Déliquescence
Le poster au-dessus du lit vient encore
de se casser la gueule. On l’avait acheté ensemble, il va
finir à la poubelle. Comme nous.
L’appart est crade. Au début,
c’était drôle. Là, ça devient un peu trop,
même pour moi. Tu auras au moins réussi ça :
abaisser drastiquement mon seuil de tolérance au bordel. Vive
la Suisse.
J’ai le bide en vrac. Trop de bières,
trop de junk food, trop de café, trop de clopes. Ca, au moins,
ça n’aura pas changé des masses.
J’ai le mode d’emploi de ma sortie de
crise, un peu plus détaillé chaque jour. Coiffeur,
jogging, voyages. Changement de déco. De boulot. Grands
projets. Peine perdue. Trop tôt.
Je suis en vacances vendredi prochain.
On devait partir tous les deux. Je resterai, tout seul. J’irai zoner
à droite et à gauche en France, voir la famille, des
potes lointains. Laisser passer encore du temps, en espérant
que l’intensité de la douleur diminue assez pour me permettre
enfin de passer à autre chose.
J’ai encore décommandé
une soirée chez des potes. Pas le courage de faire semblant de
ne pas être mal. Afficher une tête normale au boulot me
prend déjà trop d’énergie. J’ai promis de me
rattraper ce week-end. On verra.
Je flotte. Je hante. J’existe à
peine. Je fonctionne par automatismes. J’essaye de me rappeler
comment c’était avant toi, mais ça me paraît si
loin, si différent… Et puis ma vie avant toi, je n’en étais
pas forcément super fan.
Je me demande s’il y en aura une autre.
Je suppose que oui. Je l’espère. Mais pour l’instant, je
n’arrive absolument pas à l’imaginer.








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