté là où jadis, il y
avait elle. Rien d’autre qu’un sentiment d’inutilité presque
totale. Il relisait en ligne ses articles du jour en se disant que
c’était nul. Il relisait ses précédents posts,
en se disant que c’était pitoyable.
On était un lundi soir de
novembre, et il évoquait une énième fois la
perspective d’agir pour remédier à cette torpeur
glaciale. Demain, oh oui, demain, serait mieux.
Demain, il changerait.
Episode 140 |Par Sam | le 13 nov 2007 @ 1:46 | dans Non classé
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Mojo
B.O.
Et ce blog continue sa petite vie un peu poussive, au rythme sénatorial d’un post et demi par mois. C’est mal, je sais. Même si personne ne vient lire ces trucs un peu pitoyables.
[D'ailleurs, parmi la cinquantaine d'égarés qui sont tout de même arrivés ici, certains (qu'ils se dénoncent) ont bêtement cherché sur Google, qui est votre ami ne l'oubliez jamais, "thesamproject". Et, Dieu est farceur, il y a quelques homonymes, parmi lesquels celui-ci http://www.thesamproject.org/, une entreprise qui propose "a free tool aimed at helping small and medium sized organisations record and manage their sickness absence" ("un outil gratuit visant à aider les petites et moyennes entreprises à enregistrer et gérer leurs congés maladie"). Je vais m'inscrire...]
Mais je vais me rattraper, du moins essayer. Avec une note, exécutée (c’est le cas de le dire) en direct, ce soir, sous vos yeux ébahis. Et un peu rouges, aussi, faudrait arrêter de passer vos(votre) vie(s) devant un écran.
Vous êtes prêts ? Attention, c’est parti.
Déjà, il faut se méfier des idées reçues. Il ne faut pas croire que, sous prétexte que je ne blogue pas, je n’écris pas pour autant le soir en rentrant du travail qui rend libre. D’une part, écrire est une forme de besoin compulsif chez moi. Et en plus, je n’ai un peu que ça à foutre, mais c’est un autre sujet.
J’écris, donc. Des trucs qui se veulent pertinents, et déboucheront peut-être un jour sur un truc en papier avec des pages qui se tournent. Un jour, j’espère, car ce n’est pas gagné. En effet, j’ai légèrement tendance à écrire de la daube. J’ai à peu près les idées (quant à savoir si elles sont bonnnes, c’est une autre histoire), mais lorsqu’il s’agit de les coucher sur le papier [de les faire apparaître sur l'écran, plutôt], elles se transforment inmanquablement en kilooctets de guano pur.
Bref, j’ai perdu mon mojo style. Celui qui faisait mon charme, du temps d’avant où c’était le temps où je bloguais plus souvent. Il faut dire que maintenant, j’écris toute la journée, aussi. On me paye pour, même.
Mais pas encore pour déblatérer en free-lance. Ca viendra, j’espère, mais pour l’instant, il s’agit d’écrire des choses qui ont un sens, et de les écrire de façon claire, courte, synthétique et avec un titre, un chapô, une accroche et une chute (de préférence sexy, coco, parce que là c’est de la merde ton papier). C’est pas que j’aime pas ça, le nalisme. Au contraire, même : j’adore. J’ai l’illusion d’agir sur le monde, je me pose de grandes questions, c’est de la balle. En plus, j’ai une belle carte de presse qui fait classe dans son portefeuille quand on rend la monnaie à la caissière. Et le numéro de portable de François Bayrou, aussi.
Mais ce n’est pas la plénitude des bonzes thibétains non plus. Lorsque d’aventure je ne trouve rien de mieux à faire que rentrer chez moi après une journée de dur labeur devant un écran à travailler plus pour gagner autant (mais coco, tu sais, la presse est en crise, on en appelle à ta bonne volonté, on fait un métier passion), et que je me recolle devant mon ordinateur, pour changer, y a plus grand chose qui sort de ma tête pour passer dans mes petits doigts qui vont finir arthritiques à force de latter des touches toute la journée.
