Carnet de bord, J+17
Voilà maintenant 17 jours qu’elle est partie. Et j’ai
l’impression de ne le réaliser que maintenant. De là où
je suis, je peux apercevoir du coin de l’oeil son placard à
moitié vide. Elle est passée dans la journée
prendre quelques affaires. Il en reste plein. Il reste cet appart
qu’on a choisi ensemble, qui reste plein de nous. J’aurais peut-être
dû déménager. Mais je vis à Paris. Et me
retrouver dans un studio minable, que je vais payer quelques dizaines
d’euros de moins qu’ici, me déprimerait d’autant plus.
Je reste, donc. Pour ce que j’y fais. J’y dors, surtout. J’y
mange, un peu. J’y bois, trop de bières, mais entre quelques
canettes qui au moins rendent créatif et un antidépresseur
qui abrutit, j’ai fait mon choix depuis longtemps. J’y joue à
des jeux vidéo qui vident la tête mais me gonflent vite.
J’y regarde tout ce qui passe et qui peut m’envoyer ailleurs quelques
instants. La semaine dernière, je me suis avalé une
soixantaine d’épisodes de OnePiece, l’anime tirée du manga d’Eichiro Oda. Cette semaine, je me fais un trip Kaamelott.
Je prends aussi un malin plaisir à fumer dans la chambre,
ce qu’elle n’aimait pas, et à ne pas faire le ménage ou
la vaisselle, ce qu’elle ne supportait pas non plus. On a les
compensations qu’on peut.
La journée, je travaille. Avec des horaires mouvants. Cette
semaine, c’est 14h-22h. Et finalement, notre Überpresident Sarko
a raison au moins sur ce point (enfin surtout Henri Guaino, qui lui a
écrit ses discours de campagne) : le travail structure.
Disons que quand ta vie privée ressemble à du
Dostoïevski sous valium, ton boulot te permet au moins de penser
à autre chose durant un tiers de la journée, ce qui est
déjà ça. Ma dernière rupture, je l’ai
vécu au chômage. Avec rien d’autre à penser que
cette fille qui était partie (oui, je suis un récidiviste.
Et oui, la répétition du phénomène m’ a
déjà posé question, merci).
Mais la dernière en date, je n’avais pas habité un
an avec. Et notre histoire n’avait pas duré trois ans, non
plus.
Pour être absolument honnête, c’est la première
fois que j’expérimente une telle douleur. Une telle absence,
un tel manque. C’est… Disons, surprenant d’intensité.








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