Tout ce que j’arrive à sortir, c’est de la phrase convenue, de l’adjectif tout venant, de la métaphore appelée avec justesse “journalistique”, c’est à dire vue, revue et corrigée cent fois. Bref, un phrasé tiède et douillet comme une bouillotte et un châle sur les genoux, parfait pour ne pas choquer son cadre moyen qui s’accorde une pause-presse au boulot, mais manquant autant d’intérêt qu’un week-end de février dans la Creuse (cherchez pas pourquoi la Creuse, c’est comme ça).
Où est passé le flow lyrique et embrouillé qui faisait mes soirées de con d’emploi jeune, à raconter une vie qui se trouvait nécessairement ailleurs ? Où sont les métaphores filées, les alitérations interminables et littéraires et autres anacoluthes approximatives ?
Dans ton cul, me répond mon moi intérieur, qui a toujours le mot pour rire. Toi, va mourir en enfer, lui rétorque-je. On va pas se laisser bouffer par son moi intérieur, non plus, sinon où va-t-on ?
Remarque, il a pas tout à fait tort, ce con (si, si, je le connais bien, c’est un con). Enfin, pas sur mon cul, mais sur le où va-t-on ? C’est un peu la mère de toutes les questions, en ce moment.
Où va thesamproject ? J’avais choisi ce pseudo (certes pitoyables, je l’admets, mais j’étais jeune) entre autres pour le côté “project”, l’aspect évolutif du truc, tu vois ? Non ? C’est pas grave, je me comprends.
En gros, j’étais alors un processus dynamique, lancé dans la vie avec un certain angle, une force de pénétration (ouais, ça va, hein…) fonction de sa vitesse initiale et des (nombreuses) résistances rencontrées, qui allait déterminer l’endroit où il atterriait. Un genre work in progress, quoi.
Et puis là, ben le project, il va sur ses 28 ans et il a pris un vieux coup de planche en plein dans la bouille.
Tout allait plutôt bien, pourtant : J’avais la Fille, le Job, la Ville. J’étais prêt à rejouer Scarface : “the world is yours”. Tony Montana version dauphino-ardéchois monté en graine et à la capitale. Avec une fin heureuse en prime.
Raté : à la place, j’ai refait High Fidelity sans Jack Black et avec une salle de rédaction à la place du magasin de disque. Et je lutte pour ne pas tomber dans Clerks.
La Fille s’est cassée, mais il reste le Job et la Ville, me direz-vous. Vous n’avez pas votre pareil pour casser l’ambiance, vous répondrais-je, avant de convenir : Certes.
Certes. Mais sans la fille, à quoi bon le reste ?
C’est con, un Job, du moins planté là, tout seul au milieu de rien. On a beau avoir la chance de faire un métier qu’on aime (un métier passion, coco), ça ne règle pas le problème de la vie.
On a beau réussir à s’occuper une bonne dizaine d’heures par jour, il en reste au moins six où cette chieuse de vie te retombe sur la gueule comme un parpaing de 20, où ton appartement est toujours vide (et dans un bordel innomable, mais ça, ça peut s’arranger), ton lit aussi, et où tu tournes en rond dedans en te demandant ce qui te manque.
C’est con, une ville. Surtout Paris, surtout en novembre. C’est trop grand, il fait moche et froid, le parc de Vélib’ se dégrade lentement (sans rire, ce matin j’ai vu une série de vélos auxquels on avait piqué la chaîne) au rythme des feuilles qui tombent, mortes, comme ça, sans prévenir, les gens font la gueule encore plus que d’habitude (on appelle ça le speen automnal). On se sent vite seul, à Paris. Même avec des amis, même avec des soirées, même avec Internet comme placebo.
Alors on essaye d’écrire des trucs intéressants, histoire de se prouver à soi-même qu’on vaut encore quelque chose, qu’on peut aller au bout de ses rêves, tout au bout de ses rêves, où la raison s’achève (en plus, j’aime même pas Goldman). Mais ça ne donne rien.
Reste à faire ce qu’on fait le mieux : parler de soi. S’écrire pour mieux se fuir.
Et y a pas de doute, ça fait du bien.